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Incendies de forêt : vers des stratégies de lutte adaptées aux évolutions climatiques

(c) Ripert Christian / Irstea

17/05/2017

Comment les incendies de forêt évoluent-ils face au changement climatique ? En analysant les tendances actuelles, les experts Irstea ont défini pour la 1ère fois les types de temps favorables aux grands incendies en France, et identifié dans une 2ème étude, les zones vulnérables dans les Alpes françaises, pour aider collectivités, gestionnaires, pompiers, dans la mise en place de stratégies de prévention et de lutte adaptées.

Chaque année en France, près de 9500 hectares de forêt en moyenne sont en proie aux flammes sur la dernière décennie.[1] Les grands incendies, événements rares puisqu’ils représentent seulement 3% des incendies recensés, mais responsables de 75% des surfaces brûlées, sont souvent plus intenses, entraînant de sérieux dégâts pour nos habitations, nos infrastructures et nos écosystèmes. Ils représentent un défi majeur pour les forces de lutte. Or, les changements climatiques en cours et à venir (sécheresses, températures plus élevées, vents violents…) impactent et impacteront l’aléa feux de forêt. Dans ce contexte, comment mieux identifier les conditions météorologiques favorables aux grands feux? Une étude Irstea/Cerege/Université de Lisbonne[2] lève le voile.    

Adapter la prévention et la lutte aux spécificités des incendies et à leurs conditions météorologiques

Dans le sud-est de la France, 2 types de grands incendies sont favorisés par 2 circulations atmosphériques d’altitude spécifiques, d’après une analyse des corrélations entre conditions météorologiques régionales en altitude et fréquence des grands incendies depuis 1973. À savoir :

  • Les grands incendies « gouvernés par le vent » : liés à la présence d’un fort anticyclone atlantique qui génère du vent violent (mistral) et dessèche rapidement la végétation. Plus fréquents, ces incendies se propagent rapidement et leur localisation dépend de la position précise de l’anticyclone.
  • Les grands incendies « contrôlés par la chaleur » : liés à un blocage de la circulation dû à un renforcement de l’anticyclone des Açores, entraînant de fortes augmentations des températures, en particulier dans l’ouest de la région. Ces incendies se propagent plus lentement, mais avec une forte intensité, à l’instar des feux exceptionnels de 2003.

Or, sous l’influence du changement climatique, les conditions météorologiques propices aux grands incendies « contrôlés par la chaleur » augmentent significativement et « on peut donc redouter ce type d’incendie très intense et très difficile à combattre si les tendances actuelles et les prédictions des modèles climatiques se confirment » explique Thomas Curt, directeur de recherche à Irstea.

D’où la nécessité d’accompagner les acteurs de la gestion du risque incendie à ajuster leurs techniques de lutte à ces évolutions. Cette typologie pourrait également permettre de prévoir, en complément de l’indice forêt météo[3], les périodes à risque de grands feux quelques jours à quelques semaines avant leur occurrence, via l’analyse des conditions météorologiques en altitude et des variables météorologiques simples (vent, humidité de l’air, température).

Et la recherche sur l’évolution des incendies de forêt va plus loin ! Une seconde étude[4] menée par Irstea et l’Université de Grenoble s’est ainsi penchée sur les changements de l’aléa feux de forêt dans les Alpes françaises depuis 1959.

Quelles sont les zones à risques dans les Alpes françaises ?

Plus fréquents et plus intenses, les incendies de forêts sont en expansion dans les Alpes françaises depuis 1959. En combinant un pas de temps journalier et une échelle spatiale fine (25 m), Sylvain Dupire, doctorant Irstea et ses collègues ont observé des changements très contrastés entre Alpes du Nord et Alpes du Sud :

  • Une évolution particulièrement importante depuis 1959 dans les Alpes du Sud chaudes et sèches : l’aléa météo feux de forêt est plus fort
  • Une augmentation élevée dans les Alpes internes et dans les vallées de basse altitude des Alpes du Nord
  • Une saison favorable aux feux qui s’allonge au printemps dans les Alpes du Nord, et presque toute l’année dans les Alpes du Sud
  • Des valeurs d’indice forêt météo extrêmes enregistrées chaque année dans le sud et tous les 3-4 ans dans le nord

Face aux tendances observées, les auteurs insistent sur le nécessaire renforcement des politiques d’alerte et de prévention, et l’adaptation du territoire aux changements globaux. Au-delà d’une meilleure compréhension sur les évolutions des incendies de forêt à l’échelle des Alpes françaises, ces résultats apportent un nouvel éclairage pour aider les forces de luttes à mieux se pré-positionner dans les massifs à risque en périodes de danger. L’enjeu est désormais d’analyser l’impact de l’évolution des incendies sur la capacité de protection des forêts, rôle essentiel pour protéger hommes et maisons contre les risques naturels comme les chutes de blocs.

Pour en savoir plus :

Dossier. Incendies de forêt : la recherche sous le feu de l’action !

Changement climatique, changement global : 55 pistes d’actions au service des territoires

Consultez la page du centre Irstea de Grenoble et du centre Irstea d’Aix-en-Provence


[1] Source : Ministère de l’agriculture, 2016

[2] Ruffault, J., Moron, V., Trigo, R.M., Curt, T., 2016. Objective identification of multiple large fire climatologies: an application to a Mediterranean ecosystem. Environmental Research Letters 11, 075006 et Ruffault, J., Moron, V., Trigo, R.M., Curt, T., 2017. Daily synoptic conditions associated with large fire occurrence in Mediterranean France: evidence for a wind-driven fire regime. International Journal of Climatology 37, 524-533

[3] L’indice forêt météo (IFM) et ses sous-indices montrent les variations de l’humidité de différents végétaux (herbes, litière, branches fines) et donc leur probabilité d’ignition, puis de propagation et d’intensité du feu. Ils sont calculés à partir des observations météorologiques (pluie, température, vent, humidité de l’air) et calibrés par des mesures de terrain.

[4] Dupire, S., Curt, T., Bigot, S., 2017. Spatio-temporal trends in fire weather in the French Alps. Science of The Total Environment. 595, 801-817