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Risques naturels en montagne : et si on collaborait ?

Série de râteliers paravalanches, Savoie © Irstea - F. Rapin

10/12/2014

Pour une gestion transnationale des risques naturels en montagne, les régions alpines se mobilisent. Ensemble, elles misent sur la capitalisation et la standardisation des mesures de prévention et de protection menées au niveau national, à travers le projet START_it_up : 5 pays, dont la France avec l’expertise Irstea.

Autriche, Suisse, Slovénie, Italie, France : 5 pays européens confrontés à des risques naturels en zone de montagne, et autant de manières de les gérer ! Aujourd'hui, les états de l’arc alpin s’interrogent sur la capitalisation et la standardisation des méthodes de gestion des risques naturels. Mais une telle coordination n’est pas évidente à mettre en place, "car s’il existe différentes méthodes, propres à chaque pays voire à chaque région, c’est parce qu’il existe différents contextes !", souligne Félix Philippe, ingénieur d'étude au centre Irstea de Grenoble. Pourtant, le besoin se fait sentir : une étude menée par l’Autriche a souligné les attentes des différents pays pour la mise en place d’une base de connaissances communes. Sous cette impulsion est né le projet START_it_up [1].

© START_it_upLe projet vise à rassembler et faire connaître les connaissances, pratiques et savoir-faire européens en termes de gestion des risques naturels en montagne. Un état des lieux nécessaire pour avoir une vue d’ensemble, à la fois sur les problématiques de zonage, d’ingénierie, de décision-experte et de gouvernance des risques naturels. "Il s’agit d’un état de l’art relativement compliqué : au sein de l’Europe, nous touchons le risque avalanches, mais aussi les chutes de blocs, les glissements de terrain, les inondations ou encore les systèmes d’alertes." Un projet interdisciplinaire donc, entre génie civil et prévention non-structurelle.

Ouvrages de protection : quelle efficacité ?

L’un des objectifs du projet START_it_up est de favoriser la mise en place de standards afin d’harmoniser les méthodes utilisées à travers l’Europe. L'efficacité des ouvrages de protection est une des questions clés dans la gestion des risques. Mais pour standardiser, il faut d’abord avoir une vue d’ensemble de toutes les méthodes utilisées. "Une fois ce panorama réalisé, il est plus facile de repérer les différences entre pratiques, ainsi que ce qui les rapproche, afin d’élaborer des méthodes communes, pertinentes à une plus grande échelle."

Fort de son expertise sur les risques de chutes de blocs, d’avalanches et d’érosion torrentielle, Irstea a mis à profit son expérience en développement et gestion de base de données. Les équipes du centre de Grenoble [2] ont ainsi analysé les stratégies de gestion des risques naturels et les méthodes d’évaluation de l’efficacité des ouvrages de protection (barrages, filet, râtelier, systèmes de rétention de la neige, pare pierre, …). Résultat : une nouvelle base de données bibliographique, dont la valorisation est en cours, rassemble déjà près de 280 références (publications issues de la recherche, notes techniques, rapports de projets… de différents pays et institutions européennes).

Elle s’organise autour de 4 grands concepts :

  • l’efficacité fonctionnelle : l’ouvrage remplit-il sa fonction ?
  • l’efficacité structurelle : d’un point de vue de sa conception et réalisation, l’ouvrage est-il capable de résister aux contraintes de sollicitation produite par tel aléa ?
  • l’efficacité à la fois fonctionnelle et structurelle (ou capacité)
  • l’efficience : la prise en compte des coûts associés et moyens mis en œuvre nécessaires à la mise en place des ouvrages par rapport à leur efficacité structurelle et fonctionnelle attendues.

La méthodologie proposée se veut novatrice en termes de collecte de données, de tri et de traitement de l’information. Et les résultats permettent de mettre en évidence les divergences et convergences de pratiques entre les pays, tout en mettant en évidence les nombreux champs possibles d’amélioration. Une synthèse technique européenne inédite qui servira aux décideurs publics et acteurs de la gestion du risque.

Vers une coopération transnationale

Outre cette base de données, le projet a notamment permis la mise en place :

  • d’un forum sur les politiques de gestion des risques
  • et de bonnes pratiques et recommandations à adopter en matière de gestion des risques naturels (déclenchement artificiel d’avalanche, maintenance des forêts de protection, mise en place et contrôle d’ouvrages de protection ou encore systèmes d’alerte paravalanche). Ces recommandations s'adressent aux gestionnaires et décideurs publics.

Loin d’apporter toutes les réponses, START_it_up représente une étape supplémentaire dans le processus de coopération transnationale autour de la gestion des risques naturels. Et alors que le projet a pris fin, la collaboration entre les pays-partenaires va pouvoir se poursuivre "naturellement" grâce aux outils mis en place. Des outils qui devront être complétés et enrichis pour rester pertinents et exhaustifs. On vous aura prévenu : la montagne se met au collaboratif !

Plus d'informations sur le site officiel du projet START_it_up.

En savoir plus


[1] START_IT_UP (State of the Art in Risk Management Technology : implementation and Trial for Usability in Engineering Practice and Policy) : programme InterReg Espace alpin, septembre 2013-novembre 2014.  En savoir plus : http://www.startit-up.eu/

[2] Unités de recherche ETNA et EMGR, Service de l’Information Scientifique et Technique (SIST)