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Influence de l'environnement naturel sur les choix résidentiels

(c) C. Tailleux / Irstea

17/10/2017

Comment mesurer l'impact réel de l'environnement naturel sur la ségrégation sociale en milieu urbain ? Etonnamment, peu de travaux ont été consacrés à cette question. Une équipe d'Irstea a étudié le phénomène dans les régions de Grenoble et de Marseille.

La présence de forêts ou d'espaces verts, de plans d'eau, de montagnes, voire de la mer, influence les choix résidentiels des citadins. De nombreux travaux scientifiques ont conforté globalement cette évidence empirique. Mais ces "aménités naturelles" agissent-elles de la même manière pour tous les groupes sociaux? Et peut-on quantifier l'inégalité environnementale en milieu urbain? L'équipe d'Yves Schaeffer, au centre Irstea de Grenoble, s'est attaquée à ces questions.

Un rôle certain, mais variable

Tout d'abord, dans le cadre du projet ANR Effijie (2014-2018), les scientifiques ont observé comment l'environnement naturel influence les choix résidentiels, en fonction de la taille du foyer et du statut socio-professionnel – cadre ou non cadre, retraité ou actif. Le tout dans deux grandes aires urbaines autour de Grenoble et de Marseille. Les résultats confirment un rôle significatif de ces aménités dans la destination des personnes ayant déménagé dans les cinq ans précédant l'étude.  "Ce qui est surprenant, c'est que l'accès à la nature n'agit pas toujours dans le même sens que les facteurs classiques de ségrégation que sont le revenu moyen d'un quartier, la proximité de l'emploi, la présence de services publics ou de logements sociaux, etc." souligne Yves Schaeffer. Par exemple, dans l'aire de Grenoble, la préférence des retraités pour le cadre naturel périurbain les incite à aller vers la couronne, comme les autres groupes sociaux, alors que s'ils y étaient indifférents ils se concentreraient plutôt en centre-ville, à proximité des services et des commerces. Or, c'est le contraire à Aix-Marseille-Toulon ! Là, l'attirance des retraités pour le bord de mer joue dans le même sens que les autres facteurs. Résultat : ils se concentrent sur la côte. Il faut tout de même souligner que, dans la plupart des cas, les aménités naturelles renforcent la ségrégation due aux facteurs classiques. « Ces résultats pourraient mener à des outils conciliant des critères environnementaux (connectivité des espaces naturels) et sociaux (accès de tous aux aménités naturelles) pour éclairer les décisions d’aménagement » explique-t-il. 

Mesurer les inégalités

Si le travail précédent reste plutôt théorique, Yves  Schaeffer a également encadré un master, et maintenant une thèse, soutenus par l'Agence d'urbanisme de la région grenobloise. Là, il s'agit notamment d'élaborer des méthodes de mesure de l'inégalité environnementale et de les appliquer à la métropole grenobloise. Et plus précisément de quantifier la couverture végétale autour du lieu d'habitation en fonction du revenu moyen. La thèse vient de démarrer mais les premiers résultats (voir figure) du master confirment une nette corrélation, dans Grenoble, entre le niveau de revenu et l'accès à des espaces verts publics ou privés.

 

En savoir plus

Consulter l’article “Natural amenity-driven segregation: Evidence from location choices in French metropolitan areas”, Schaeffer Y., Cremer-Schulte D., Tartiu C., Tivadar M., 2016, Ecological Economics 130, 37-52

Irstea (UR DTGR), Agence d'urbanisme de la région grenobloise (master et thèse)