Vous êtes

Sélectionner

Réduire la taille texte Rétablir la taille du texte par défaut Agrandir la taille du texte Partager cette page Favoris Courriel Imprimer

Énergies durables, au coeur des territoires

La transition énergétique est en marche. Parmi les ressources d’avenir, on trouve en bonne place le bois-énergie et la méthanisation des déchets et résidus organiques, deux filières que les spécialistes Irstea accompagnent technologiquement et en termes de développement économique territorial.

Dossier des échos n°3 - Janvier/Février 2013

23 % : c’est la part que devront constituer les énergies renouvelables dans le mix énergétique français à l’horizon 2020, d’après les objectifs du Grenelle de l’Environnement. Or cette participation, à l’heure actuelle, n’est que de 13 %… Entre l’éolien, le solaire, l’hydraulique ou encore la géothermie, la France ne manque pourtant pas de ressources alternatives d’énergie ! Pour aider à mettre l’Hexagone sur la voie de la transition énergétique, Irstea a choisi de porter son intérêt sur un autre créneau prometteur : celui du “carbone vert”. Ce sont par exemple les déchets organiques produits sur les exploitations agricoles, les industries et chez les particuliers, ou encore la biomasse forestière. À la clé : une énergie plus propre, mais aussi le développement de branches industrielles décentralisées, situées sur le territoire français, booster de l’économie locale et pourvoyeuses d’emplois.

L’Auvergne, région pilote pour le développement de la filière bois-énergie

ScierieAutant que pour ses volcans, l’Auvergne mériterait d’être connue… pour ses forêts. Avec quelques 700 000 ha, la région se place en effet parmi les premières régions forestières de France ! “Ici le capital forestier est récent, issu des plantations d’aprèsguerre et il y a un vrai souci de valoriser au mieux ce patrimoine”, explique Christophe Chauvin, ingénieurchercheur de l’unité Écosystèmes montagnards à Grenoble. La région n’a pas manqué de s’intéresser aux débouchés que pourraient offrir ces ressources importantes, notamment via le bois-énergie. D’après l’observatoire du combustible bois en Auvergne, 159 chaufferies collectives étaient en fonctionnement en 2011, atteignant une consommation annuelle de près de 41 000 tonnes équivalent pétrole. La disponibilité brute de bois, estimée par l’ADEME, serait quant à elle de 750 000 tep par an. La marge de manoeuvre est grande. “La question est pourtant de savoir comment alimenter ces installations. Car cela ne coule pas de source, même si on dispose de beaucoup de forêts à proximité !”, note le spécialiste.

L’organisation de l’approvisionnement en bois-énergie

Pour étudier l’organisation des différentes filières d’approvisionnement en bois-énergie, Irstea a mené en Auvergne le programme BENEFITS,  ancé fin 2008 et clôturé l’an passé. “Un des principaux enseignements est que les mondes politiques et industriels doivent apprendre à s’adapter aux caractéristiques spécifiques du milieu forestier. La ressource forestière est d’une part renouvelée lentement et son exploitation doit se faire de façon durable, ce qui est souvent en désaccord avec une logique de rentabilité à court terme. D’autre part, les chaînes d’approvisionnement ont leurs particularités : le prix du bois augmente par exemple avec la quantité demandée, tout simplement parce qu’il faut aller chercher le bois plus loin en forêt et que cela revient cher !”, témoigne Christophe Chauvin. Une cellule biomasse a ainsi été créée en Auvergne pour estimer la ressource disponible et la part qui peut en être allouée à chaque projet. Le projet BENEFITS a également étudié l’impact des coupes sur la ressource forestière et sur sa biodiversité, en créant un outil d’évaluation de ces impacts à l’échelle de la parcelle.

La Bretagne valorise ses déchets organiques en produisant du biogaz

La Bretagne cherche quant à elle à produire de l’énergie à partir d’une toute autre ressource : ses déchets organiques, notamment issus des activités d’élevage, qui induisent des problèmes environnementaux. “L’idée de valoriser les effluents d’élevage pour produire de l’énergie était déjà apparue dans les années 80. Une centaine de constructions au niveau national avaient vu le jour, avant de péricliter, en l’absence de soutien de l’État”, explique Fabrice Béline, directeur de l’unité Gestion environnementale et traitement biologique des déchets au centre de Rennes. L’objectif aujourd’hui est à la fois de réduire la charge azotée des effluents, responsable de l’eutrophisation des rivières et de la pollution des nappes phréatiques et de valoriser le potentiel énergétique des déchets. Le programme DIGESTAERO, mené par Irstea, permet d’atteindre cet objectif. “Nous avons mis au point en laboratoire un procédé qui couple le traitement de l’azote et la production d’énergie via la méthanisation. Une unité pilote grandeur réelle a été également construite en Bretagne, à Plélo”.

L’optimisation de l’implantation des méthaniseurs

Cette carte représente, du bleu au rouge, un gradient croissant du potentiel global des ressources mobilisables pour optimiser l’implantation des méthaniseursUn autre projet Irstea, baptisé BIODECOL, s’attaque à faire du procédé de méthanisation un réel moteur du développement économique des territoires ruraux bretons. “Nous nous sommes interrogés sur les différents intrants utilisables dans les filières de méthanisation, tels que les déchets issus des filières agro-industrielles, très présentes en Bretagne en étudiant leurs potentiels méthanogènes et la possibilité de les mélanger avec les effluents d’élevage”, décrit le spécialiste.

Il a fallu mettre au point une méthode d’inventaire de ces ressources de déchets organiques, pour ensuite cartographier des zones d’implantation de méthaniseurs. En ligne de mire : adapter la taille de ces constructions aux enjeux locaux. Il y a les projets “à la ferme”, mis en oeuvre par un ou quelques agriculteurs, les projets agricoles, issus d’une dynamique collective de la profession agricole, mais aussi les projets industriels. “La problématique varie d’une échelle à une autre.

L’acceptation locale n’est par exemple pas la même. Les petits projets sont en général bien accueillis mais ont besoin de références techniques, contrairement aux constructions de grande ampleur”, constate Fabrice Béline. “Pour qu’un projet aboutisse, il faut identifier les facteurs de succès de chaque projet suivant les caractéristiques des territoires concernés et les acteurs impliqués”. À la clé : une logique et une méthode applicables en Bretagne, mais déclinables dans d’autres régions françaises.

Chiffres à l'appui

À l’horizon 2020, les énergies renouvelables devront représenter 23 % du mix énergétique français contre une consommation actuelle de 13 %. Au niveau de la production, elles représentent 16,4 % de la production totale française. L’éolien ne représente que 3,7 % e cette part renouvelable et le solaire, 0,5 %.

  • La filière bois-énergie, c’est 7,4 % de la production totale d’énergie, représentant 45 % de la production des énergies renouvelables. Le bois énergie devrait représenter en 2020 environ la moitié de l’ensemble des énergies renouvelables produites en France.
  • La filière méthanisation/biogaz, c’est aujourd’hui moins de 0,5 % de la production nationale primaire d’énergie avec un gisement estimé de l’ordre de 5 %. La filière a un fort potentiel de développement et contribuera significativement à atteindre les objectifs du Grenelle.