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L'écotoxicologie à l'honneur

Jeanne Garric recevant sa médaille de Claudine Schmidt-Lainé © T. Fournier / Irstea

16/10/2013

30 ans de recherche et un travail scientifique remarqué : Jeanne Garric, spécialiste de l’écotoxicologie a été décorée de la Légion d’honneur, le 27 septembre. L’occasion de faire le point sur un domaine crucial mais encore en émergence, l’écotoxicologie, et les prochains défis de la recherche. 

Perturbateurs endocriniens, nanoparticules, PCBs… depuis plusieurs années ces composés chimiques, sources de pollution environnementale se sont fait connaître du grand public. Pour prévenir des crises sanitaires et environnementales et répondre aux inquiétudes des citoyens, se développe un nouveau champ scientifique et un long travail de recherche sur les méthodes de détection de ces substances, leurs impacts sur le vivant et l’environnement.

Jeanne Garric, directrice de recherche à Irstea, a grandement participé à l’émergence de l’écotoxicologie nationale, avec une passion et des travaux commencés à la fin des années 70. À l’occasion de remise de décoration de chevalier de la Légion d'honneur, voici un retour sur un parcours et une discipline aujourd’hui incontournable. 

30 ans de recherche

Au début du 20e siècle, avec les premières évidences de pollution chimique toxique naissent les inquiétudes des scientifiques et acteurs de terrain sur l’impact des contaminants chimiques sur les milieux et en particulier sur les milieux aquatiques. Sur le plan scientifique, c’est un nouveau champ de recherche qui s’ouvre et s’intitule « Écotoxicologie » sur une proposition de toxicologues français Jean-Michel Jouany et René Truhaut à la fin des années 70. À cette époque, EDF finance des travaux scientifiques sur les impacts des produits utilisés pour le traitement antifouling dans les aéroréfrigérants des centrales nucléaires. Une belle opportunité de recherche dont s’empare Jeanne Garric pour entamer une thèse de Toxicologie de l’Environnement sur la « Chloration des réfrigérants atmosphériques, détermination du protocole optimal et de la toxicité des rejets » à l’Université de Metz.

Si l’écotoxicologie inquiète et passionne, les débuts sont difficiles : les spécialistes s’avèrent peu nombreux, et les attentes des pouvoirs publics sont, elles, très fortes. Ainsi, pour répondre aux besoins de prévention et de réglementation des pollutions, la discipline encore naissante doit développer méthodes et outils afin de permettre l’évaluation des risques liés à la diffusion dans les milieux de ces molécules chimiques, issues des activités humaines et présentes en infimes quantités. 

Évaluer pour limiter les rejets les plus toxiques

Les méthodes développées alors permettent de fonder une première réglementation et de limiter les rejets les plus toxiques. Cependant elles demeurent imparfaites, car reposant sur des approches réductrices, encore très éloignées de la réalité de l’exposition des communautés aquatiques dans les écosystèmes : on mesure les impacts biologiques molécule par molécule, sur un échantillon réduit de quelques espèces modèles Féminisation des poissons, masculinisation des gastéropodes… pour ne citer que ces deux exemples significatifs, ne sont généralement pas l’effet d’une seule substance chimique, mais d’un mélange de plusieurs et la conséquence de processus complexes et multiples qui implique des cascades d’évènements, à toutes les échelles d’organisation biologique. En conséquence, l’écotoxicologie, science multidisciplinaire doit composer avec de nombreuses disciplines de la biologie à l’écologie en passant par la chimie, les mathématiques…

Prévenir le risque : Nouveau défi pour l’écotoxicologie

Et des nouveaux polluants à évaluer, il y en aura toujours, même si l’on parvient à mettre en place des filières de chimie « verte », à moindre impact sur l‘environnement.

Pour Jeanne Garric, le meilleur reste à venir : Du boulot, il y en a plus qu’il ne faut. Le temps de vie de certaines substances chimiques est tel qu’on n’a pas fini d’en découvrir les effets » Bien plus, elle ajoute : « Le vrai défi aujourd’hui n’est plus la mesure dans le milieu mais la prise en compte de la variabilité des réponses et de la vulnérabilité des écosystèmes, et l’intégration de ces informations pour une évaluation du risque écotoxique à long terme.

Irstea, en se révélant capable de fournir des méthodes et des outils aux gestionnaires pour faire face à la nécessité d’évaluer les risques toxiques et de répondre à la réglementation, a su se positionner comme un acteur référent sur le domaine. Précisément, les nouveaux outils et méthodes chimiques et biologiques développés avec les partenaires publics et privés permettent de générer les données nécessaires pour modéliser le risque chimique à l’échelle des populations et des communautés dans leur environnement. Cependant, un vrai travail de construction et d’expérimentation de ces nouveaux modèles reste encore à venir.

À condition de consolider les forces vives de l’écotoxicologie en privilégiant la formation et l’organisation de la recherche, de belles perspectives s’offrent à ce domaine encore jeune et dont les enjeux sont majeurs pour la santé de notre environnement.

Jeanne Garric : Chevalier de la légion d’honneur

Jeanne Garric © T. Fournier / IrsteaJeanne Garric, directrice de recherche à Irstea, directrice adjointe scientifique du département Eau, a reçu la Légion d’honneur le 27 septembre 2013, pour l’ensemble de sa carrière scientifique et son rôle dans l’émergence de l’écotoxicologie.

Sa décoration lui a été remise par Claudine Schmidt-Lainé, rectrice de l’académie de Rouen, et figure importante de la vie scientifique de la région Rhône Alpes, connue notamment pour son implication pour le développement et le financement des projets de recherche. Une cérémonie pleine d’émotion et de bonne humeur qui s’est tenue dans les nouveaux locaux du centre Irstea de Lyon-Villeurbanne, dans la cité scientifique de la Doua, en présence de Jean-Marc Bournigal, président d’Irstea. 

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