La chasse aux sédiments est ouverte sur le Rhône
© Irstea
En juin 2012, les Services Industriels de Genève (SIG) ont procédé à une opération de déstockage des sédiments fins accumulés dans le barrage de Verbois sur le Rhône, en Suisse. L’objectif : limiter les risques d’inondation. Les conséquences : la soudaine libération des sédiments peut avoir des impacts sur la biodiversité du fleuve. Dans le cadre de l'Observatoire des sédiments du Rhône (OSR), les chercheurs Irstea ont assuré un suivi scientifique renforcé des flux de matières en suspension et de certains contaminants associés.
Qu’est-ce qu’une chasse de barrage ?
Dans les retenues de barrage, les sédiments s’accumulent au fil du temps et des crues. Afin d’éviter leur encombrement et de limiter les risques d’inondation, on procède à une ouverture des vannes. Cette opération permet d’abaisser le plan d'eau, d’accélérer l'écoulement et ainsi d'évacuer une partie des sédiments accumulés. C’est « la chasse », appelée aussi hydro-curage, un procédé courant de gestion des fleuves aménagés.
Auparavant triennales de 1947 à 2003, les chasses sur le Rhône ont été interrompues afin de ne pas nuire à la restauration hydraulique et écologique entreprise depuis sur les Vieux-Rhônes et leurs bras morts, et à l'habitat piscicole en particulier.
En effet, tout comme lors des crues, l’ouverture des barrages amont, en Suisse, entraîne des phénomènes aux conséquences variables :
- Libération et dispersion de sédiments contenant potentiellement des contaminants d’origine industrielle, urbaine, agricole ou naturelle
- Afflux de sédiments fins pouvant obstruer les branchies des poissons
- Risque de raréfaction du taux d’oxygène dissous dans l’eau pouvant entraîner une mortalité des poissons
Or, malgré ces inconvénients, les chasses sur le Rhône restent nécessaires afin de contenir le risque d’inondation des bas-quartiers de Genève, et jusqu’à présent aucune méthode alternative de gestion des sédiments n’a pu être mise au point.
Ainsi, pour limiter les effets sur la biodiversité et sur les usages du fleuve, une réglementation stricte entoure, en France, ces « chasses ». Grâce au barrage de Génissiat, la Compagnie nationale du Rhône (CNR) peut maintenir en aval les concentrations en matières en suspension (MES) en-deçà de seuils définis par la réglementation.
En plus du suivi effectué par la CNR, les scientifiques Irstea regroupés avec d’autres centres de recherche au sein de l’Observatoire des sédiments du Rhône (OSR) assurent un suivi scientifique indépendant et approfondi des flux particulaires en effectuant des prélèvements quotidiens en 6 sites pour mesurer le taux de pollution des sédiments du fleuve durant la chasse, mais aussi lors des crues ultérieures. Les flux de PCB et de mercure seront particulièrement étudiés, dans le cadre de la thèse de Marina Launay.
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C’est également l’occasion pour eux de suivre de façon très poussée et à l’échelle d’un grand bassin versant (le Haut-Rhône et ses affluents, du Léman à Lyon), les flux de sédiments et de contaminants. Le modèle hydraulique du Rhône sera utilisé pour interpréter le devenir des flux particulaires, en reproduisant notamment les apports des différents affluents qui étaient en crue pendant les opérations de chasse. Une opération de cette ampleur permet également de tester de nouvelles méthodes et de nouveaux outils de prélèvements. Le suivi journalier a fourni des données précieuses pour la comparaison des sédiments échantillonnés par prélèvements fractionnés, par centrifugeuse mobile et par boîtes à sédiments.
Relevé des sédiments d'une boîte à sédiments à Pougny
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Chasses sur le Rhône en 2012La semaine du 11 juin 2012, les sociétés de gestion des barrages suisses du Rhône ont ouvert les vannes du barrage de Verbois, puis du barrage de Chancy-Pougny. La Compagnie nationale du Rhône a accompagné ces opérations en régulant les concentrations à l'aval du barrage de Génissiat, dont le niveau a été abaissé la semaine précédente. Depuis la dernière « chasse » en 2003, 1,7 millions de m³ s’étant accumulés étaient à chasser. Les importants flux de sédiments en suspension s'accumulant dans le barrage de Verbois proviennent de l'Arve, principalement situé en France, le lac Léman ne fournissant que des eaux claires. 5 chercheurs, ingénieur et technicien Irstea et une quinzaine d’agents des unités de recherche HH et MAEP de Lyon, ont organisé un suivi renforcé de cette édition 2012 : deux semaines durant, trois équipes volantes ont prélevé chaque jour des échantillons d’eau et de sédiments pour analyse en laboratoire. |
Pour en savoir plus :
- Sur le travail des équipes
- Une interview de la CNR sur les chasses du Rhône par TV8 Mont Blanc
- Le FAQ de la CNR
Institut national de recherche en sciences et technologies pour l'environnement et l'agriculture
















