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En kayak, sur le parcours d’un poisson migrateur

12/06/2017

Comment expliquer la diminution de la grande alose dans les eaux de Garonne et de Gironde ? Une chercheuse d’Irstea, un écrivain et une réalisatrice se lancent dans une aventure audacieuse : parcourir en kayak le trajet migratoire de ce poisson, pour mieux connaitre son milieu et identifier les raisons de son recul. 

Aux sources du projet 

Tout commence lorsque Françoise Daverat, chercheuse à Irstea, propose à l’écrivain Donatien Garnier, de retour d’une expédition en kayak sur les traces de Robert-Louis Stevenson[1], d’utiliser ce mode de déplacement pour un projet de médiation scientifique sur l’alose. Donatien Garnier renchérit en invitant la biologiste à mener ses travaux sur cette espèce emblématique de la Garonne et Gironde, au cours du voyage ! L’expédition alosa alosa était née. « Par cette proposition Françoise Daverat rend ainsi réel le concept d’expédition légère, en y ajoutant une dimension scientifique », explique-t-il. Car c’est là toute l’originalité de cette exploration : l’art de mêler sciences, poésie et cinéma, tout en s’appuyant sur un mode de navigation « doux » pour ne pas perturber l’environnement observé. Ce projet sera le point de départ d’une série de 10 expéditions dans la région Nouvelle Aquitaine, portées par Donatien Garnier et Mélanie Gribinski, associant un ou plusieurs chercheurs.

Identifier les facteurs de risque aux étapes clés du cycle de vie 

Cette exploration s’inscrit dans le cadre des programmes de recherche FAUNA et Shad’eau (2016-2020)[2] coordonnés par Françoise Daverat, visant à identifier les facteurs en jeu dans le déclin de l’alose qui se poursuit malgré un moratoire de pêche mis en place en 2007, et trouver des leviers d’action pour mieux la protéger. Il s’agit d’examiner aussi ses usages de pêche et encourager ainsi une gestion adaptée. Afin d’étudier les différentes causes possibles tout au long du cycle de vie de l’alose, de son lieu de naissance dans les frayères, à son milieu de vie marin, l’expédition se déroulera en 2 temps, soit 12 jours de navigation en kayak.

  • Dans les 7 frayères, du 13 au 15 juin

Le parcours démarrera dans les 7 frayères sur la Garonne pour collecter des géniteurs morts après la reproduction et prendre des mesures des conditions environnementales (débit des fleuves, température, qualité d’eau…) qui influent sur la reproduction de l’alose.

  • Vers l’estuaire, du 30 juillet au 7 août

L’expédition reprendra fin juillet et suivra le trajet des juvéniles vers l’estuaire à Cordouan. Au programme : mesures des paramètres des milieux traversés (température, composition des eaux, présence éventuelle de contaminants…), prélèvements de juvéniles, pour mieux comprendre l’impact des obstacles et des transformations anthropiques des milieux sur la survie des aloses. C’est par exemple, le phénomène de bouchon vaseux, obstacle créé par l’effet simultané de la diminution du débit des fleuves et la remontée de l’afflux d’eau de mer. Des rencontres avec les autres membres de l’équipe scientifique des projets FAUNA et Shad’eau, mais aussi des pêcheurs et riverains, sont prévues. La navigation en kayak est ici un moyen unique d’examiner l’alose au plus près de son milieu. 2 projets artistiques sont également au cœur de l’expédition.

Une immersion littéraire et cinématographique 

Côté artistique, Donatien Garnier s’inspirera de ses observations du milieu de vie de l’alose et de ses échanges avec les scientifiques impliqués dans Shad’eau et FAUNA pour réaliser un poème « sous–marin », c’est-à-dire lisible sous l’eau, destiné aux piscines. « Les lignes de l’eau remplaceront alors les lignes d’une page » souligne-t-il. Ce projet consolide ainsi la collaboration entre l’écrivain et la chercheuse, initiée en 2009 avec le projet GEANTs et poursuivie en 2011 avec l’installation Protolithe, véritable voyage dans l’oreille d’un poisson migrateur. Enfin, grâce à des prises de vues effectuées sous l’eau et hors de l’eau, Mélanie Gribinski nous plongera dans l’univers de l’alose, via un court-métrage qui sera diffusé lors d’événements et sur le web et les réseaux sociaux.

Les auteurs du projet présenteront leur travail lors d’événements dédiés. En attendant, rendez-vous dès le 13 juin pour suivre quotidiennement cette aventure sur le blog de Donatien Garnier, et sur la page Facebook du projet. 

Le parcours

Première partie : Frayères

13 juin : Lamagistère / 14 Juin : Colayrac-Saint-Circ / 15 juin : Nicole 

Seconde partie : Dévalaison

30 juillet : Coussan (Marmande) / 31 Juillet : Floudès (La réole) / 1er août : Cap Horn / 2 août : Bègles / 3 août : Macau / 4 août : L’ïle Nouvelle / 5 août : Port Maubert (Charentes) / 6 août : Royan / 7 août : Cordouan 

 

L’expertise Irstea pour la conservation et la restauration des poissons migrateurs amphihalins 

Les chercheurs du centre Irstea de Bordeaux étudient depuis plusieurs années l’écologie et les dynamiques de population des poissons migrateurs amphihalins[3] (esturgeon, anguille, alose, lamproie…) en vue de développer outils et méthodes de conservation. Les recherches sur l’alose portent l’adaptation au changement climatique, la dynamique des populations d’aloses de la façade atlantique, l’écologie comparée de l’alose vraie et de l’alose feinte, la répartition des aloses en mer.

 
En savoir plus 

[1] Ecrivain écossais du XIXe siècle, notamment connu pour son roman L'île au trésor

[2] Projets portés par Irstea en collaboration avec les COGEPOMI : comité de gestion des poissons migrateurs qui définit les règlementations concernant la pêche des poissons migrateurs amphihalins

[3] Poissons qui se déplacent entre les eaux douces et la mer pendant leur cycle biologique