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Biodiversité : gérer durablement la ressource forestière

Publié le 19/09/2014

Forêt en réserve biologique intégrale de Fontainebleau © B. Nusillard / Irstea

La forêt ne se résume pas à un stock de bois à exploiter. Bien au contraire, cet écosystème est au cœur d’enjeux parfois contradictoires : préservation de la biodiversité forestière, maintien des services récréatifs et développement de la "ressource bois". Un sujet de recherche prioritaire pour les scientifiques qui travaillent à créer les conditions d’une gestion intégrée et viable des écosystèmes forestiers sur les territoires. Pour qu’exploitation rime avec préservation !

"Produire plus de bois, tout en préservant mieux la biodiversité". Ce slogan, énoncé lors du Grenelle de l’environnement en 2007, met en avant 2 enjeux en apparence contradictoires : comment répondre à l’augmentation de la demande en bois énergie tout en préservant mieux la biodiversité ? Une équation qui implique de mieux comprendre, qualifier et quantifier les relations entre l'évolution des pressions qui s'excercent sur la forêt (climat, usage des sols, exploitation des ressources, pratiques sylvicoles, etc.) et celle de la biodiversité.

Les scientifiques d’Irstea travaillent ainsi à créer les conditions d’une gestion intégrée et durable des écosystèmes forestiers, en mobilisant différentes disciplines. Du diagnostic à l’action…

Une gestion intégrée et durable de la ressource forestière

Dans la pratique, cette approche revient à utiliser nos connaissances de la forêt pour permettre d’intégrer des éléments favorables à la biodiversité dans la gestion forestière. Cela peut se traduire par le maintien de bois mort et autres arbres habitats, ou encore l’adaptation des calendriers de coupes et de travaux, etc. 

Bois mort, réserver biologique Fontainebleau © Y. Paillet / IrsteaMais pour pouvoir agir, il est nécessaire d’identifier les raisons de ces variations sur la biodiversité. Les chercheurs ont ainsi développé des indicateurs, dont le bois mort.

Traditionnellement laissé sur place au cours des opérations forestières comme rémanents, le bois mort revêt une importance significative pour la biodiversité : il abrite près de 25% de la biodiversité forestière (champignons, invertébrés, insectes et vertébrés), dont des espèces rares. A l’échelle de la parcelle forestière, l’intensification des récoltes de bois-énergie entraîne le prélèvement d’une biomasse jusqu’ici peu valorisée : branches de petit diamètre (moins de 7 cm), souches, houppiers, etc. Ces exportations de biomasse provoquent ainsi une modification du profil des stocks de bois mort, ainsi qu’une réduction du volume total de bois mort. En France, des travaux de recherche ont permis de montrer l’importance de son maintien pour la biodiversité dans les domaines forestiers, notamment en faisant entrer en 2005 dans les inventaires nationaux, le relevé du volume de bois mort.

Peuplement mélangé de la forêt d’Orléans © Y. Dumas / IrsteaAutre approche étudiée, les forêts mélangées : ces peuplements forestiers hétérogènes pourraient répondre au double objectif de production et de préservation. En effet, le mélange d’essences s’est montré favorable à la productivité dans de multiples situations forestières, et constitue intrinsèquement un milieu avec une bonne capacité d’accueil de la biodiversité par rapport aux peuplements purs. Des systèmes complexes que les scientifiques d’Irstea étudient : différents niveaux de strates et partage des ressources entre les individus (lumière, eau, nutriments). Ces travaux apportent aux gestionnaires forestiers des éléments d’aide à la décision pour la gestion des forêts de plaine (mode de sylviculture, éclaircies, régénération et végétation du sous bois, …)

Irstea est ainsi engagé à la fois dans l’évaluation de cette biomasse à usages divers et plus largement dans l’évaluation des "services rendus par la forêts" à la société. Au-delà de la production de bois, la forêt fournit des services non-marchands, parfois insoupçonnés :

  • Protection contre certains aléas naturels (chutes de blocs, avalanches)
  • Espace d’accueil et de loisirs pour le public
  • Préservation d’espèces animales et végétales
  • Séquestration du carbone
  • Services énergétiques

Irstea évalue globalement les "ressources bois" réellement disponibles, face à la totalité des usages des "services forestiers". Cela mobilise désormais des sciences forestières et des sciences humaines et sociales…

Politiques publiques

La prise en compte de cette biodiversité forestière dans les politiques publiques et les choix de gestion constituent une priorité. Des préconisations de gestion et des scénarios sont établis par les chercheurs pour une gestion intégrée des forêts.

