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Les micro-habitats, facteurs d’influence et potentiels indicateurs de biodiversité

Chablis de chêne, Auberive (52) © Y. Paillet/Irstea

02/07/2018

De par leurs rôles multiples, environnemental, économique et socio-culturel, les écosystèmes forestiers sont des milieux à fort enjeu. Que ce soit dans des forêts exploitées ou non exploitées, les arbres, par la multitude d’abris et de source de nourriture qu’ils peuvent abriter, sont un élément structurant de la biodiversité. Dans la publication éditée dans « Journal of Applied Ecology », Irstea  en partenariat avec l’ONF et les Réserves naturelles de France montre comment mieux comprendre les facteurs d’influence des microhabitats des arbres et leur rôle potentiel d’indicateur de la biodiversité forestière à travers l’analyse de 3 groupes taxinomiques : oiseaux, chauve-souris et coléoptères saproxyliques.

La Conférence ministérielle pour la protection des forêts en Europe à Helsinki en 1993 a donné lieu à la constitution d’une liste de six critères de gestion forestière durable, parmi lesquels celui visant « le maintien, la conservation et l’amélioration appropriée de la diversité biologique dans les écosystèmes forestiers ». Cependant, la notion complexe de biodiversité, qui regroupe à la fois la diversité au sein des espèces, entre les espèces et les écosystèmes, reste difficile à appréhender en pratique, notamment pour la gestion forestière. Les indicateurs choisis (régénération, essences introduites, organisation du paysage, naturalité de la forêt) sont souvent des descripteurs de structure du peuplement et du paysage, censés être liés à une partie de la biodiversité. Or, la relation entre ces indicateurs structurels et la biodiversité n’est pas toujours bien connue ni documentée.

Les microhabitats influencent-ils la biodiversité de certaines espèces ?

Les microhabitats des arbres (notamment les cavités, fentes de l’écorce, carpophores de champignons lignicoles…) suscitent depuis une dizaine d’années l’intérêt des chercheurs et sont de plus en plus considérés comme des indicateurs potentiels de biodiversité. Généralement associés aux arbres vétérans et aux bois morts, ils servent de refuge, de nourriture ou encore pour la reproduction de nombreuses espèces. Cependant, les références scientifiques établissant le lien entre des indices de biodiversité et le nombre ou l’occurrence de microhabitats restent rares, et la plupart du temps liées à une seule espèce un seul taxon.

Les chercheurs d’Irstea de Nogent-sur-Vernisson en partenariat avec l’Office National des Forêts et les Réserves Naturelles de France ont exploré le lien entre les indices de microhabitats et la richesse et l'abondance de trois groupes taxonomiques: les chauves-souris, les oiseaux et les coléoptères saproxyliques.  213 placettes ont été identifiées sur 15 massifs forestiers français de plaine et de montagne, dans des forêts non-exploitées depuis au moins 20 ans (réserves intégrales) et des forêts exploitées. Les liens entre 28 types de microhabitats et la biodiversité de ces 3 groupes ont été analysés.  Les chercheurs ont émis l'hypothèse que l'effet positif de la mise en réserve sur la biodiversité est indirectement dû à une augmentation de la proportion de gros éléments structuraux (arbres vivants, bois mort debout et couché, ...). Ceux-là étant à leur tour, susceptibles de favoriser la quantité et la diversité des microhabitats. Des modèles d'équations structurelles ont permis d’évaluer les effets directs et indirects de l'abandon de la gestion, des grands éléments structuraux et des microhabitats sur la biodiversité des espèces cibles.

Une connaissance encore limitée du lien microhabitats-biodiversité

Pour plusieurs groupes d'oiseaux et de chauves-souris, l'effet de l'abandon de la gestion forestière et celui des grands éléments structuraux de la forêt (arbres vivants, bois morts debout et au sol) sur la biodiversité est influencé par les microhabitats. Pour ces 2 groupes, les analyses démontrent que c’est davantage la diversité des microhabitats que leur nombre qui influe sur la biodiversité.

Par contre pour les coléoptères, il n’est pas possible de confirmer cet effet de médiation des microhabitats sur la diversité de ces insectes, pour des raisons à la fois méthodololgiques (difficultés à détecter précisément tous les microhabitats dont les champignons) et la non-prise en compte dans cette étude d’autres facteurs qui ont potentiellement plus d’influence que les microhabitats sur ces espèces.

Il ressort de ces travaux de recherche que la corrélation entre microhabitats et biodiversité reste faible. En conséquence les microhabitats ne peuvent constituer aujourd’hui un indicateur universel de la biodiversité mais il semble intéressant de les utiliser comme indicateur complémentaire aux autres indicateurs de gestion durable des forêts. Il serait également intéressant de tester d’autre taxons qui n’ont pas été encore étudiés (autres insectes, amphibiens, ….) et d’évaluer le lien entre biodiversité et d’autres indicateurs potentiels (par ex. diversité des arbres, fragmentation de la forêt).

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