Des satellites pour cartographier la Trame verte et bleue

Comment localiser et caractériser les espaces les plus intéressants afin de guider la stratégie nationale de préservation de la biodiversité ? À Montpellier, au sein de l'unité mixte de recherche TETIS, les scientifiques d'Irstea disposent d'un outil de choix pour cartographier la Trame verte et bleue aux différentes échelles de l'aménagement d'un territoire : l'imagerie satellitaire et aéroportée. Différents projets ont été conduits au cours des cinq dernières années pour étudier la fragmentation du paysage en France, identifier une Trame écologique du Massif Central vers les Pyrénées catalanes ou encore évaluer l'occupation du sol aux abords des rivières.

Un état des lieux des espaces naturels non fragmentés

À la demande du ministère chargé de l'écologie, les chercheurs ont réalisé, à partir de bases de données cartographiques d’occupation des sols (Corine Land Cover, produits issus d’images satellitaires), une cartographie des espaces naturels non fragmentés représentant des surfaces d'un seul tenant d'au moins 10 km2 et jusque 100 km2. L'objectif ? Localiser et caractériser les espaces les plus intéressants, sur lesquels orienter la stratégie nationale de préservation de la biodiversité. De nombreux travaux montrent en effet que la capacité d’un espace naturel à offrir des conditions favorables à la conservation de la biodiversité chute en dessous d’un certain seuil de surface (la surface minimum permettant le maintien d’une biodiversité satisfaisante étant fixée par convention à 100 km2). En l’absence d’espaces d’une taille supérieure à ce seuil, il importe d’identifier les plus grands espaces naturels présents sur le territoire en vue d’y limiter une nouvelle fragmentation et d’établir ou rétablir entre eux des corridors mettant ces espaces en réseau. Depuis fin 2010, une nouvelle version de la carte de fragmentation est disponible. Elle permet d’étudier l’évolution de la taille des surfaces non fragmentées entre 1996, 2000 et 2006.

L’identification d’une Trame écologique interrégionale au 1/100 000ème

L’identification de corridors écologiques potentiels, véritable Trame naturelle du territoire, demande la connaissance des obstacles et des espaces favorables à la circulation des espèces. C’est notamment le cas de certains éléments fins de l’occupation du sol, par exemple les espaces en herbe le long des cours d'eau, les réseaux de haies, les petites zones humides… très rarement cartographiés.

L’identification de paysages bocagers (haies et bois isolés) qui constituent des milieux favorables à de nombreuses espèces animales, dont certaines remarquables, a ainsi été réalisée dans le Massif Central et la Région Languedoc-Roussillon. Cette identification s'est appuyée sur une classification de type "orientée objet" sur des ortho-photographies à très haute résolution spatiale. Le travail d'analyse s'est poursuivi sur les îlots de biodiversité (forêts, zones humides, etc.), les franges forestières en bordure de cours d'eau (forêts rivulaires) et les obstacles naturels (rivières) ou artificiels (routes, voies ferrées) limitant la circulation des espèces.

Cartographier l'occupation du sol aux abords des rivières

Dans le cadre de la mise en œuvre de la directive cadre européenne sur l'eau et en lien direct avec l'élaboration de la Trame verte et bleue, les chercheurs mesurent l'impact de l'occupation du sol aux abords des rivières sur la qualité de l'eau. Pour cela, l’analyse d’images satellitaires ou aéroportées à très haute résolution spatiale permet de cartographier l’occupation du sol dans les corridors rivulaires, avec la précision requise pour identifier la nature et la localisation des objets - végétation, bâtis, parcelles agricoles et aménagements associés, infrastructures routières…

Après avoir mis en évidence les zones les moins anthropisées qui serviront de sites de référence, les scientifiques élaborent des modèles pression/impact reliant le niveau de dégradation des milieux aquatiques aux activités humaines environnantes. La quantification de l'influence des corridors rivulaires permet d'orienter les choix d’actions en termes de préservation et de restauration des milieux aquatiques.