Vous êtes

Sélectionner

Réduire la taille texte Rétablir la taille du texte par défaut Agrandir la taille du texte Partager cette page Favoris Courriel Imprimer

Incendies de forêt : l’homme peut-il contrebalancer les effets des changements climatiques ?

(c) T. Curt / Irstea

09/08/2017

La hausse des températures et des épisodes de sécheresse, liée aux changements climatiques, augmente l’aléa incendies de forêt, générant des feux plus grands et plus intenses. L’homme est-il impuissant pour autant ? Les experts Irstea ont analysé, dans 3 régions du sud-est de la France caractérisées par un fort aléa incendie, l’impact des changements d’occupation du sol et des stratégies de prévention et de lutte, sur la fréquence des feux et les surfaces brûlées, à différentes périodes. Ils apportent un nouvel éclairage sur les effets des activités humaines et du climat sur les incendies.

L’influence de l’homme sur les incendies de forêt est-elle plus importante que les effets des changements climatiques ? Pour mieux identifier ces impacts, Thomas Curt et ses collègues du centre Irstea Aix-en-Provence ont examiné les relations entre l’activité incendie (le nombre d’incendies et les surfaces brûlées en été et en hiver) et les variables météorologiques, entre 1976 et 2009, en éliminant dans un 1er temps, les variations climatiques en cours. Ces relations ont ensuite été comparées avec celles obtenues en tenant compte de l’effet des variations climatiques depuis 1976.

Le nombre de feux réellement observés et le nombre d’hectares de surfaces brûlées diffèrent sensiblement des prévisions fondées uniquement sur les effets des changements climatiques.

  • Sur le littoral méditerranéen (Provence-Languedoc-Roussillon), le nombre de feux a diminué de 14 à 21% tandis que la population et l’aléa météo ont nettement augmenté. Les surfaces brûlées ont diminué de 18%. Ces diminutions sont clairement liées au renforcement de la politique de lutte contre le feu au milieu des années 1990.
  • En Corse et dans les Alpes maritimes, les feux d’hiver ont été plus fréquents que prévu jusqu’au milieu des années 1990 (+2 à +12% par rapport aux prévisions). Cela correspond aux feux agricoles et pastoraux largement pratiqués dans ces régions. Ils ont ensuite diminué avec le renforcement de la prévention et de la lutte, et les surfaces brulées ont quant à elle diminué de 28% du fait de cette politique.
  • Dans l’arrière-pays (Alpes, Pyrénées, Massif Central), les surfaces brûlées ont diminué plus rapidement que prévu jusqu’au milieu des années 1990, puis ont augmenté plus fortement, probablement en raison de l’augmentation de la population et des constructions dans les zones rurales attractives.

Des interactions homme-climat-végétation complexes

L’activité des incendies varie fortement d’une région à l’autre et au cours du temps, compte tenu des interactions complexes entre le climat, l’occupation du sol, et les activités humaines. L’augmentation des températures liée aux changements climatiques en cours favorise les grands incendies d’été montagne, en desséchant la végétation combustible trop humide, tandis qu’elle diminue les feux dans les régions méditerranéennes, en réduisant la croissance de la végétation combustible. Le rôle de l’homme est essentiel : d’un côté il augmente le risque car il génère 95% des départs de feux par ses activités et il créé, avec le développement des villes et des infrastructures, des enjeux à protéger. De l’autre, il limite les départs de feux par la prévention, et contrôle fortement les surfaces brulées par la lutte.

Difficile de trancher dans le débat « homme versus climat », donc. La communauté scientifique internationale est fortement mobilisée pour mieux identifier le rôle de l’homme à l’échelle globale[1] et les effets du climat sur les incendies de forêt, en vue d’améliorer la prédiction des incendies et la gestion du risque sur le territoire. Les recherches d’Irstea insistent ainsi sur la compréhension de ces interactions à l’échelle régionale pour prédire correctement l’aléa incendie dans le futur, malgré les incertitudes existantes.

Pour en savoir plus

[1] Une étude internationale a été récemment menée sur le sujet : Andela, N., Morton, D.C., Giglio, L., Chen, Y., van der Werf, G.R., Kasibhatla, P.S., DeFries, R.S., Collatz, G.J., Hantson, S., Kloster, S., Bachelet, D., Forrest, M., Lasslop, G., Li, F., Mangeon, S., Melton, J.R., Yue, C., Randerson, J.T., 2017. A human-driven decline in global burned area. Science 356, 1356-1362.