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Terrains dégradés des stations de ski : la piste locale pour restaurer la biodiversité

Epandage du foin vert à la fourche, expérimentations de revégétalisation sur le domaine skiable de Courchevel © A. Dupré-la-Tour

12/10/2017

Le développement des territoires de montagne s’accompagne de nombreux aménagements dont la construction des pistes de ski. Des aménagements qui peuvent fragiliser voire détruire le sol et le couvert végétal des espaces montagnards. Que ce soit pour lutter contre l’érosion, réhabiliter le paysage ou préserver la biodiversité, ces espaces doivent être restaurés. Face à des techniques écologiquement peu satisfaisantes, Irstea contribue à la mise en place d’une filière de revégétalisation qui utiliserait des semences locales pour restaurer le milieu montagnard alpin.

La France est l’un des pays d’Europe qui possèdent le plus grand nombre de stations de ski. Autant de pistes aménagées qui refaçonnent les sols et les paysages montagnards. Ces aménagements ont rapidement imposé des travaux de revégétalisation pour protéger les sols abîmés contre l’érosion, restaurer un paysage proche de celui d’origine durant la période estivale et ainsi préserver l’attrait touristique, mais aussi pour redonner à ces espaces toute leur richesse écologique et leurs fonctionnalités agronomiques (pâturage de qualité, notamment). Á titre d’exemple, les stations de ski des Alpes françaises, pour qui la restauration des terrains dégradés est à la fois une nécessité technique et économique (tourisme d’été, activité agricole), ont revégétalisé plus de 600 hectares par an de 2008 à 2017. Des travaux de végétalisation qui se chiffrent à environ 5 000 euros par hectare, soit 3 millions d’euros annuels.

Des semences locales pour maintenir la diversité écologique

Dans le cas des Alpes françaises, les travaux de revégétalisation sont aujourd’hui essentiellement effectués à partir de mélanges de graines issues de la multiplication d’espèces non locales (autres régions, voire autres continents…) et peu diversifiées. Des semences qui remplissent bien leur rôle vis-à-vis des enjeux de lutte contre l’érosion et de la restauration paysagère mais beaucoup moins du point de vue écologique. C’est pourquoi des expérimentations sont menées depuis quelques années pour utiliser des semences locales, récoltées dans la zone géographique des espaces à revégétaliser et dans des milieux correspondant aux objectifs de revégétalisation (pelouses, prairies…). « Les semences locales présentent deux gros atouts : elles sont par essence adaptées et résistantes aux conditions extrêmes d’altitude et donc plus pérennes et, par ailleurs, elles permettent de maintenir la diversité écologique propre aux écosystèmes montagnards. A titre de comparaison, les semences du commerce sont souvent constituées de quatre à douze espèces, alors qu’une prairie de montagne peut en contenir jusqu’à 40 par m2 », explique Thomas Spiegelberger, chercheur à l’unité Ecosystèmes montagnards (EMGR) du centre Irstea de Grenoble.

Vers une filière de revégétalisation en circuit « ultra court »

Forts des résultats encourageants d’expérimentations menées notamment dans les Alpes autrichiennes et les Pyrénées françaises, des chercheurs d’Irstea de Grenoble se sont intéressés à une technique qui permettrait de conduire une revégétalisation des espaces alpins à partir d’espèces locales et qui soit à la fois efficace et économiquement rentable. « Dans le cadre du projet AlpGrain[1], nous avons démontré la faisabilité d’une méthode qui consiste à récolter les graines locales par fauchage ou brossage, d’une prairie par exemple, et à les redéposer directement sur le terrain dégradé », explique Thomas Spiegelberger, responsable du projet à Irstea.

Sur la base de ces premiers résultats et afin d’évaluer la pertinence d’une filière basée sur la production de semences locales, le projet Sem’lesAlpes[2] a été lancé en 2016, avec un triple objectif :

  • mener une étude de marché pour recenser les besoins et évaluer le coût réel de production relatif à cette filière qui permettrait de développer une économie verte en favorisant des circuits courts de revégétalisation ;
  • mettre en lien les différents acteurs de la future filière : utilisateurs dont aménageurs de stations de ski, producteurs (semenciers, agriculteurs) et chercheurs ;
  • réaliser des tests de réensemencements et évaluer leur efficacité ; six sites expérimentaux sont en cours dont un sur la station de Courchevel.

Par ailleurs, en collaboration avec le Conservatoire Botanique National Alpin et la Société d’Economie Alpestre, partenaires du projet Sem’lesAlpes, les chercheurs ont identifié une liste d’espèces qui s’avèrent les mieux adaptées à cette filière locale de revégétalisation.

« Notre ambition est aujourd’hui de recueillir des engagements concrets dans cette démarche de la part des acteurs économiques, comme les stations de ski », ajoute le chercheur. A terme, une telle filière aboutirait à une production locale intéressante à la fois pour les aménageurs (maintien du manteau neigeux grâce aux espèces adaptées, préservation de la qualité environnementale et de l’attractivité touristique) et pour les agriculteurs (diversification des prairies, fourrage plus résistant à l’altitude…). Par ailleurs, elle permettrait aussi de réduire les coûts : les quantités de semences nécessaires pourraient en effet être réduites, du fait de l’adaptation des espèces locales aux conditions climatiques.

Un projet à suivre de près pour savoir si, comme dans les Pyrénées françaises, une filière de révégétalisation locale pourra contribuer à la restauration et à un aménagement durable des espaces dégradés des Alpes françaises.

Consulter le guide issu du projet AlpGrain Les semences locales dans la restauration écologique en montagne

En savoir plus

Article. Mieux gérer les espèces exotiques envahissantes pour maintenir la biodiversité

Consulter la page de l’unité Ecosystèmes montagnards (EMGR) et du centre Irstea de Grenoble


[1] Alp’Grain (2013-2015), cofinancé par l’Union Européenne (FEDER), Interreg ALCOTRA

[2] Sem’lesAlpes (2016-2018), financé par l’Union Européenne (FEDER)