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Risque inondation : estimer le niveau des crues extrêmes ?

Crue de la Nartuby © Cantet Philippe / Irstea

28/01/2014

Un événement rare n’en est pas moins un risque majeur. Dès lors, afin de s’en protéger il est nécessaire d’identifier et d’estimer le niveau des crues extrêmes ou millénales dont le souvenir est sorti des mémoires. Le projet Extraflo, piloté par Irstea et chargé d’élaborer des recommandations sur l’estimation des crues extrêmes, s’est conclu en novembre 2013. Focus sur les principaux résultats. 

Crue de la Seine en 1910, ou crue du Rhône en 2003 : considérées comme exceptionnelles, ces crues centennales[1] ne sont rien face à des crues extrêmes. Or, la récurrence de ces événements permet l’élaboration de relevés de données nécessaires aux modèles de prévision et prédétermination du risque inondation. Dans le cas des événements extrêmes, les données se font plus rares. Dès lors, la difficulté d’estimer ce risque majeur prend tout son sens. Le projet Extraflo, cordonné par Irstea[2], a permis la réévaluation des méthodes d’estimation des crues extrêmes. 

Dossier spécial

Risque inondation : la recherche relève le niveau

Agir sur la vulnérabilité

Face à une crue extrême l’ambition n’est pas d’arrêter les flots. La construction de digues ou barrages aux dimensions adéquates impliqueraient un coup trop élevé. Michel Lang, hydrologue à Irstea et coordinateur du projet, explique : « Il s’agit d’agir sur la vulnérabilité en élaborant des plans de secours et un ensemble d’actions préventives.  Sur la Loire par exemple, le simple fait pour une entreprise de remonter les matériaux entreposés à un mètre du sol, réduit considérablement les dommages potentiels en cas d’événements extrêmes. »

Et c’est bien dans cette optique que les bureaux d’études et certains services en charge de la sécurité de réseaux, tels que la SNCF, ont été invités au séminaire de clôture du projet le 15 novembre 2013. A cette occasion, l’ensemble des recommandations et les méthodes évaluées leur ont été présentées. 

Méthodologie et recommandations

Le principal objectif du projet était d’établir un ensemble de recommandations sur les méthodes d’estimation du risque. Très vite, l’observation des jeux de données utilisées jusqu’à présent a mis en évidence le manque de robustesse des approches, ne reposant que sur le traitement statistique d’une série de quelques dizaines d’années d’observations. Pour les renforcer le projet Extraflo a fait appel à un large panel de compétences et de disciplines : climatologie, modélisations statistique, hydrologique et hydraulique, hydro-géomorphologie, paléo-hydrologie … Des méthodes alternatives qui ont permis d’affiner les outils d’analyses. In fine, l’estimation des crues extrêmes peut être confortée selon quatre approches différentes : 
  • Elargir à l’échelle régionale l’exploitation des records de pluies et débits ;
  • Collecter des données historiques ;
  • Recourir aux méthodes de simulation pour transformer les pluies en débit ;
  • Analyser les traces morphologiques laissées par les crues anciennes. 
A la clé, un ensemble de recommandations à l’usage des acteurs industriels et locaux. 

FloodFreq : crues extrêmes en Europe

En parallèle du projet de recherche ANR Extraflo, Irstea a également participé à un réseau de recherche européen FloodFreq [3] (2009-2013). Objectif: comparer les différentes méthodes d’estimation des crues extrêmes, mais cette fois-ci à l’échelle européenne. "Les jeux de données et les analyses sont souvent spécifiques à chaque pays, or les frontières administratives n’existent pas en hydrologie", souligne Michel Lang, hydrologue à Irstea impliqué dans le projet FloodFreq. Ainsi, tous les 6 mois, les chercheurs issus des 26 pays représentés se sont réunis pour échanger autour des données, de leurs méthodes d’évaluation, … dans un contexte non stationnaire lié au changement climatique et à l’usage des sols. Une mise en commun a permis de déboucher sur un partage de jeux de données et une série d’articles de synthèse. 

A plus long terme, l’enjeu est de créer des passerelles et ainsi éviter la fragmentation de la recherche, avec en ligne de mire, le programme de financement européen H2020... Pour en savoir plus.

Contact : Michel Lang, Irstea

En savoir plus

[1] Une crue centennale est une crue dont la probabilité d’apparition sur 1 année est de 1/100 en termes de débit. On estime alors que la période de retour d’une telle crue est de 100 ans. La même logique s’applique à la crue millénale ou extrêmes sur une probabilité de 1/1000 et une période de retour de 1000 ans.

[2]Extraflo est un projet de recherche appliqué coordonné par Irstea avec la participation de Météo-France (Toulouse), du CNRS (HydroSciences et GéoSciences Montpellier) et d’EDF/DTG (Grenoble) et des échanges avec les services de l’Etat (Cete Méditerranée et Dréal Midi-Pyrénées) et des bureaux d’études (Artélia, Electralabel). Conduit sur 4 ans (2009-2013), le projet a bénéficié d’une aide ANR dans le cadre du programme RiskNat.


[3] FLOODFREQ est soutenu par la Coopération européenne en science et technologie (COST Action ES0901), programme financé par la Commission européenne.