Méthanisation : développement de la filière sur le territoire français

Pour évaluer l’intérêt économique et environnemental d’un projet de méthanisation sur un territoire, il  faut identifier les ressources disponibles et déterminer leur accessibilité. Nos chercheurs s’y emploient.

Le développement de la méthanisation dépend des ressources disponibles, de leur proximité, des caractéristiques de l’économie locale, … Dans ce sens, Irstea a engagé une réflexion sur plusieurs territoires.

Avec l’augmentation du nombre de méthaniseurs sur un territoire, une concurrence s’installe quant à la collecte et à la disponibilité des co-substrats.  Irstea étudie le potentiel méthanogène des intrants, leurs quantités, localisation et disponibilité ; l’objectif étant de :

  •  calculer les distances maximales admissibles de transport des co-substrats,
  • d’optimiser l’implantation des méthaniseurs
  • de planifier au mieux la gestion des déchets sur un territoire.

L’inventaire spatialisé des ressources

Les chercheurs ont eu recours à des outils de Systèmes d’information géographique (SIG) pour localiser les gisements de déchets adéquats et implanter au mieux l’unité de méthanisation sur le territoire. Une méthodologie d’inventaire spatialisé des substrats organiques a été développée : chaque ressource est cartographiée et rapportée à une unité commune, représentant ainsi son potentiel énergétique. Par exemple, un inventaire complet des exploitations agricoles a été réalisé par photo-interprétation d’imagerie aérienne et l’identification des résidus de récolte a nécessité le recours à l’analyse d’images satellites. Ces travaux ont été réalisés dans le cadre du projet BIODECOL2 afin de promouvoir la méthanisation comme un moteur de développement économique des territoires ruraux.

Carte du pays de Fougères : du bleu au rouge, un gradient croissant du potentiel des ressources mobilisables pour optimiser l'implantation des méthaniseurs © F. Borel / Irstea

L’application de cette démarche sur le Pays de Fougères (Ille-et-Vilaine) a mis en évidence, pour ce territoire, l’importance majeure des ressources agricoles qui se caractérisent par une forte dispersion géographique. Les autres substrats, industriels et issus des collectivités, constituent un potentiel global plus faible, mais représentent parfois un fort potentiel énergétique localement.

Cartographie des zones préférentielles d’implantation des méthaniseurs

Récemment, dans le cadre d’une thèse CIFRE ,Irstea a développé une méthode d’analyse permettant d’identifier les besoins d’un territoire en termes de méthanisation, grâce aux SIG. Traitement des déchets ? Exportation de l’azote hors du territoire ? Production d’énergie renouvelable ? Autant de besoins différents qui varient selon les caractéristiques des territoires (urbain, agricole) et les acteurs impliqués (industriel, agriculteur, collectivité).

L’identification de ces besoins est importante, car elle permet ensuite de proposer des scénarios d’implantation d’unité de méthanisation et d’évaluer les performances environnementales des différentes typologies d’insertion territoriale. "La méthodologie développée est un outil original qui permet de planifier la méthanisation territoriale en mettant en relation besoins territoriaux et performances environnementales", souligne Lynda Aissani, du centre Irstea de Rennes. Des zones préférentielles d’implantation d’un méthaniseur ont ainsi été identifiées.

Méthode de travail : la géolocalisation des ressources et leur conversion en tonne équivalent pétrole (tep) rend possible l’obtention d’une carte d'aptitude finale qui tient compte d’une distance de collecte réaliste pour chaque ressource. Ces distances de collecte ont été estimées en tenant compte des valeurs énergétiques des ressources à transporter. Les contraintes réglementaires (zones naturelles, distances aux habitations, etc.) ont également été considérées excluant certaines zones d'implantations.

Les possibilités offertes par les Systèmes d’Information Géographique (SIG), couplés à l’Analyse du cycle de vie (ACV), répondent bien à une demande d’aide à la décision dans le cadre des Plans Climat-Energie Territoriaux (PCET) par exemple, pour appréhender les potentialités du territoire à la méthanisation.