Anticiper les risques en montagne, laissez faire les radars !

Crues torrentielles, mouvements de terrain, avalanches,… Des aléas naturels fréquents en région Provence-Alpes-Côte d’Azur et difficiles à gérer par les acteurs publics locaux, faute de moyens et d’outils. Pour anticiper ces risques liés aux précipitations en montagne, Irstea et Météo-France travaillent sur le déploiement et l’exploitation de radars hydrométéorologiques de nouvelle génération. Le 19 septembre, élus, partenaires, utilisateurs, journalistes… pourront assister à l’inauguration d’un nouveau radar mis en service au sommet du Mont-Colombis (Hautes-Alpes).

Complexité du relief et particularité du climat méditerranéen rendent difficile l’anticipation des épisodes météorologiques potentiellement dangereux. Les premiers radars en place (réseau ARAMIS – Météo-France) fournissaient des mesures imparfaites sur les précipitations localisées sur les massifs montagneux sud-alpins. Or, les aléas naturels, tels que les crues torrentielles ou encore avalanches, sont intimement liées aux précipitations.

Dossier spécial

Risque inondation : la recherche relève le niveau

Le projet RHyTMME [1] (Risques hydrométéorologiques en territoires de montagne et méditerranéens) a pallié ce défaut de couverture en déployant, dans les Alpes du sud, 3 radars de nouvelle génération adaptés à l'observation en zone montagneuse. Objectif final : le développement de services d’aide à la gestion des aléas naturels en proposant notamment des cartes d’avertissement relayées sur une plateforme web, mise à jour tous les quarts d’heure.

Un 2e radar en service

Météo-France et Irstea se sont associés en 2008 pour piloter et développer ce projet ambitieux. 4 ans plus tard, un premier radar est installé sur la montagne de Maurel (1 770 m, Alpes-de-Haute-Provence). Et aujourd’hui, un 2e radar est mis en service, au sommet du Mont-Colombis (1 735 m), à Théus dans les Hautes-Alpes. Son inauguration est prévue le 19 septembre.

Des recherches en « RHyTMME »

Parallèlement au déploiement des radars, les scientifiques de Météo-France et d’Irstea ont développé ou amélioré les algorithmes de traitement des signaux radars et des services d’avertissement existants, tels ceux qualifiant le caractère plus ou moins exceptionnel des précipitations et des débits de crue des cours d’eau.

Il est désormais possible de qualifier les cumuls de pluie sur des périodes plus courtes, mieux adaptées aux vitesses rapides de développement des phénomènes hydrométéorologiques dans les petits bassins de montagne (15 à 30 minutes). Les petits bassins versants (jusqu’à 5-10 km2), très actifs et caractéristiques des zones montagneuses, sont également pris en compte pour qualifier et modéliser l’intensité des débits attendus.

Les recherches se concentrent aujourd’hui sur l’information de l’imminence probable de laves torrentielles ou de mouvements de terrain. Les données et qualifications en temps réel des précipitations et des débits seront croisées, dans un premier temps, avec des cartographies statiques (en cours d’intégration) de la susceptibilité des sols, des pentes et bassins versants aux laves torrentielles ou aux mouvements de terrain. Mais à terme, des seuils probables de déclenchement pour chaque aléa seront définis, afin de fournir des cartographies dynamiques informant sur l’imminence de dépassement de ces seuils.

Exemple de carte statique de susceptibilité des pentes et des petits bassins à l’aléa torrentiel (Haut-Var) intégrée à la plateforme RHyTMME à l’automne 2013  © Mélanie Bertrand / Irstea

Depuis novembre 2011, ces services sont progressivement testés, via une plateforme web expérimentale, par un groupe d’expérimentateurs, représentatif des gestionnaires du risque en montagne et composé d’une quarantaine de structures. Cette ouverture "très en amont" en direction des porteurs de besoins constitue assurément une des forces et originalités du projet RHyTMME.

Enfin, le 3e et dernier radar est en cours de déploiement au sommet de Vars-Mayt (2 400 m, Hautes-Alpes). La dernière phase du projet, capitalisation des retours d’expérience et étude de pérennisation de la plateforme de services, interviendra d’ici mi-2015.

Des radars adaptés à l’observation en montagne

Les nouveaux radars déployés sont des radars :

  • Doppler : permet de mesurer la vitesse du vent dans la direction que le radar pointe.
  • bipolarisés : cette technologie récente, la bi-polarisation, permet de mieux estimer les cumuls de précipitations et de distinguer la pluie de la neige ou de la grêle.
  • en bande X : les radars en bande X ont une portée plus limitée (environ 50 km) que les radars installés en plaine (bande S ou C avec une portée d’environ 100 km), mais sont plus petits, ce qui facilite leur installation en montagne.

Cette combinaison de technologies les rend particulièrement adaptés à une utilisation en montagne.

Pour en savoir plus :

[1] Le projet, lancé en 2008, est financé par Météo-France, Irstea, le ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur et l’Union européenne.