Renouées asiatiques : vers une meilleure gestion aux abords des voies de transport

Espèces exotiques envahissantes, les renouées asiatiques se répandent dans le paysage. Leur installation sur les infrastructures de transport soulève un triple enjeu : environnemental, sécuritaire et économique. Achevé début 2018, le projet Dynarp livre des enseignements et des outils inédits qui devraient favoriser une gestion plus efficiente de l’espèce.

En France, comme en Europe, les renouées asiatiques figurent parmi les espèces les plus envahissantes. Des espèces qui, une fois transférées de leur aire d’origine à une autre, se développent rapidement et abondamment, au point d’empêcher la croissance d’autres végétaux. Outre leur impact sur la biodiversité, les renouées qui affectionnent les espaces remaniés par l’Homme et notamment les voies de transport (routes, voies ferrées, voies navigables) présentent aussi un risque vis-à-vis de la sécurité de ces infrastructures. Aujourd’hui, les actions menées pour maîtriser ces risques représentent des coûts très élevés. Et pourtant, le constat est là : malgré les moyens mis en jeu, elle continue de s’étendre…

Pour apporter un éclairage sur le processus de développement des renouées aux abords des voies de transport, le projet Dynarp a été mené sur près de quatre ans par un collectif réunissant écologues, géomaticiens1, sociologues-géographes et experts de la gestion de l’espèce. « Le projet Dynarp est atypique par ses approches interdisciplinaires, et inédit par l’objectif visé, à savoir comprendre le comportement des renouées dans le contexte spécifique de ces infrastructures et, in fine, envisager une gestion plus adaptée », précise André Evette, chercheur au centre Irstea de Grenoble et coordinateur du projet. Concrètement, les scientifiques ont exploré trois angles d’attaque :

  • Analyser la façon dont les gestionnaires des infrastructures perçoivent la renouée et dont cette perception guide leur action ;
  • Déterminer les liens entre la forme et la densité des massifs ou « taches » de renouées, le type d’infrastructures, et les modalités de gestion associées. Mais aussi les facteurs environnementaux qui favorisent leur expansion ;
  • Évaluer la pertinence des outils de télédétection pour cartographier les massifs et leur applicabilité dans les méthodes de gestion de terrain.

Une enquête nationale auprès des gestionnaires d’infrastructures

Approche particulièrement originale de l’étude : l’enquête menée auprès des structures en charge de la gestion des routes, des voies ferrées et des voies navigables sur le territoire (directions interdépartementales des routes, communes, gestionnaires d’autoroutes, SNCF Réseau, Voies navigables de France...). Ainsi, sur la base des résultats d’un questionnaire (environ 200 réponses recueillies) et notamment d’un photoquestionnaire permettant d’analyser la perception des gestionnaires, plusieurs enseignements ont été dégagés, comme :

  • une différence de perception selon le type d’infrastructures gérées. Celle-ci se traduit, par exemple, par une volonté d’agir à un stade plus précoce du développement de la plante pour les gestionnaires de routes et de rivières que pour ceux des voies ferrées. Et une décision davantage motivée par les enjeux de préservation de la biodiversité et du paysage pour les gestionnaires de rivières, et par les enjeux de sécurité pour leurs homologues des voies ferrées et des routes.
  • une insatisfaction de la majorité des gestionnaires face aux modalités d’action actuelles (manque d’action, de coordination, de moyens) et un découragement devant la faible efficacité des actions.

 



Des avancées scientifiques multiples

Des résultats marquants ont été par ailleurs obtenus sur l’écologie de la plante dans le paysage des infrastructures. Après avoir cartographié 600 taches de renouées à une résolution centimétrique, sur des sites traversés par les trois types d’infrastructures (surface totale de 7 hectares), des relations entre la forme et la taille des taches et le type d’infrastructure (et les modes de gestion associés) ont ainsi été établies : implantation des renouées plus proche des cours d’eau que des routes, forme plus allongée aux bords des routes que des voies ferrées… De précieuses informations pour évaluer la réponse de la renouée selon le mode de gestion utilisé.

Le suivi du développement spatial de la plante a quant à lui permis d’identifier l’influence de divers facteurs, tels que la taille initiale des taches (leur expansion étant proportionnelle à leur superficie sept ans plus tôt) ou la distance les séparant d’une route (la proximité limitant l’expansion). Grâce à ce suivi de plusieurs années et aux données recueillies sur la vitesse de développement des taches et leur organisation spatiale, des travaux ont par ailleurs été entrepris pour élaborer des modèles de simulation de la dynamique de l’espèce, qui permettront à terme d’affiner les pratiques de gestion.

Enfin, l’évaluation des outils de télédétection a confirmé la pertinence des images issues de satellites et de drones pour cartographier les massifs de renouées, même si leur utilisation est encore difficilement transposable pour une gestion de terrain.

De nouveaux outils pour les gestionnaires

À partir des résultats de l’étude et en s’appuyant sur l’expertise des partenaires, un guide a été conçu à l’intention des gestionnaires des infrastructures de transport. Son but : fournir des recommandations pour la mise en place de plans de gestion différenciée des renouées à l’échelle de l’infrastructure. Déclinées selon cinq niveaux d’invasion, ces préconisations visent à guider les gestionnaires dans la décision d’intervenir - ou non - et sur la manière d’agir en fonction des enjeux (densité et surface des massifs versus risques). « À travers ce guide, nous visons à encourager une gestion plus efficiente, en aidant les acteurs de terrain à se poser les bonnes questions pour mieux prendre en compte le rapport coût-efficacité. Il ne s’agit plus de rejeter la renouée car nous ne pourrons pas l’éradiquer, mais d’étudier les solutions les plus adaptées et les plus raisonnables », conclut André Evette. Le guide, ainsi que des outils de cartographie SIG (et des tutoriels vidéos) développés lors du projet, sont désormais à disposition des gestionnaires.

Fiche d’identité du projet
  • Nom : Dynamique et gestion des renouées asiatiques à l'échelle paysagère, impacts et perceptions (Dynarp)
  • Coordination scientifique : André Evette, Irstea Grenoble
  • Dates : septembre 2014 - janvier 2018
  • Partenaires : Irstea, CEREMA, UMR 5600 Environnement Ville Société, Concept Cours d’Eau
  • Coût total : 490 K€
  • Financement : Ministère de la transition écologique et solidaire & ADEME, programme ITTECOP / Fondation pour la recherche sur la biodiversité / Club infrastructures linéaires et biodiversité / Irstea

En savoir plus

1 - La géomatique désigne les outils et les méthodes qui permettent d'acquérir, analyser et diffuser des données géographiques, aussi appelées données spatiales ou géospatiales.