Le projet de recherche FORGECO [1] part ainsi du principe que, sans des outils spécifiques, production et préservation sont difficilement conciliables. Les scientifiques d’Irstea ont, par conséquent, développé des méthodes et outils (modélisation de l’évolution d’un massif forestier en fonction des choix de gestion, etc.) à destination des gestionnaires forestiers. Le projet a également permis l’établissement de scénarios de gestion en collaboration avec les acteurs des territoires.

Des outils et recommandations dont les chercheurs informent également les pouvoirs publics européens, en participant par exemple à une journée d’échange au parlement européen, ou en contribuant à la rédaction d’ouvrages à destinations des parlementaires. En 2010, une publication [2] posait un premier jalon dans l’avancée des recherches sur la gestion intégrée des forêts en France. 4 ans plus tard, la contribution des chercheurs Irstea à un ouvrage collectif [3] donne à cette problématique de recherche une réelle dimension européenne.

Et ce n’est qu’un début ! Un nouveau projet de recherche européen [4] est annoncé, visant à mettre en place un réseau de démonstration valorisant la prise en compte de la biodiversité dans la gestion forestière (conservation de bois mort, d’arbres-habitats, …). L’idée est d’inviter des gestionnaires de pays différents dans des conditions variées pour mutualiser et échanger sur leurs pratiques. Les équipes d’Irstea du centre de Nogent-sur-Vernisson et de Grenoble participent pleinement à ce nouveau projet.

Et vous, combien paieriez-vous pour préserver la biodiversité ?

Comment estimer la valeur économique de la biodiversité en forêt ? Donner une valeur monétaire à la biodiversité permet d’offrir aux décideurs des éléments quantitatifs d’appréciation des bénéfices et des coûts des programmes cherchant la préservation ou certaines évolutions de la biodiversité (maintien d’une espèce, d’un habitat ou d’un site particulier). Il est alors possible d’évaluer les différentes pratiques de gestion forestière qui ont un impact sur la biodiversité.

Menée par Irstea, une enquête a été conduite sur internet en 2012 auprès de 1 532 Français de plus de 18 ans résidant en métropole, répartis selon leur appartenance à la catégorie des "familiers" ou des "non familiers" à sensibilité écologique plus ou moins forte, avec information relative à la biodiversité et sans. Parmi les résultats les plus marquants :

  • les préférences des individus s’orientent spontanément vers des caractéristiques forestières dont la gestion privilégie la biodiversité
  • les consentements à payer obtenus (soit la valeur économique que le sondé accorde pour avoir par exemple une réserve naturelle de forêts mélangées, du bois mort, des "vieux bois", etc.) sont plus élevés pour préserver la biodiversité associée au maintien des structures mélangées de la forêt et à la diversité de ses essences que pour celle associée à la préservation des rémanents et des vieux bois.

L’intérêt de l’évaluation économique est de disposer des variations de bien-être social associées à certains scénarios de gestion. Par exemple, le bénéfice social associé à l’évolution des forêts de feuillus du périmètre de la forêt domaniale métropolitaine vers des réserves de biodiversité, est de l’ordre de 3 milliards d’euros par an. Une étude publiée sous l’égide du Commissariat Général au Développement Durable, en mars 2016, consultable en ligne.

Elodie Brahic, ingénieur de recherche en économie à Irstea Bordeaux et l'une des auteurs de l'étude, était l’un des Visages des sciences 2013 :

En savoir plus

[1] Projet FORGECO (FORêts, Gestion et ECOsystèmes) coordonné par Irstea et le GIP Ecofor, 2010-2014. Financé par l’Agence nationale de la recherche (ANR). Coordinateur Irstea : Thomas Cordonnier. En savoir plus.

[2] Mieux intégrer la biodiversité de la gestion forestière par Y. Paillet et M. Gosselin aux éditions Quae

[4] Integrate +, coordonné par l’European Forest Institute.