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Des esturgeons en milieu naturel sous surveillance

Campagne d’échantillonnage réalisée dans l’estuaire de la Gironde, août 2014 © M-L. Acolas / Irstea

Espèce menacée, l’esturgeon européen a été au cœur des préoccupations des chercheurs d’Irstea : reproduction artificielle, suivi et réintroduction. Un beau succès pour la recherche et pour l’espèce. Afin de suivre l’état de la population d’esturgeon européen, les chercheurs réalisent régulièrement des campagnes d’échantillonnage : ils analysent l’intégration des poissions issus de reproduction assistées et estiment les taux de survie des différents poissons lâchés.

Du laboratoire au milieu naturel

Malgré la protection réglementaire dont fait l’objet l’esturgeon européen depuis 1982 en France, puis depuis 1998 à l’échelle européenne, la communauté n’a cessé de régresser et a bien failli s’éteindre définitivement dans les années 2000.

Face au risque de déclin et à la rareté des reproductions naturelles, les scientifiques ont étudié les possibilités d’aider la nature en conduisant des reproductions assistées à partir de géniteurs sauvages, avec élevage des alevins jusqu’à un stade permettant une bonne survie. Très vite, il apparaît que la seule chance de restauration de la population est de maîtriser la constitution d’un stock d’esturgeons conduit jusqu’à la maturité, pour ne plus être dépendant des dernières chances de capture en milieu naturel.

En 1995, dans le cadre d’un programme de recherche européen LIFE, la réussite de la première production d’alevins par reproduction assistée permet la constitution de ce précieux stock. Dès lors sur les 23 000 larves obtenues : 

  • environ 9 000 sont relâchées en Garonne et Dordogne,
  • et 1 millier conservé à St-Seurin-sur-l’Isle (stock principal) et à Berlin (stock expérimental de sécurité) pour contribuer au stock de futurs géniteurs.

A partir de 2007, les chercheurs d'Irstea observent les premiers résultats de cette stratégie de conservation. Ils  obtiennent, grâce à un second programme LIFE et dans le cadre du Contrat plan Etat Région Aquitaine, la première reproduction artificielle à partir de spécimens élevés depuis leur plus jeune âge dans leur station d’expérimentation de Saint-Seurin-sur-l’Isle. Cette opération permet un nouveau lâcher de 7 500 larves et le renouvellement du stock de géniteurs.

Par la suite, d’autres lâchers seront réalisés permettant ainsi d’espérer un repeuplement du bassin de la Gironde, puis d’autres bassins européens historiques de l’espèce.

L’esturgeon européen sous haute surveillance

En parallèle des travaux sur la reproduction assistée, les scientifiques cherchent aussi à mieux comprendre le comportement de cette espèce afin d’optimiser sa réintroduction. Dès lors, à la suite des lâchers, des campagnes d’échantillonnage sur le navire L’Esturial sont menées régulièrement afin de :

  • suivre l’état de la population d’esturgeon européen,
  • d’analyser l’intégration des poissons issus de reproduction assistée
  • et d’estimer les taux de survie des différents poissons lâchés.

Les données recueillies portent sur l’abondance de l’espèce, son état de santé, sa taille, son alimentation…

L’échantillonnage consiste à effectuer un trait de chalut dans chacune des 20 zones prédéfinies de l’estuaire de la Gironde. Les esturgeons capturés sont marqués avec un numéro unique ou une balise. Le marquage permet de récolter des informations sur l’environnement fréquenté par le poisson comme la température, la salinité ou encore la profondeur. Le croisement de ces différents paramètres a permis de détecter les allers-retours dans l’estuaire et l’océan.

Par exemple, le poisson ci-dessous a été lâché à 3 mois et a été capturé et marqué lors de pêche scientifique en estuaire le 19 juin 2013 (1m, 5Kg), puis capturé accidentellement en mer 20 jours plus tard, après avoir parcouru au moins 180 Km. La balise a permis de mettre en évidence les variations de salinité dans l’estuaire et le passage du poisson en mer.

Les esturgeons capturés sont mesurés et pesés. Leur âge est déterminé, leur bol alimentaire analysé et des prélèvements de nageoires sont réalisés pour des analyses d’assignation parentale et de signature isotopique.

Le suivi des captures accidentelles permet également de recueillir des informations. Ce suivi est réalisé conjointement avec le Comité national des pêches et avec l’Institut des milieux aquatiques. Irstea est chargé de récupérer les données et de gérer la base de données des captures accidentelles. Le nombre de déclaration a augmenté de manière importante, ce qui est lié aux campagnes de sensibilisation. En 2013, 255 captures ont été déclarées avec 21,2 % dans l’estuaire de la Gironde, 70,2 % dans le panache de l’estuaire, 6,3 % en mer et 2,3 % en Dordogne. Ce dispositif unique en Europe permettra aux chercheurs de relever un nouveau défi : s’assurer de la survie de l’espèce face aux changements climatiques et à la pollution de l’eau.

L'Esturial

L’Esturial est un des rares navires scientifiques français destinés aux recherches sur les ressources aquatiques des fleuves et estuaires.

Il s’agit d’un catamaran de 13,65 m, spécialement conçu et équipé pour réaliser des pêches d’échantillonnage, des campagnes de mesures et des prélèvements benthiques.

En savoir plus.

Vidéo / Lâcher d'esturgeons