Mieux connaitre les milieux humides et aquatiques continentaux

S'inscrivant dans le cadre de l'évaluation française des écosystèmes et des services écosystémiques (EFESE), le Commissariat Général au développement durable a publié fin mars un rapport sur les milieux humides et aquatiques. Réalisé avec l’appui scientifique des chercheurs d’Irstea, ce rapport vise à documenter les principales évolutions récentes et à venir de l'état des milieux humides et aquatiques continentaux et à permettre la prise de décision pour les politiques de conservation et d’utilisation durable de la biodiversité.

Des milieux très riches mais menacés

Définis comme les portions du territoire, naturelles ou artificielles, caractérisées par la présence d’eau, les milieux humides et aquatiques continentaux présentent une grande diversité biologique. Ils fournissent notamment de l’eau, de la nourriture et un abri à un grand nombre d’espèces mais également des services aux sociétés humaines, que ce soit pour l’alimentation, les possibilités de loisirs et de tourisme ou la maîtrise des crues, etc. Or aujourd’hui ils font partie des écosystèmes les moins bien conservés à l’échelle nationale ce qui les place au cœur des enjeux de conservation. Ces milieux abritent en effet près de 45% des espèces menacées en France métropolitaine.

Pressions et facteurs de changement

La fragmentation et destruction des habitats est identifiée comme le facteur de changement ayant le plus fort impact (par ex. près de 80 000 obstacles recensés sur les cours d’eau français). Sa tendance d’évolution est à la hausse, comme celle des espèces exotiques envahissantes (ragondin, ambroisie, jussie, moustique tigre) et du changement climatique avec l’augmentation des températures, la modification des régimes de précipitation et des débits des cours d’eau.

Bien qu’ayant encore un impact fort, la pollution des milieux est le seul facteur à afficher une tendance à la baisse (baisse de la pollution des cours d’eau par les matières organiques et phosphorées et stabilité des teneurs en nitrates des cours d’eau). Mais la problématique des polluants émergents (résidus médicamenteux, produits détergents et nanoparticules) pourrait toutefois remettre en cause cette tendance. Plusieurs travaux portant sur les nanoparticules et les résidus médicamenteux étayent le fait que les fonctions épuratrices des milieux humides n’ont que peu d’effets sur certains de ces composés chimiques.

Les auteurs pointent aussi le développement de certaines cultures très consommatrices d'eau comme le maïs, source de stress hydrique exacerbé par le contexte de changement climatique qui affecte le fonctionnement des milieux humides et aquatiques continentaux.

Les biens et services écosystémiques rendus par ces milieux

Le fonctionnement des écosystèmes permet aux sociétés humaines d'en retirer un ensemble d’avantages sous la forme de biens et de services dits « écosystémiques ». Ces biens et services écosystémiques sont de diverses natures selon qu’ils existent en tant que tels sans intervention anthropique (par exemple certains services de régulation) ou qu’ils existent du fait d’une action anthropique de récolte, de prélèvement, d’extraction ou d’accès. L’exercice national EFESE en retient trois grands types : les biens, les services de régulation, les services culturels.

Dans le cas des biens directement prélevés dans les milieux humides et aquatiques continentaux, il s’agit principalement du prélèvement de poissons d’eau douce dont le chiffre d’affaires s’élève à 10 millions d’euros. A cela s’ajoute la valeur des prélèvements effectués dans le cadre des activités de pisciculture ou de loisirs (chasse du gibier d’eau).

Par leur capacité de rétention et de transformation chimique et/ou biologique de l’azote, du phosphore et des micropolluants organiques, ces milieux régulent la qualité des eaux de surface offrant ainsi un service économique permettant par exemple d’alléger les coûts de traitement des eaux en stations et à des activités commerciales et récréatives d’être développées.

Certains milieux humides et aquatiques continentaux permettent également un stockage de l’eau et un ralentissement des écoulements jouant ainsi un rôle d’atténuation des phénomènes de crues. Jugés comme les plus prépondérants, ces services de « régulation de la qualité de l’eau », de « régulation des débits de crues » et de « régulation du débit d’étiage » ont fait l’objet d’une évaluation détaillée.

Le rapport met également en avant les services culturels offerts par ces milieux et notamment les nombreuses opportunités récréatives et de paysage offertes à travers les sports d’eau douce, le tourisme fluvial ou encore les activités pédagogiques.

Au-delà de cette dimension de services, les milieux humides et aquatiques continentaux recouvrent également une dimension patrimoniale qui se caractérise par les différents statuts de protection réglementaire (Réseau Natura 2000, Plans nationaux en faveur d’espèces menacées) et également des labels (Sites Ramsar).

Encore des manques de données pour estimer les biens et services écosystémiques rendus

Ce rapport a permis de recenser les connaissances disponibles sur les écosystèmes humides (descriptif, tendances d’évolutions passées et futures, analyse des fonctions écologiques et des services écosystémiques rendus) et d’en faire une évaluation biophysique et économique. Il pointe également encore un manque de connaissances et de suivi pour évaluer précisément de manière exhaustive et chiffrée les biens et services écosystémiques produits aujourd’hui par ces milieux.

L’appui scientifique d’Irstea

Les chercheurs d’Irstea ont apporté leur appui méthodologique et scientifique à travers des exemples concrets de recherche et au cours d’ateliers sur les domaines suivants :

  • žles tendances d’évolution des milieux humides avec notamment une présentation des évolutions attendues des milieux humides à horizon 2030 en s’appuyant par exemple sur des scénarios de prospective et des témoignages d’experts.
  • les fonctions écologiques des milieux humides en insistant sur les liens existant entre la biodiversité, le fonctionnement de l'écosystème et les services écosystémiques.
  • les synergies et compromis entre services et la notion de bouquets de services
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