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Retenues d’eau : quels impacts sur le milieu aquatique ?

© Irstea / B. Leblanc

21/04/2016

A la demande du Ministère en charge de l’Environnement, Irstea a piloté en partenariat avec l’Inra et l’Onema une expertise scientifique collective sur l’impact cumulé des retenues d’eau sur le milieu aquatique. Cette expertise, conduite dans une démarche pluridisciplinaire, cherche à recenser, et le cas échéant à élaborer, des éléments méthodologiques opérationnels permettant d’améliorer la qualité des procédures d’instruction. 

A l’échelle mondiale, le stockage de l’eau a considérablement augmenté depuis les années 1950. Ces retenues, qui collectent et stockent l’eau, peuvent avoir des usages divers, d'agrément ou utilitaires. Elles sécurisent en particulier les moyens de subsistance en eau, ainsi que les rendements des cultures, en surmontant les aléas liés au climat. L’eau stockée peut être utilisée pour l’irrigation, l’alimentation en eau potable, le soutien aux étiages ou encore la lutte contre les incendies. Les retenues de petite taille se sont multipliées : au début des années 2000, on en recensait environ 125 000 en France.

Mais la création de retenues d’eau soulève de nombreuses questions, notamment sur leurs impacts sur le milieu aquatique. En effet, en stockant et détournant de l’eau, les retenues modifient la répartition naturelle et les chemins des flux d’eau et de matières transportées. Elles influencent ainsi les régimes d’écoulement, le transfert de sédiments, de nutriments et de contaminants et modifient tant les conditions de vie dans le milieu aquatique que la continuité des cours d’eau pour les organismes.

Vocabulaire

Cliquez pour agrandir l'image © Irstea

  • Impact cumulé : recouvre l'ensemble des effets induits par l'ensemble des retenues considérées sur un bassin versant, à la fois sur les nouveaux milieux aquatiques que constituent les retenues et sur le cours d'eau.

Une étude inédite pour éclairer le débat

Depuis 2006, la réforme des volumes prélevables [1] vise une réduction des usages de l’eau sur les bassins versants ; dans certains cas, la création de nouvelles infrastructures de stockage d’eau ou retenues s'impose dans les projets territoriaux. La construction de telles retenues est soumise à déclaration ou autorisation, notamment selon leur taille. En parallèle, la réforme des études d’impact (loi Grenelle 2 de 2010) [2] implique que les dossiers de construction de retenues prennent en compte l’effet cumulé des ouvrages en projet. D'ores et déjà, certains Schémas Directeurs d'Aménagement et de Gestion des Eaux (SDAGE) ont pris des dispositions afin d’être à même d’évaluer l’effet cumulé des retenues déjà existantes sur un bassin.

Mais face à un déficit de connaissances, d’outils et de méthodes pour appréhender cette évaluation des effets cumulés des retenues, le Ministère de l'Environnement, de l'Energie et de la Mer a commandité en 2013 une expertise scientifique collective auprès d’Irstea, en partenariat avec l’Inra et l’Onema. Objectif : évaluer l’impact cumulé des retenues d’eau sur le milieu aquatique et proposer un cadre méthodologique pour homogénéiser les démarches et améliorer la qualité des procédures d’instruction.

L’expertise rejoint la Directive-cadre européenne sur l’eau et cette notion de "bon état écologique" des masses d’eau. Elle vient également en appui à l’élaboration des Schémas d'Aménagement et de Gestion de l'Eau (SAGE), outil de planification pour la gestion équilibrée et durable de la ressource en eau, concernant les politiques à mener sur la création de nouvelles retenues.

Les résultats de l’étude seront présentés le 19 mai à l’auditorium du Ministère en charge de l’Environnement, à Paris. Jean-Marc Bournigal, président exécutif d’Irstea, interviendra aux côtés de François Houllier, PDG de l’Inra et de Paul Michelet, directeur général de l’Onema. Ce colloque se déclinera ensuite en région sur les 3 bassins les plus concernés par la thématique : Loire-Bretagne, Adour-Garonne, Rhône Méditerranée Corse, de septembre à décembre 2016 afin d’enrichir les résultats par le retour des acteurs de terrain. Un guide méthodologique sera produit à l'issue, à destination des gestionnaires et bureaux d’études. Programme sur le site

Résultats de l’expertise

Très peu d’études scientifiques abordent les effets cumulés des retenues sur le milieu aquatique, bien que cette question constitue un enjeu opérationnel fort. L’expertise a toutefois permis de progresser dans la compréhension des processus induits par la présence de retenues sur un bassin versants, et de leurs interactions. Elle a notamment mis en évidence l’importance de la connectivité hydrologique et écologique entre les retenues, liée à leur position sur le bassin versant et par rapport au cours d’eau. La diversité des contextes étudiés dans la littérature n’a cependant pas permis d’identifier de résultats ou d’indicateurs directement transposables dans le contexte français.

Pour avancer, y compris au niveau opérationnel, l’expertise soulève ainsi l’importance :

  • d’acquérir, de bancariser et de permettre le partage de données de recensement et de caractérisation des retenues (position dans le bassin versant, mode d’alimentation, capacité, usages de l’eau, etc.),
  • et de développer des connaissances sur les effets des retenues sur l’ensemble des caractéristiques du cours d’eau, c'est-à-dire abordant de façon conjointe les 4 composantes principales étudiées par l’expertise : hydro(géo)logie, transport solide – hydromorphologie, qualité physico-chimique des eaux, biologie. Une piste en ce sens serait d’instrumenter des bassins versants ateliers, afin de permettre d’élaborer des modèles intégrés permettant de structurer et d’organiser la connaissance, et d’évaluer des scénarios de construction de nouvelles retenues, de définir et valider des outils, indicateurs et seuils pour aider à la prise de décision.

L’expertise a également mis en évidence la nécessité de mener l’évaluation des effets cumulés des retenues à deux échelles : (i) l’échelle du grand bassin englobant, permettant ainsi d’identifier les sous bassins déjà fragilisés et les enjeux associés, et (ii) celle du bassin supportant les projets de nouvelles retenues. Une telle démarche parait notamment nécessaire pour appréhender l’effet des nombreuses petites retenues parfois présentes sur certains bassins et dont l’effet individuel est limité, et permettre ainsi une démarche de planification pertinente.

Télécharger la synthèse.

Vidéo Terre TV "Un regard sur nos réservoirs"

 

En savoir plus


[1] Loi sur l’Eau et les Milieux Aquatiques du 30 décembre 2006. Pour résorber les déficits structurels en eau, l’Etat a souhaité mettre en œuvre une gestion quantitative de la ressource en eau reposant sur une approche globale de la ressource disponible par bassin versant, au regard des différents usages, afin d‘y adapter les prélèvements.

[2] établie en application de la loi Engagement National pour l’Environnement (dite loi Grenelle 2) du 12 juillet 2010