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Biodiversité : donner un coup de pouce à la nature

Torrent le Vénéon © Irstea / S. Vanpeene

Retrouver la biodiversité perdue dans les forêts et les rivières passe par la diversification des habitats.  L'ingénierie écologique s'appuie alors sur le potentiel vivant existant.

La lutte contre l'érosion de la biodiversité est un des défis majeurs du 21ème siècle. En effet, sur la planète, la disparition accélérée des espèces animales et végétales se traduit par une dégradation des écosystèmes, des fonctions que ces derniers exercent sur le système vivant et donc des services qu'ils rendent aux hommes. L'exemple de l'abeille en est une parfaite illustration : son extinction menace l'avenir des espèces cultivées mais aussi celui des espèces sauvages. L'ingénierie écologique, approche qui s'appuie sur la connaissance du vivant, peut permettre d'inverser le phénomène en recréant des habitats propices à la biodiversité dans les milieux dégradés. A Aix-en-Provence, les spécialistes d'Irstea s'aident de la végétation en place pour réintroduire des feuillus dans les pinèdes et les garrigues après les feux. A la clé, des forêts plus riches en espèces, mais aussi plus résilientes face aux changements globaux. Sur le Rhône, les équipes d'Irstea, aux côtés des partenaires scientifiques et des gestionnaires de bassin, se mobilisent pour redonner au fleuve sa vocation d'espace naturel, support d'une riche biodiversité.

Forêt méditerranéenne : l’ingénierie écologique prône la diversification

Dans la région méditerranéenne, les incendies de forêts et la déprise agricole ont favorisé l’extension du pin d’Alep qui couvre maintenant de grandes surfaces aux basses altitudes. Son fort pouvoir colonisateur lui permet en effet de pousser sur les zones incendiées. Ces forêts très pures sont cependant plus fragiles face aux contraintes climatiques (sécheresses, grands froids…), aux attaques de ravageurs et au risque de feu. Car lorsque les incendies se répètent dans un court intervalle de temps, la forêt elle-même disparaît, remplacée par une garrigue, formation végétale broussailleuse, composée d'arbrisseauPin d'Alep proche d'un feuillu © Irstea / S. Vanpeenex bas et épineux. Or c'est oublié que la forêt méditerranéenne a été, et est, un haut lieu de la biodiversité en France, par la richesse de sa végétation arborée, support d'habitats pour de nombreuses espèces animales et végétales.

Dans la forêt de Saint Mitre les Remparts (13) dominée par le pin d'Alep, l'équipe de Bernard Prevosto tente de retrouver la diversité perdue en réimplantant des feuillus (chênes, frênes, caroubiers, arbousiers, sorbiers et pistachiers). Ces espèces, toutes adaptées à la sécheresse, ont la capacité d'émettre de nouvelles tiges à proximité de leur souche après l'incendie, et donc de reconstituer la forêt et d’améliorer sa résilience aux feux.

 

Le buisson, un auxiliaire précieux du reboiseur

Des reboisements massifs ont été effectués dans les années 70 et 80 sur les sites incendiés. En raison de leur coût et de réussites diverses cette politique de reboisement systématique a été abandonnée. Fort de ce constat, les chercheurs de Irstea se sont orientés vers des actions plus ciblées dans des zones à fort potentiel de biodiversité. Ils y ont privilégié les plantations à l'abri de la végétation existante (couverts de pins d'Alep et d'arbustes). Entre 2007 et 2009, 1 600 plants de feuillus ont été introduits et près de 4 000 glands semés. Les premiers résultats sont aujourd'hui  encourageants. En plein éclairement, la performance des plants décroit à l'exception de l'arbousier, plus exigeant en lumière. En revanche, sous le couvert des buissons en place (romarin, ajonc, chêne kermès) la croissance en hauteur des autres espèces de plants augmente significativement. Cet effet bénéfique est lié à une baisse du rayonnement et de la température et à une hausse de l'humidité ambiante sous l'ombrage de la végétation existante. Dans le peuplement à pin d'Alep, la densité du couvert forestier doit être correctement dosée. Trop fermé, le couvert réduit la lumière et intercepte la pluie limitant l’approvisionnement en eau des plants. A l'inverse, un couvert trop ouvert favorise le développement d'une végétation de sous-bois qui concurrence les plants.

Dans un contexte climatique changeant, avec notamment une augmentation prévisible des épisodes de sécheresse, les arbres et les arbustes en place deviendront de précieux alliés des gestionnaires forestiers.

Restauration du Rhône : l’ingénierie écologique rétablit la vie aquatique

Barrage de Donzere © Irstea / N. LamourouxDepuis deux siècles, le Rhône, comme la plupart des grands fleuves en Europe, a fait l'objet de nombreux aménagements. Des digues et des chenaux ont été construits le long des berges pour améliorer la navigation et protéger les villes des inondations. Des barrages ont ensuite été édifiés pour produire de l'électricité, permettre la navigation et irriguer les terres agricoles. Ces aménagements ont progressivement diminué le débit de certains tronçons, modifié les conditions physiques et hydrauliques du fleuve et affecté son écologie. Ainsi par exemple, sur les 522 km de l'ancien cours du Rhône, 162 km ont été court-circuités, ce qui a favorisé l’atterrissement (par dépôt de sable, de limon et de sable) des "lônes", anciens méandres du fleuve aujourd'hui inondées ou exondées en fonction de l'intensité des débits et parfois déconnectés du chenal principal.

Un ambitieux programme de restauration du fleuve a été initié en 1998 mobilisant l'ensemble des acteurs du bassin. A mi-parcours, en 2013, il a permis l'augmentation des débits réservés à l'aval de 4 barrages et la restauration de 24 lônes par réfection des berges et dragage des sédiments.

Une restauration fidèle aux prévisions

Ce programme s'accompagne d'un important suivi environnemental des opérations de restauration mené sur du long terme, de 1998 à 2018, et coordonné par Irstea en collaboration avec les universités de Lyon et de Genève. Les quantités de données physiques et biologiques acquises sur le terrain ont permis de caler puis de valider les modèles de prédiction des réponses des communautés de macroinvertébrés et de poissons aux actions de restauration. Aujourd'hui, simulations et retours d'expérience convergent, montrant les effets positifs de la restauration sur la biodiversité du fleuve. Ainsi par exemple, dans l'ancien lit du Rhône, lorsque les débits réservés ont été augmentés, la proportion de poissons dits d'eau courante a doublé, voire triplé. Cet effet est très marqué pour certaines espèces, telles que l'ablette, le barbeau, la vandoise et le hotu. De même, l'aire de répartition des espèces d'invertébrés aquatiques du Rhône inféodées au courant s'est accrue. Enfin, une plus grande diversité de ces communautés a été observée à l'échelle de la plaine alluviale.

A partir de 2014, 8 autres tronçons du Rhône bénéficieront d'une augmentation des débits réservés et environ 15 lônes supplémentaires seront restaurées. Les modèles développés seront alors de précieux outils d'aide à la décision pour choisir entre les différents scénarii de restauration possibles. De portée générale, ils s’adaptent à plupart des cours d’eau et dépassent donc le cas du Rhône.