Vers une dépoldérisation de l’estuaire de la Gironde
Depuis le Moyen-Âge, l’homme, dans un paradigme prométhéen, a tenté de gagner du terrain sur la mer pour y développer des activités : maraîchage, élevage, pisciculture, etc. Dans ce but, des levées de terre ou polders ont été construits empêchant ainsi les remontées d’eau salée sur ces nouveaux espaces conquis.
Aujourd’hui, dans le contexte de changement climatique et d’élévation du niveau de la mer, un mouvement de rétrocession des polders à la mer a vu le jour en Europe occidentale : la dépoldérisation. Les chercheurs d’Irstea répondent aux questions fondamentales posées par ce retour des terres à la mer sur les plans de lutte contre les inondations mais aussi sur les plans écologique, économique, paysager.
Accepter de vivre avec la mer
”Nous avons commencé à étudier les conséquences d’un rendu des terres à la mer avant la tempête Xynthia en 2010 et nous envisagions déjà l’intérêt écologique de dépoldériser une partie de l’estuaire de la Gironde. Les décideurs, les aménageurs, les habitants, les agriculteurs ne nous comprenaient pas. Après la tempête, les discussions, les éventuels compromis devenaient d’un seul coup plus envisageables…” constate Philippe Boët, du centre Irstea de Bordeaux. En effet, pour faire face aux prévisions du Giec qui annoncent une montée des eaux d’un mètre d’ici 2100, une idée originale - le réalignement d’une digue ou managed realignment - qui émerge d’abord au Royaume-Uni et en Hollande puis dans toute l’Europe consiste à augmenter l’efficacité et la pérennité des digues en les faisant précéder d’un pré salé qui joue le rôle d’espace tampon où la houle s’atténue progressivement. Or, pour recréer ces prés salés sur les côtes à polders où ils ont été largement endigués ou érodés cette politique préconise justement de dépoldériser. En France, le polder de Mortagne-sur- Gironde qui servait autrefois à la céréaliculture ou encore l’Île Nouvelle ont été achetés par le Conservatoire du Littoral après la tempête de 1999, alors qu’ils étaient en partie envahis par la mer. Le Conservatoire a décidé de ne pas obstruer les brèches et de laisser faire les marées. L’équipe de Philippe Boët s’intéresse à ces deux zones "laissées à la mer". À travers le projet MarGo, les scientifiques de l’institut associés à leurs partenaires se sont aperçus que la dépoldérisation avait de nombreux avantages sur le plan écologique, paysager et économique. Une aubaine pour les acteurs locaux.
Retrouver les fonctions écologiques des territoires
En observant ces nouvelles zones inondées par la mer au rythme des marées, les scientifiques d’Irstea se sont aperçus qu’elles avaient une grande valeur écologique pour la faune et la flore locale qui se réapproprient ainsi les lieux. Les marais tidaux sont parmi les écosystèmes les plus riches de la planète et participent au soutien des populations de poissons. Les écologues, à partir d’un inventaire réalisé sur trois sites de l’estuaire de la Gironde, ont montré que ces anciens polders garantissent des fonctions vitales de reproduction et de nourricerie pour les populations de poissons.
L’un des objectifs du projet MarGo est de traduire ces nouvelles fonctions écologiques en termes de biens et de services rendus à la société, notamment aux pêcheurs et aux touristes et de comparer leurs valeurs à celles des anciennes activités de ces espaces, l’agriculture ou encore la chasse. L’objectif à terme est de gérer collectivement en fonction d’objectifs partagés ces nouvelles zones de restauration écologique à forte valeur patrimoniale, riche en biodiversité.
Contact scientifique
Irstea Bordeaux
Philippe Boët
Tél. 05 57 89 27 06
MarGo : Marais Gouvernance - Gouvernance des zones humides estuariennes, fonctionnalités environnementales, flux financiers et économiques.
Programme Interdisciplinaire de Recherche « Eaux et Territoires » CNRS – MEDDTL – Cemagref (Irstea).


















