Quand la vigne rime avec haute technologie

Un banc d’essai mimant la vigne naturelle permet de mesurer les performances des pulvérisateurs de produits phytosanitaires. Une innovation Irstea et Institut français de la vigne (IFV) présentée au Salon international pour les filières vigne-vin, fruits-légumes et oléiculture (SITEVI), du 26 au 28 novembre 2013 à Montpellier.

Comment faire pour tester les performances des pulvérisateurs utilisés pour épandre des produits phytosanitaires sur les vignes ? "Lorsque nous mettions en place des essais sur le terrain, nous étions confrontés à de nombreux problèmes : il fallait trouver des parcelles adéquates pour faire des mesures, mobiliser des agriculteurs, avoir les bonnes conditions météorologiques, etc. Ce n’était pas simple", explique Bernadette Ruelle, directrice adjointe de l’Unité Information-Technologies- Analyse environnementale - Procédés agricoles (ITAP) au centre Irstea de Montpellier. Pour palier à ces difficultés, les chercheurs de l’Institut de la Vigne et du Vin et d’Irstea ont eu une ingénieuse idée : développer… une vigne artificielle ! Son nom : EvaSprayViti.

Décryptage d'une vigne artificielle...

"Nous avons pensé cette installation pour qu’elle « mime » au mieux les rangs de vigne et les feuilles", continue la chercheuse. Le banc d’essai est ainsi composé de 4 filets parallèles de 10 mètres de long chacun, copiant la disposition des rangs de vigne. Des capteurs font quant à eux office de feuilles : ils ont été conçus pour se mouvoir comme les feuilles le font sous l’effet du vent. Ce sont eux qui sont au cœur de ce système innovant de mesure. Selon le nombre de capteurs utilisés, les chercheurs peuvent en effet tester la vigne à différents stades végétatifs, et donc à des moments nécessitant l’utilisation de différents produits, à des doses variables : 120 « feuilles » sont utilisées en début de végétation, 440 en milieu et 840 en pleine végétation. En 2012, les chercheurs de l’IFV et d’Irstea ont comparé les mesures effectuées sur une vigne naturelle et sur la vigne artificielle. Bilan : les résultats ont été très comparables.

"Avec un tel dispositif, nous pouvons mesurer les quantités de dépôts sur les feuilles, mais aussi faire un bilan des pertes au sol et dans l’air", explique Bernadette Ruelle. Ces pertes sont en effet un des points noirs de la pulvérisation de produits phytosanitaires. Plusieurs études ont fait le bilan : une quantité importante des produits, parfois même plus de la moitié, ne bénéficie jamais à la végétation puisqu’ils sont dispersés dans l’atmosphère ou retombent au sol,... Les causes ? Des matériels de pulvérisation de qualité médiocre, mais aussi souvent de mauvais réglages, source d’inadéquation entre le dispositif de traitement et la végétation à traiter. L’écartement entre les rangs, la hauteur du feuillage ou encore la surface à traiter peuvent en effet varier entre 2 sites, mais aussi d’une saison à l’autre.

"Avec la vigne artificielle, nous pouvons jouer avec tous ces paramètres. Les vignes en Bourgogne sont par exemple espacées d’environ un mètre, quand celles du Languedoc le sont de 2,5 mètres. Techniquement, il nous est possible de simuler ces spécificités et, en faisant varier les réglages, d’étudier les performances de pulvérisation de tels ou tels matériels", décrit la spécialiste. Sur le site Irstea où est installé EvaSprayViti, les scientifiques peuvent aussi facilement mener leurs expériences à différentes plages horaires, afin de noter les différences existant en fonction des variations des conditions climatiques (température, hygromètrie, vitesse du vent…).

Ecophyto 2018 à l'horizon

Parmi les tests d’ores et déjà menés grâce à ce banc d’essai, la comparaison entre un pulvérisateur novateur à panneaux récupérateurs et équipé de buses à fente et à injection d’air et un pulvérisateur à voûte pneumatique, plus ancien mais encore très répandu dans les vignobles français. Verdict de la vigne artificielle : le premier dirige 85 % des produits phytosanitaires sur les feuilles, quand le second n’en adresse que 55 %. "Alors que le plan Ecophyto exige de réduire l’usage des pesticides en France de 50 %, si possible, d’ici à 2018, les matériels présents sur le marché restent pour beaucoup à améliorer. Ce dispositif permet de répéter de très nombreux essais. Cela va aider à déterminer quelles sont les caractéristiques des pulvérisateurs offrant de meilleures performances", commente Bernadette Ruelle.

Regardez la vidéo "EvaSprayViti, un outil innovant pour évaluer les pratiques et techniques de pulvérisation en agriculture" (© Irstea - IFV - Octobre 2013) :

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