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Incendies de forêt : s’adapter et atténuer les impacts du changement climatique

© Irstea

03/07/2018

Du 2 au 7 juillet, Irstea intervenait à la deuxième école d’été des Objectifs du Développement durable1 dédiée, cette année, à la lutte contre les effets du changement climatique. L'occasion pour les scientifiques du centre d’Aix-en-Provence de faire le point sur les tendances d’évolution des incendies et sur les solutions concrètes et durables pour en atténuer les effets. Points clés à retenir.

Chaque année, les feux détruisent 350 000 km² de forêts et de végétation dans le monde, dont 4 500 km² dans le sud de l’Europe. Sécurité des populations, des biens et des infrastructures, préservation des écosystèmes et de la biodiversité : les incendies soulèvent de forts enjeux à l’échelle planétaire. Connaître les effets du changement climatique est aujourd’hui une donnée essentielle pour appréhender l’évolution du risque d’incendie et, au-delà, prévoir les adaptations nécessaires en termes de gestion des territoires.

« Grâce à la masse croissante de données sur le climat et sur les feux (base Prométhée2 dans le cas de la France), un lien apparaît de plus en plus clairement entre l’évolution du climat (occurrence de conditions météorologiques plus chaudes et plus sèches) et un changement de comportement des feux. Cette mise en évidence est relativement récente, mais elle est renforcée par la convergence des données scientifiques à l’échelle mondiale », commente Thomas Curt, chercheur au centre Irstea d’Aix-en-Provence, spécialiste du risque d’incendies de forêts et de l’écologie du feu.

Les incendies, un phénomène en mutation

Sous l’influence combinée des changements du climat, des paysages et de l’occupation des sols, l’évolution actuelle des feux se traduit de plusieurs manières : par une extension saisonnière ; en France par exemple, les feux qui étaient concentrés sur juillet et août, tendent à s’étendre de début juin à fin septembre/début octobre ; par une extension spatiale ; les feux tendent à remonter vers le Nord et en altitude ; et enfin par une augmentation des grands feux, liés à des événements météorologiques extrêmes (associant forte température, fort vent, forte sécheresse), à l’image du « méga-incendie » de juin 2017 au Portugal qui a dévasté 45 000 ha et fait 65 victimes.

L’Homme au cœur du risque d’incendie

Au-delà de la mise en évidence de ces tendances, les projets de recherche menés ces dix dernières années au niveau européen - et auxquels les chercheurs d’Irstea ont contribué - ont livré des enseignements essentiels pour la gestion future du risque d’incendies. Citons notamment :

  • le rôle central joué par l’Homme, qui génère plus de 90 % des départs de feux (en Europe et en Méditerranée) et dont les activités modifient le climat, l’occupation des sols et les paysages ;
  • l’existence d’un paradoxe du feu : les surfaces brulées ont diminué du fait de l’amélioration de la stratégie de lutte contre les incendies depuis les années 90, mais le nombre de grands feux (supérieurs à 100 ha) a augmenté. En France, par exemple, ces grands feux qui représentent seulement 2 % des feux, brulent 70 % des surfaces totales. Des chiffres qui semblent montrer une limite d’intensité de feux au-delà de laquelle les services de lutte ne peuvent plus les endiguer.
  • une augmentation du risque due, d’une part, à l’accroissement des surfaces combustibles (extension des forêts, des zones embroussaillées, des garrigues et des maquis anciennement pâturés) et, d’autre part, à une intensification de l’exposition des enjeux humains (construction des maisons, infrastructures et réseaux de plus en plus proches des zones naturelles).

Des solutions de lutte basées sur la nature elle-même

Ces conclusions pointent le fait qu’une partie non négligeable du risque d’incendie pourrait être clairement réduit en amont par des changements de comportement, collectifs ou individuels. « En complément du renforcement de la prévention vis-à-vis des départs d’incendies lors des périodes critiques, et du renforcement de la prise en compte du risque dans les stratégies d’urbanisation, des solutions durables peuvent être mise en place pour protéger les enjeux humains, rendre nos paysages plus résistants et plus résilients au passage du feu. Il apparait fondamental de développer la culture du risque incendie et de diffuser les leviers d’action dont nous disposons », précise Thomas Curt.

Et c’est bien là l’enjeu des travaux menés par les scientifiques d’Irstea : proposer des solutions concrètes et durables pour la gestion du risque à l’échelle des territoires. En se concentrant tout particulièrement sur les interfaces habitat/forêt, là où l’urbanisme est en contact avec les espaces naturels, ils cherchent par exemple à identifier les espèces ornementales (haies, arbres) qui brûlent le moins facilement, à déterminer les procédés de débroussaillement les plus efficaces contre la propagation du feu, ou encore à définir les principes d’organisation des paysages les plus résistants (intégration de zones de ruptures dans les espaces de végétation combustible pour éviter la contagion). Ils s’attachent aussi à étudier les espèces les plus résilientes, autrement dit les mieux à même de se régénérer après le passage d’un incendie.

Entrepris depuis plusieurs années, ces travaux aboutissent régulièrement à la production de recommandations et de guides pratiques mis à disposition des gestionnaires forestiers et des décideurs publics afin de les accompagner au mieux dans la gestion du risque d’incendie sur leur territoire.

En savoir plus

1- Programme mis en place par le "Campus international pour la coopération et le développement", initié en 2016 par Aix-Marseille Université, l’IRD et l’AFD.
2- Base de données officielle sur les incendies de forêts dans la zone méditerranéenne française. Créée en 1973 et alimentée par les services de prévention et de lutte, elle répertorie actuellement plus de 100 000 feux.