Assainissement non collectif

Faire de l’assainissement non collectif une filière d’avenir bien maîtrisée, performante et pérenne, voilà l’objectif affiché par l’Etat. Expert des procédés de traitements des eaux usées de la grande à la petite collectivité, Irstea contribue aussi à améliorer la connaissance des procédés d’épuration à l’échelle de l’habitat individuel.

En France, 15 à 20 % de la population n’est pas reliée à un réseau public de collecte des eaux usées et recourt à un système d’assainissement individuel. Les filières traditionnelles composées d’une fosse septique et d’un massif filtrant (sol ou sable), qui reposent sur l’activité épuratrice des bactéries présentes dans le massif, restent aujourd’hui les plus répandues. Mais depuis 2009, de nouvelles filières d’assainissement non collectif (ANC), soumises à agrément1, se multiplient. Parmi elles : la miniaturisation de procédés classiquement utilisées en assainissement collectif, comme les filtres plantés de roseaux  , mais aussi la mise au point de nouveaux procédés plus compacts composés de matériaux filtrants variés (copeaux de coco par exemple). Quelque 5 millions d’installations assurent ainsi en France le traitement des eaux usées des habitats individuels ou des petits groupements d’habitats (inférieurs à 20 équivalents habitants2).

Face à un tel déploiement de procédés hétérogènes ces dernières années, un plan d’action national3 quinquennal a été initié en 2009 puis renouvelé en 2014. Son but : mieux maîtriser les problématiques sanitaires et environnementales de l’assainissement non collectif. Leader scientifique de l’épuration en France, Irstea apporte sa contribution aux projets nationaux destinés, en premier lieu, à améliorer les connaissances en ANC.

Analyser les eaux usées à traiter à l’échelle de l’habitation

Une étude est menée depuis 2012 par Irstea4 sur les eaux usées brutes émises par les particuliers, avant qu’elles ne passent dans le système d’épuration. « Nous cherchons à évaluer la variabilité des eaux usées brutes en termes de qualité et de débit, selon les types d’habitats ou d’usages de l’eau. Ces informations permettront par la suite d’inciter les constructeurs à mettre en place des filières plus adaptées aux conditions réelles », explique Catherine Boutin, spécialiste de l’ANC à Irstea. À l’issue de l’étude, il sera donc possible de connaître précisément la nature et la charge d’eaux usées à traiter à l’échelle d’une habitation. Pour l’heure, les scientifiques ont déjà obtenu de précieuses informations : ils ont en effet établi la composition de l’eau usée (pourcentage de carbone, d’azote, de micropolluants…) en fonction de son origine dans l’habitation : eau de vaisselle, eau des toilettes, eau de la salle de bain… Des données inédites particulièrement utiles dans un objectif de réutilisation des eaux usées.

Mieux évaluer les performances des procédés d’ANC

En parallèle, Irstea est impliqué dans le programme national de suivi in situ de l’ANC5. Objectif : évaluer les performances des installations d’ANC en conditions réelles, y compris à long terme. Coordonné par Irstea, le programme vise tous les types d’installations draînées6, de la filière traditionnelle aux dernières filières agréées. Un travail titanesque au regard des centaines de procédés agréés et pour lequel plus de mille visites d’installations seront réalisées. « L’analyse statistique de ces données de terrain est indispensable pour déterminer l’efficacité réelle des traitements et s’assurer de leurs garanties en matière de protection de l’environnement et de santé publique. C’est aussi la seule méthodologie permettant de pallier à l’hétérogénéité inhérente à l’habitat individuel », précise Catherine Boutin qui pilote le groupe national de suivi in situ de l'ANC à Irstea. Très attendus, les résultats de ce programme déployé sur l’ensemble du territoire devraient être connus fin 2017.

  1. Agréments délivrés par les ministères en charge de l’écologie et de la santé, suite aux essais réalisés par deux organismes notifiés : Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) et Centre d’étude et de recherche de l'industrie du béton (CERIB).
  2. Equivalent habitant (EH) : unité de mesure qui permet de classer les stations d’épuration selon un flux de matière organique à traiter.
  3. Plan d’actions national sur l’assainissement non collectif (PANANC)
  4. Financement Onema. Partenaires : département du Finistère, Cerema
  5. Partenaires : services publics de l’assainissement non collectif (SPANC), Conseils départementaux, Cerema, Agences de l’eau, Onema, Ministère en charge de l’écologie, Association des maires ruraux de France.
  6. Filières dans lesquelles l’eau épurée est collectée à la sortie de l’installation et dirigée vers un point de rejet localisé. Dans les filières non drainées, l’eau se disperse dans le sol.
Consulter le rapport « Composition des eaux usées domestiques par source d’émission à l’échelle de l’habitation »
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