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Pleins feux sur les incendies du futur

© C. Tailleux / Irstea

15/04/2014

Après 4 ans de recherche et de modélisation, le projet européen FUME, auquel a participé Irstea, publie ses résultats. Objectif : mieux comprendre les déterminants des incendies de forêt dans un contexte de changement global. Comment le risque incendie va-t-il évoluer dans les prochaines décennies ? Zoom sur les grandes tendances qui se dégagent et qui influeront sur les politiques de prévention et de lutte contre ce risque naturel.

Chaque année, près de 60 000 feux de forêts sont recensés en Europe, principalement dans les pays de la rive nord de la Méditerranée. Soit 500 000 hectares en proie aux flammes. L’Homme devra faire face dans les prochaines décennies, à 2 grands changements : les changements climatiques et l’augmentation de la population. Face à cette évolution tant climatique que socio-économique, les chercheurs se sont posés la question suivante : est-on capable de bâtir des scénarios réalistes sur l’évolution de l’occupation des sols ou encore le climat et ainsi, prédire les incendies du futur ? Il est désormais certain que les incendies [1] évolueront du fait de ces changements globaux. Mais comment ?

Modélisation croisée et transfert d’échelles

L’hypothèse de départ du projet de recherche : les régimes d’incendies résultent d’interactions entre le climat, les utilisations des terres et du couvert végétal, et les facteurs socio-économiques. Ainsi, pour simuler les incendies du futur (d’ici 30 à 50 ans), les chercheurs doivent anticiper l’impact de ces changements globaux sur les écosystèmes ou encore les habitations. Pour cela, ils allient modélisation croisée et niveaux d’échelles. "Les climatologues ont l’habitude de travailler à des échelles globales, alors que pour le risque incendie, l’échelle locale est déterminante", explique Éric Maillé, ingénieur chercheur à l’unité de recherche EMAX à Aix-en-Provence, impliqué dans le projet. Des transferts d’échelles ont ainsi été réalisés pour la première fois… non sans quelques difficultés.

"Aujourd’hui, on arrive bien à comprendre les évolutions socio-économiques ou climatiques, mais quand on essaie de croiser ces modèles, c’est encore compliqué en termes d’échelles, d’interactions,… Il n’existe pas de modèle unique." Le projet était certes ambitieux, et il reste encore beaucoup à faire comme développer des méthodologies et normes communes, mais "c’était la première fois que l’on parlait des incendies du futur, c’est une prise de conscience importante", analyse Thomas Curt, ingénieur chercheur à l’unité de recherche EMAX.

Plus de feux vers l’Est de l’Europe…

On peut planifier le risque, mais jusqu’à un certain point... Face à ces incertitudes, on parle plutôt de tendances ou de scénarios. Pour autant, les simulations réalisées par les chercheurs dans le cadre de FUME auront un impact dans 10 ou 20 ans, en termes opérationnel. "Si des tendances sortent du lot et sont communes à plusieurs pays, il faut les faire connaître le plus tôt possible aux politiques", analyse Thomas Curt. Quels sont alors les grands changements à venir ?

Tous les scénarios s’accordent sur une plus grande fréquence des grandes sécheresses (comme celle de 2003 en France). La saison à risques (l’été) semble, elle, s’allonger : soit avec une saison plus précoce (dès le printemps), soit plus tardive (en septembre et octobre). Avec une incidence directe sur le travail des gestionnaires à prévoir.

Spatialement, le risque incendie évolue également. Les chercheurs ont observé un déplacement des zones d’incendies, avec autant d’incendies dans les régions traditionnellement touchées comme le littoral méditerranéen, mais une augmentation dans les zones de moyenne montagne ou l’arrière-pays provençal. La Grèce en a été l’exemple, en 2010-2011.

