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Mieux gérer les espèces exotiques envahissantes pour maintenir la biodiversité

Renouées asiatiques (genre Fallopia) © F. Dommanget / Irstea

11/10/2017

4ème cause de perte de biodiversité dans le monde, les espèces exotiques envahissantes - ou espèces invasives - soulèvent d’importants enjeux environnementaux. Alors qu’une stratégie nationale se met en place pour mieux gérer ces invasions biologiques, Irstea poursuit ses travaux pour améliorer les connaissances et les modes de gestion d’une des espèces végétales les plus envahissantes en France, la renouée du Japon. Mais aussi pour mieux comprendre le comportement de la communauté des espèces invasives dans son ensemble.

Les espèces exotiques envahissantes sont une des causes majeures de régression de la biodiversité dans le monde. Face à ces invasions biologiques, les instances internationales et européennes se mobilisent. En France, le document présentant la stratégie nationale a été publié en mars 2017. Il vise à structurer la démarche pour protéger les écosystèmes, et les espèces animales et végétales qu’ils hébergent, des risques et des effets associés à ces invasions.

Que désigne-t-on exactement par espèce exotique envahissante (EEE) ou espèce invasive ? Une espèce, animale ou végétale, terrestre ou aquatique, laquelle, après avoir été transférée d’une aire géographique à une autre, s’installe et se développe avec une dynamique forte, autrement dit rapidement et abondamment. Outre des conséquences sanitaires (cas de l’ambroisie qui provoque des allergies) ou économiques (perturbations des services rendus par les écosystèmes notamment), ces espèces invasives peuvent avoir des impacts négatifs sur la biodiversité. C’est le cas des renouées asiatiques, comme la renouée du Japon, des plantes originaires d’Asie orientale qui sont classées parmi les pires espèces invasives en France et en Europe.

Bon à savoir

L’Union européenne a établi en 2014 le règlement (n°1143/2014) relatif à la prévention et à la gestion de l'introduction et de la propagation des espèces exotiques envahissantes, qui engendre des obligations pour les pays membres. En juillet 2016, l’UE a publié une liste de 37 espèces exotiques envahissantes jugées préoccupantes et dont l’importation, la culture, la reproduction, la commercialisation et la remise en milieu naturel sont depuis interdites. En juillet 2017, 12 espèces supplémentaires ont été intégrées.

Renouées asiatiques : vers des pratiques de gestion plus efficaces

Cette plante géante à larges feuilles qui se répand un peu partout, le long des fleuves et des routes, en campagne et en ville, en plaine et en montagne, est étudiée depuis une dizaine d’années à Irstea.

Face au manque d’efficacité et au coût des techniques traditionnellement utilisées pour la contrôler (fauche principalement), des travaux ont été menés pour évaluer l’intérêt d’une technique visant à restaurer une communauté végétale compétitive. « En nous appuyant sur une approche croisant biologie des espèces, écologie des communautés et restauration écologique, nous avons étudié les interactions de la renouée avec les autres espèces pour déterminer si nous pouvions exploiter ces interactions – inhibition, compétition… –  pour la contrôler », explique Fanny Dommanget, chercheuse de l’unité Ecosystèmes montagnards du centre Irstea de Grenoble. Les scientifiques ont ainsi montré d’une part que la lumière constitue la ressource la plus limitante pour la croissance de la renouée, et d’autre part que le saule des vanniers, parce qu’il forme rapidement un couvert végétal qui la prive de lumière, est une espèce qui permet de la maitriser efficacement. Les résultats obtenus après des expérimentations de bouturage de saules dans des massifs de renouées ont mis en évidence le bénéfice de cette technique de génie végétal pour réduire significativement (jusqu’à plus de 90 %) le développement de la renouée, sans plus aucune intervention deux ans après la mise en place des ouvrages.

À travers le projet Dynarp[1] visant à étudier la dynamique spatiale et temporelle des renouées à l’échelle paysagère, les scientifiques cherchent actuellement à comprendre les facteurs qui favorisent sa croissance le long des infrastructures linéaires : routes, voies ferrées, voies navigables. Du point de vue méthodologique, l’étude explore le potentiel des outils de télédétection (images satellitaires ou par drones) en complément des relevés et enquêtes de terrain. Le projet aboutira fin 2017 à la rédaction de recommandations à destination des acteurs de terrain en charge de la gestion des massifs de renouées sur de telles infrastructures.

Mieux connaître les communautés de végétaux invasifs…

Les scientifiques d’Irstea s’intéressent par ailleurs à la dynamique globale des espèces invasives. Dans le cadre d’une collaboration avec EDF qui réalise des travaux d’aménagement sur les berges de la Romanche (Isère), ils étudient comment les espèces invasives se réinstallent sur un terrain remanié. Le but : comprendre les processus de recolonisation pour définir les pratiques de restauration végétale qui limiteront au maximum le retour des espèces invasives, tant leur arrivée sur le site que leur domination sur la communauté végétale réimplantée.

… Notamment face aux effets du changement climatique

Autre objectif de taille pour les chercheurs : analyser l’effet du changement climatique sur les EEE. Irstea contribue ainsi au programme de transplantation du réseau international MIREN[2] qui vise à suivre, en montagne, le changement de composition des communautés végétales et l’évolution de leur sensibilité à la colonisation par des espèces exotiques, dans le cadre du réchauffement climatique. « Dans ce but, sur notre site expérimental de l’Alpe d’Huez en Isère, nous avons découpé des carrés de pelouse à 2100 mètres d’altitude que nous avons réimplantés plus bas, à 1600 mètres, de façon à simuler un réchauffement climatique», explique Fanny Dommanget. Depuis 2015, des relevés botaniques sont régulièrement effectués pour constituer une banque de données qui permettra de suivre l’évolution de la communauté végétale. Une étude encore récente qui nécessitera un suivi de plusieurs années pour livrer ses premiers résultats.

Consulter la stratégie nationale relative aux espèces exotiques envahissantes

A lire aussi : Article. Les principaux végétaux aquatiques du Sud-Ouest de la France.

En savoir plus

Consulter la page de l’unité Ecosystèmes montagnards (EMGR) et du centre Irstea de Grenoble


[1] Dynamique et gestion des renouées asiatiques à l'échelle paysagère, impacts et perceptions (2014-2017), financement : MEDDE / ADEME / FRB / Club Infrastructures Linéaires et Biodiversité / Irstea, partenaires : Irstea / Cerema / UMR 5600 CNRS – Université de Lyon - ENS

[2] Réseau Mountain Invasion Research Network, piloté par Jake Alexander de l’Université de Lausanne (Suisse).