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Bioéconomie : miser sur le vivant pour repenser le développement

(c) Fotolia

06/06/2017

Pour assurer nos besoins en alimentation, énergie, ou construction, tout en limitant notre impact sur l’environnement, la bioéconomie, fondée sur l’utilisation des ressources issues du vivant, semble être une piste prometteuse. Mais que recouvre cette notion au juste ? Quelles opportunités offre-t-elle pour les territoires ? Et quels sont les besoins en matière de recherche et d’innovation ? Focus sur une approche émergente. 

La bioéconomie est au cœur de nombreux débats parmi scientifiques et acteurs privés pour trouver des solutions durables face aux enjeux actuels (sécurité alimentaire, raréfaction des ressources, changement climatique…). Elle fait aussi l’objet d’un intérêt croissant des pouvoirs publics. Plusieurs pays européens, dont la France, ont notamment adopté une stratégie nationale pour accompagner son développement. En vue de mieux définir les priorités de recherche, les outils et partenariats nécessaires à la mise en œuvre de projets de bioéconomie, l’Inra et Irstea organisent, en association avec les Ministères de la Recherche et de l’Agriculture, un colloque européen les 28 et 29 juin à Paris. L’occasion de revenir sur ce concept et les perspectives en termes de recherche, avec Jean-Marc Callois, directeur du département Territoires d’Irstea.

Qu’est-ce que la bioéconomie et quels en sont les grands enjeux ?

Jean-Marc Callois : La bioéconomie, c’est l’économie basée sur le vivant. Elle consiste à valoriser au maximum les bioressources en produits alimentaires, matériaux biosourcés ou bioénergies (bois-énergie, méthanisation, biocarburants) pour répondre de façon durable à nos besoins, tout en préservant le potentiel de production des écosystèmes. Elle recouvre ainsi des secteurs variés : agricoles, forestiers, ou de traitement des déchets. Cette approche s’inscrit dans une logique circulaire, elle vise à boucler les cycles d’énergie et de matière. C’est par exemple, valoriser les déchets et coproduits organiques au plus proche du centre de production en les transformant en énergie ou en nouveaux matériaux.

Or, une partie de nos ressources renouvelables est aujourd’hui non exploitée. On estime à environ 30% les pertes de produits alimentaires[1] et la moitié de l’accroissement naturel de la forêt, soit près de 50 millions de mètres cubes en France, n’est pas exploité. Dans ce contexte, la bioéconomie offre un fort potentiel de développement économique pour le territoire, et de création d’emplois peu délocalisables car liés à cette recherche de circularité.

Parce qu’elle s’appuie sur une logique de valorisation maximale des ressources, la bioéconomie vise aussi à éviter les effets négatifs environnementaux générés au cours de la chaine de production. Penser par le système vivant c’est donc aussi une nouvelle façon de penser le développement. En s’inspirant du vivant, où chaque déchet est ressource pour un autre composant, la bioéconomie cherche à établir des liens entre les formes variées de biomasses, et par voie de conséquence entre différents acteurs.

Quels sont les principaux défis en matière de recherche et d’innovation ?

Jean-Marc Callois : Le développement de la bioéconomie est aujourd’hui confronté à des enjeux technologiques, il nécessite d’améliorer les procédés existants et d’innover pour augmenter la capacité des technologies du vivant à concurrencer d’autres options. En matière de chimie biosourcée, comme pour la valorisation des lignines, des recherches sont nécessaires pour améliorer les voies de transformation biologiques qui ne sont pas encore optimales, afin d’être aussi compétitif que le fossile.

Certains aspects sociaux et organisationnels sont également à prendre en compte pour accompagner la transition vers la bioéconomie. Comprendre les perceptions des consommateurs, et les comportements des producteurs, en lien avec les nouvelles méthodes de production induites, est crucial pour identifier les projets potentiellement réalisables à l’échelle d’un territoire. Irstea a par ailleurs mis en évidence dans une récente étude, que la capacité d’organisation des collectivités territoriales est un facteur important qui détermine l’engagement dans les démarches d’énergie positive.[2] Ainsi, les acteurs publics locaux doivent jouer un rôle moteur pour animer cette vision « écosystémique ». Il leur faut organiser le dialogue entre industriels, riverains et associations, et mettre en place des infrastructures adaptées (réseaux de transport, numérique, zones d’activités), en vue de profiter pleinement des opportunités offertes par la bioéconomie.

Comment Irstea se positionne sur ce concept ?

Jean-Marc Callois : Si la notion de bioéconomie est récente, les problématiques qu’elle recouvre sont au centre de travaux déjà menés à Irstea avec une approche territoriale. Nos recherches visent à mieux accompagner pouvoirs publics et acteurs privés face à ces défis sociaux et organisationnels, à l’image des travaux du centre Irstea de Bordeaux sur la valorisation de la ressource bois dans la transition énergétique[3] (analyse des perceptions environnementales, des réseaux d’acteurs impliqués dans le développement des nouveaux usages de la biomasse). Elles portent également sur la conception de technologies, à l’instar du projet Biorare (2011-2017) porté par les chercheurs du centre Irstea d’Antony, dont les résultats ont abouti à la mise au point d’un procédé de rupture, pour valoriser les déchets organiques en molécules plate-forme pour la chimie verte. La bioéconomie a donc de beaux jours devant elle.

Rendez-vous au colloque européen sur la bioéconomie, les 28 et 29 juin à Paris, pour découvrir les avancées et besoins en matière de recherche, en présence d’experts internationaux.

Inscriptions à cette adresse.

En savoir plus 

[1] Source : Global Food Losses and Food Waste, FAO, 2011

[2] The feasibility and relevance of a community-based energy autonomy: physical, social and institutional factors, Jean-Marc Callois, Mihai Tivadar & Baptiste Sion, Review of Agricultural, Food and Environmental Studies, 2017