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Les forêts alpines de plus en plus vulnérables aux incendies

Vue d'une zone de feu, vallée du Buech © J-M. Lopez / Irstea

02/10/2018

Le risque d’incendies de forêts dans les montagnes alpines françaises est décuplé par les changements climatiques. Mais quelles sont les régions et les espèces les plus vulnérables ? Une étude Irstea fait le point. 

Les forêts alpines fournissent une vaste gamme de services écosystémiques utiles à tous : production de bois, protection contre les chutes de blocs, loisirs, biodiversité... Ordinairement soumises à des feux de surface de faible intensité et de surface réduite, ces forêts sont menacées depuis les années 80 par des incendies plus fréquents et plus intenses, qui sont favorisés par les changements climatiques en cours et l’allongement de la saison propice aux feux (de 2 à 4 jours par décennie). Or, contrairement aux espèces méditerranéennes, celles des Alpes sont souvent mal adaptées pour résister au feu ou se régénérer après un incendie. Comment ces espèces forestières seront-elles impactées par l’intensification des incendies dans les prochaines décennies ?

Une étude récente d’Irstea Aix-en-Provence a analysé 2600 placettes forestières dans les Alpes françaises pour répondre à cette question. Elle met à disposition des gestionnaires forestiers une évaluation de la vulnérabilité des forêts aux incendies et leur apporte un soutien précieux pour leurs choix d’espèces forestières.

Simuler les incendies futurs dans les Alpes

Les scientifiques d’Irstea ont simulé le comportement du feu dans 2600 placettes forestières alpines, sur la base de conditions météorologiques sévères, proches de celles attendues dans les prochaines décennies. Chaque placette est caractérisée par la végétation au sol et la composition et structure de la forêt, qui vont définir les caractéristiques de l’incendie. Les simulations ont permis d’estimer l’intensité de feu au sol, ainsi que la probabilité de propagation du feu dans la cime des arbres, qui est la cause principale de la mort des arbres.

L’intensité du feu varie selon les zones forestières

Les résultats des simulations montrent que les intensités de feu les plus fortes seront situées dans les Alpes du Sud, ainsi que dans les zones subalpines et sèches de haute altitude. Ils soulignent également l’effet des automnes secs et des printemps humides, qui, en stimulant la croissance de végétation herbacée et de buissons, favorisent l’intensité des feux de surface.

Dans la partie centrale des forêts alpines – humides et denses – l’intensité des feux devrait augmenter mais rester modérée : c’est le cas pour les forêts de hêtre, de sapin et d’épicéa. Dans ces grandes forêts denses, le manque de lumière réduit la végétation au sol et maintient l’humidité. Par conséquent, l’intensité du feu permet rarement un passage des flammes en cime, hormis lors d’années météorologiques exceptionnelles comme 2003. Même si ces espèces sont mal adaptées au feu du fait de leur écorce fine, la plupart d’entre elles survivra au passage d’un feu peu intense.

En revanche, les forêts s’en tireront moins bien sur les marges chaudes – en basse altitude - et sèches - en haute altitude en limite supérieure de la forêt - des Alpes françaises. C’est à ces endroits-là que le feu peut devenir très intense.  L’étude suggère que les changements climatiques y produiront une modification de régime de feu1 : les feux de surface peu intenses évolueront vers un régime de feu mixte avec des feux de surface et des feux de cimes.

Les zones les plus exposées seront les forêts des Alpes du Sud, pures ou mélangées de chênes (notamment chêne pubescent) et de pins (pin sylvestre et pin noir).  Ces forêts situées à basse et moyenne altitude ont une structure ouverte avec une forte végétation combustible proche du sol (litière, herbes, buissons), et sont régulièrement soumises à de longs épisodes météorologiques favorables aux incendies. Les feux de cime y sont fréquents et peuvent détruire la forêt.

Les forêts les plus sèches des Alpes internes sont également très exposées à une altitude supérieure à 1500 mètres : c’est le domaine du mélèze et des pins cembro et à crochets. Situées dans des zones climatiquement sèches et riches en végétation herbacée et en buissons, elles sont propices aux feux de cime. Le mélèze devrait mieux résister au feu que les pins grâce à son écorce épaisse et sa grande hauteur de cime. Mais les populations fragmentées de pins à crochets et de pin cembro de petite taille devraient être plus fortement menacées et affectées par les feux.

Les effets des changements climatiques sur les incendies et les forêts alpines se feront donc sentir principalement sur les zones dotées d’un climat plus chaud et sec. Les forêts de chênes et de résineux de basse et de haute altitude seront les plus vulnérables du fait des feux de cime. L’étude menée par Irstea fournit des recommandations aux gestionnaires afin qu’ils puissent choisir les espèces les plus adaptées au feu en fonction des zones forestières.

 

Cette étude a été réalisée dans le cadre de la thèse de T. Fréjaville, du projet européen FP7 FUME (no 243888) et du projet CR PACA Vulnérabilité des forêts provençales aux incendies de forêts.

Fréjaville T., Curt T., Carcaillet C., 2018. Higher potential fire intensity at the dry range margins of European mountain trees. Journal of Biogeography, 1-13. DOI: 10.1111/jbi.13386

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1 - Le régime de feu est décrit par la fréquence des feux, leur taille, leur saison, leur intensité, leur type (feux de surface vs. feux de cime)