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Le génie végétal : une solution multi-bénéfices pour les acteurs du territoire

F.Rey/Irstea

25/06/2018

Publié dans la collection Matière à débattre et décider des Editions Quae, l’ouvrage Restaurer les milieux et prévenir les inondations grâce au génie végétal illustre une des contributions majeures d’Irstea en matière de génie végétal. Il fournit des solutions concrètes pour concilier la gestion des inondations et celle des milieux naturels, dans un contexte de forte érosion.

Trois questions à Freddy Rey, chercheur en ingénierie écologique et auteur de l’ouvrage.

 

Pourquoi le génie végétal prend-il actuellement une place toute particulière dans la gestion et l’aménagement des territoires ?

Freddy Rey : Depuis le 1er janvier 2018, les collectivités locales (communes et intercommunalités1) doivent mettre en œuvre la nouvelle compétence de gestion des milieux aquatiques et de prévention des inondations (GEMAPI). Des approches conciliant ces deux aspects ont été initiées avant cette obligation légale, mais elles doivent désormais devenir la norme. Parmi les approches les plus prometteuses, figure le génie végétal. Désignant l’ensemble des techniques d’aménagement qui utilisent les propriétés mécaniques et biologiques des végétaux, le génie végétal répond, par nature, au double enjeu de la GEMAPI. En complément ou parfois en alternative aux techniques de génie civil, il permet en effet de restaurer les milieux aquatiques dégradés et de protéger les biens et les personnes contre les inondations. À Irstea, nous explorons depuis près de 20 ans le potentiel des techniques de génie végétal et leur plus-value écologique dans des dispositifs de prévention des inondations. D’où notre volonté de mettre à disposition des acteurs publics en charge de la GEMAPI, et des professionnels qui les accompagnent, les résultats directement applicables de nos travaux de recherche.

L’ouvrage met en avant les travaux menés sur le bassin versant2 de la Durance dans les Alpes-de-Haute-Provence. Quelle est la particularité de ce site et quels résultats majeurs ont été obtenus ?

Freddy Rey : Comme d’autres grands fleuves ou rivières en France, la Durance a fait l’objet d’un plan d’aménagement d’envergure, visant à favoriser une gestion intégrée des enjeux qu’elle concentre (usages, qualité des milieux, risque d’inondations…). À l’issue du diagnostic réalisé sur ce bassin versant, une forte problématique a émergé : des crues récurrentes liées au rehaussement du lit de la Durance, lui-même causé par l’accumulation de sédiments fins qui proviennent de l’érosion des terrains situés en amont...

Pilotées par notre laboratoire, des expérimentations de végétalisation de ces terrains érodés ont alors été entreprises dans le but de diminuer la quantité des sédiments fins charriés par les pluies, et in fine de réduire le risque d’inondation. Le principe ? Des ouvrages en bois placés en travers des ravins et surmontés de boutures d’espèces végétales. En se développant, les végétaux jouent le rôle d’un peigne qui retient les sédiments, et forment un barrage vivant qui grandit dans le temps, propice au retour d’autres espèces végétales et animales. Par le suivi de plusieurs centaines d’ouvrages ainsi testés, nous disposons aujourd’hui d’une méthode éprouvée qui remplit ses fonctions : rétention des sédiments fins et restauration d’un écosystème en amont, restauration du milieu aquatique et réduction du risque d’inondation à l’aval.

À partir d’un modèle de simulation adapté, nous avons par ailleurs développé plusieurs scénarii de déploiement à grande échelle permettant de définir la solution la plus rentable économiquement pour un piégeage efficace et durable des sédiments. Selon nos estimations, ce type d’interventions permettrait de réduire les apports de sédiments fins de 30 % et serait dix fois plus économique que les opérations de curage des retenues de barrages à l'aval.

Quel a été l’apport spécifique d’Irstea sur cette problématique largement répandue qui relie l’érosion des sols et le risque d’inondations ?

Freddy Rey : Nous avons développé le principe d’une barrière végétale spécifiquement adaptée à des milieux montagnards et méditerranéens, c’est-à-dire des milieux très contraints où les facteurs naturels (pluies et crues intenses, reliefs et pentes marqués) accentuent les processus en jeu. Parce qu’ils apportent des réponses adaptées à des contextes extrêmes, les résultats de nos travaux s’exportent de plus en plus. À titre d’exemple, notre méthode est actuellement reproduite sur le bassin versant du Tarn (Occitanie), où l’excès de sédiments fins est à l’origine d’une forte turbidité des eaux. Elle est aussi transposée en Nouvelle-Calédonie et au Canada pour faire face à de forts phénomènes d’érosion et à leurs conséquences (remplissage des retenues d’eau potable notamment). De par son aspect très finalisé, notre recherche sur le génie végétal fournit ainsi des réponses directement applicables pour répondre à de multiples enjeux.

Le génie végétal à Irstea : une recherche historique et florissante

Outre la lutte contre l’érosion des sols, les recherches menées à Irstea sur le génie végétal visent à répondre à des problématiques multiples, comme la restauration écologique des berges des cours d’eau, l’épuration des sols et des eaux par les filtres plantés de roseaux, ou encore la revégétalisation des pistes de ski.

 

 

Le génie écologique et végétal en soutien à la prévention des inondations (Irstea TV, mai 2018)

 

Le génie végétal (Uved, février 2018)

En savoir plus

1- Communautés de communes, communautés d’agglomération, communautés urbaines et métropoles.
2- Un bassin versant est un espace délimité par les lignes de relief les plus hautes et qui draine chaque goutte d’eau qu’il reçoit vers un exutoire, un cours d'eau ou la mer.