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Risque inondation : comment préparer l'après ?

Village après les crues catastrophiques en novembre 1999 (Herault) © Irstea / V. Andréassian

26/05/2015

Après une inondation, pour éviter que les mêmes causes ne produisent les mêmes effets, reconstruire un territoire ne suffit pas ; il faut encore adapter les habitations et les infrastructures. Si la règle paraît simple, sa mise en œuvre est complexe car différents facteurs entrent en jeu : décision individuelle, arbitrages collectifs, suivi aléatoire des directives, … Un projet de recherche se penche sur la question.

En France, le risque inondation est, avec le risque tempête, le risque le plus coûteux et le plus répandu sur le territoire. Pour diminuer ce coût économique et humain, un projet de recherche propose une démarche originale. Loin de la modélisation des phénomènes hydrauliques et hydrologiques, outils privilégiés de la gestion des risques, les scientifiques du projet de recherche RETINA s’intéressent à la résilience du territoire face aux inondations [1]. Mais quésaco ?

La résilience : retour à l’état d’équilibre

Tout part d’un constat simple : c’est devant l’étendue des dégâts qu’on peut mieux imaginer la suite et se préparer au futur. Face à des risques récurrents comme les inondations, pour éviter que les mêmes causes ne produisent les mêmes effets, reconstruire ne suffit pas : le système doit s’adapter. Précisément, "la résilience, nous explique Pauline Bremond, économiste à Irstea, c’est la capacité d’un système socio-économique à revenir, après un choc, à un état d’équilibre équivalent à celui d’avant le choc".

Un état d’équilibre certes, mais quel est-il et comment le déterminer ? "Tout l’enjeu du projet, complète Pauline Bremond, est de savoir si dans la phase de reconstruction il va y avoir des adaptations qui pourraient modifier la vulnérabilité ou la résilience du système."

L’Aude et le Var comme terrain de recherche

Pour y parvenir, 2 enquêtes de terrains sont en cours dans l’Aude et le Var. Deux départements largement touchés par des inondations à des époques différentes : l’Aude en 1999 et le Var en 2010 puis 2013 et 2014. Ainsi, 15 à 5 ans après les faits, les géographes, économistes et juristes du projet RETINA reviennent sur les événements via des entretiens individuels, ou l’analyse des politiques publiques déployées… Leurs objectifs sont de mettre au point une méthodologie de retour d’expérience sur le long terme inexistante à l’heure actuelle. .

Mené sur plusieurs fronts (juridique, territorial et individuel) ce retour d’expérience offre une vue d’ensemble de la phase de reconstruction. Il permet ainsi de mettre en évidence les mécanismes incitatifs et ceux qui freinent l’adaptation aux nouveaux enjeux. Pauline Bremond mène actuellement des entretiens individuels, très éclairant pour comprendre ces freins : "par exemple, dans les dossiers d’indemnisation des assurances, il est demandé aux sinistrés de reconstruire à l’identique. Aucun accompagnement n’est proposé pour inciter les particuliers ou les entreprises à s’adapter. Le sinistré est laissé seul dans son projet."

On le comprend, à partir de la compilation de ces données : l'enjeu est d'analyser les mécanismes à l'oeuvre dans la phase de reconstruction pour identifier les freins et les processus incitatifs. Actuellement à mi-parcours (la fin du projet est prévue pour décembre 2016), les méthodes et résultats du projet feront l'objet d'un guide à destination des acteurs des territoires. Un beau projet, à suivre donc...

En savoir plus

[1] Projet RETINA : Résilience des territoires à l’inondation, pour une approche préventive par l’adaptation post-événement. Coordination : unité de recherche G-EAU, Irstea centre de Montpellier,  Janvier 2014- Décembre 2016. Partenaires : UM3, Gred – Armines, CRC. Scientifiques impliqués : Irstea : Géraldine Abrami, Pauline Brémond, Katrin Erdlenbruch, Frédéric Grelot ; UM3 : Martin Boudou, Frédéric Léone, Annabelle Moatty, Freddy Vinet ; Armines : Valérie Sanseverino-Godfrin