Réutilisation des eaux usées

Mieux gérer la ressource en eau est aujourd’hui une priorité. Si en réduire la consommation apparaît comme la première solution, d’autres actions sont nécessaires. Parmi les plus prometteuses : le recyclage de nos eaux usées. À Irstea, les scientifiques mettent au point des techniques performantes d’irrigation des cultures qui tiennent compte des spécificités de ces eaux.

Face à une pression croissante sur les ressources en eau, notamment en agriculture1, utiliser les eaux usées traitées apparaît de plus en plus comme une solution d’avenir. À Irstea, les spécialistes des systèmes d’irrigation agricole et des procédés d’épuration s’associent pour développer des solutions performantes de réutilisation des eaux usées.

Des procédés de réutilisation adaptés aux eaux usées traitées

Dans le cadre du projet NOWMMA2 et du projet européen Water4Crops, les scientifiques ont ainsi mené des expérimentations sur un site pilote grandeur nature (Mauguio, Hérault) permettant d’irriguer une parcelle agricole avec l’eau provenant d’une station d’épuration. Risque de colmatage du dispositif, phénomènes de dérive de l’eau en présence de vent et risques de contamination qui s’ensuivent, tout a été étudié pour mettre en place une filière parfaitement maîtrisée.

Autre exemple : sur le site de traitements des eaux de la petite ville de Nègrepelisse, ils étudient un procédé qui permet de recycler, cette fois-ci, les eaux de vidanges des fosses septiques3. Traitées par un dispositif de filtres plantés de roseaux, ces eaux alimentent ensuite une parcelle plantée d’arbres destinés à la production de bois de chauffage. « Pour obtenir une irrigation efficace, nous avons dû tenir compte de la spécificité de ces eaux, en particulier leur forte concentration en matières en suspension (MES). Nous avons donc développé un système d’arrosage qui ne se bouche pas malgré l’abondance de MES et qui assure une distribution d’eau optimale sur la parcelle », explique Bruno Molle, spécialiste des techniques d’irrigation à Irstea.

Et bientôt des modes d’épuration adaptés aux objectifs de réutilisation

Les scientifiques s’attachent ainsi à mettre au point des procédés performants en les adaptant spécifiquement à la composition de l’eau réutilisée. C’est aussi l’un des objectifs du projet européen MADFORWATER4 dont Irstea est partenaire. Il vise à développer des techniques de réutilisation à visée agricole adaptées au contexte des pays d’Afrique du Nord. Particularité du projet : les procédés seront testés sur différents types d’eaux usées (eaux domestiques, eaux issues de tanneries, de moulins à huile…) mais aussi sur des eaux plus ou moins épurées (soit à différents stades de la chaîne de traitement). Des informations particulièrement précieuses pour les futurs procédés d’épuration devraient en résulter.

« À l’avenir, l’enjeu sera d’intégrer, dès la conception des procédés de traitement, les objectifs de réutilisation de l’eau mais aussi de récupération des autres produits d’intérêt présents dans les eaux usées, comme le phosphore », commente Bruno Molle. C’est donc une nouvelle ère qui débute pour le domaine de l’épuration et qui s’accompagnera de nouveaux principes, comme moduler le niveau de traitement pour conserver les nutriments d’intérêt ou encore choisir des plantes tolérantes à la nature des eaux qui seront réutilisées pour les faire pousser…

  1. L’agriculture est à l’origine de 70 % des prélèvements d’eau douce disponible sur la planète.
  2. AAP du Ministère de l’industrie (2011-2015), projet coordonné par l’entreprise SAUR.
  3. Système d’assainissement non collectif le plus répandu.
  4. Projet Horizon 2020 (2016-2020) piloté par l’Université de Bologne. Budget : 6 millions d’€
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