Et parfois, on trouve sans chercher ! En croisant des modèles de changements d’occupation du sol et des modèles de changement climatique à l’échelle du bassin méditerranéen, les simulations montrent que le risque incendie se déplace vers l’Europe de l’est et centrale (les Balkans,…). Une question se pose alors : les politiques de prévention et de lutte ainsi que les moyens actuels seront-ils suffisants ? La coopération internationale en matière de lutte, et la coordination des politiques sont des atouts pour faire face aux évolutions des incendies prédites par les modélisations.

Comme le rappellent les chercheurs, l’Homme est toujours au cœur du dispositif du feu, en le créant, en le gérant, en luttant contre,… et en modifiant le paysage : les interfaces habitat-forêt [2], zones privilégiées de départs de feux, vont progressivement augmenter ces 30 prochaines années. La principale recommandation en matière de gestion urbaine consiste à favoriser la densification de l’urbanisation existante plutôt que son extension dans les milieux ruraux et forestiers. Grâce aux recherches menées à Irstea, la connaissance de ces interfaces a progressé. Un logiciel de cartographie (RUImap [3]), à destination des gestionnaires du territoire et élus européens, est disponible sur demande.

Résilience

Est-il possible d’agir préventivement pour que la forêt soit moins vulnérable à l’incendie ? Pour les chercheurs du projet FUME, il est possible d’améliorer la résilience des peuplements, c'est-à-dire leurs capacités à se régénérer après le passage du feu. Une solution efficace est de mélanger les peuplements en installant, par exemple, des plants feuillus dans les peuplements de pin qui sont souvent très purs. Les feuillus méditerranéens sont adaptés à la sécheresse et surtout ils ont la capacité de produire des rejets après le passage de l’incendie, permettant à la forêt de se reconstituer. De plus, les peuplements mélangés sont plus résistants aux attaques de ravageurs et plus aptes à affronter les conditions climatiques extrêmes comme les sécheresses.

Et lorsque le feu a détruit la forêt, que faut-il faire ? Un logiciel d’aide à la décision [4] a été développé dans le but de fournir des pistes d’action concrètes : l’écosystème peut-il se restaurer naturellement, si oui quelle en sera la composition probable et sous quel délai, sinon quelles espèces faut-il introduire et quelles sont les techniques de restauration à privilégier,… ?

L’adaptation aux changements climatiques et au risque de feux passe par une meilleure connaissance de la dynamique des écosystèmes permettant de proposer des actions de gestion préventive ou des plans de réhabilitation adaptés. Adapter nos forêts aux menaces futures, c’est tout de suite !

FUME

FUME

Le projet FUME « Forest fires under climate, social and economic changes in Europe, the Mediterranean and other fire-affected areas of the world » est un projet de recherche européen du 7e PCRD (2009-2013 - Programme cadre de recherche et développement) coordonné par J.L. Moréno (Université Castilla La Mancha, Espagne) comprenant 33 partenaires, de 17 pays principalement européens, mais aussi tunisiens, marocains, algériens, turcs, sud-africains, australiens, chiliens et des États-Unis.

Les recherches se sont concentrées sur le bassin méditerranéen (rives nord et sud) mais aussi des pays hors-Europe avec un climat méditerranéen (Chili, Afrique du sud, Australie, Californie,…). Le projet connaîtra peut-être une suite dans le cadre d’Horizon 2020, avec de nouveaux appels à projets… Prochain épisode en 2015 ?

Consultez le document final du projet sur le site officiel du projet FUME.

En savoir plus

[1] Les incendies sont le résultat de 3 éléments : les combustibles (végétation), les sources d’ignition (Homme, foudre) et les conditions météorologiques pour la propagation une fois le feu démarré.

[2] On appelle interfaces habitat-forêt ces zones de contact entre espaces naturels (forêt, maquis, garrigues,…) et espaces anthropisés (habitations, lotissements périurbains,…). Conséquence principale : des départs de feu très fréquents et un phénomène qui s’amplifie, notamment en Méditerranée.

[3] Logiciel RUIMap. Contact : christophe.bouillon@irstea.fr

[4] Logiciel POSTFIRE-DSS disponible sur site officiel FUME. En savoir plus sur le site officiel.