Le génie végétal et écologique en soutien à la prévention des inondations à l’heure de la GEMAPI

A l’heure de la mise en place de la compétence GEMAPI (gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations), il apparaissait opportun de réaliser un état de l’art sur l’utilisation possible du génie végétal et écologique en soutien à la prévention des inondations (PI) tout en favorisant la gestion des milieux aquatiques (GEMA), en particulier dans les bassins versants torrentiels, en s’appuyant à la fois sur la littérature existante et sur les nombreuses expérimentations et expériences menées, notamment en contexte sud-alpin.

La GEMAPI

La nouvelle compétence GEMAPI oblige les collectivités locales à concilier la GEstion des Milieux Aquatiques (GEMA) et la Prévention des Inondations (PI) dans l’aménagement de leur territoire. Répondant à une logique de bassin versant, avec des relations amont-aval fortes, elle concerne tout particulièrement les bassins versants situés en contexte torrentiel, soumis à des risques importants, et les systèmes d’endiguement des cours d’eau de montagne (torrents ou rivières torrentielles). Pour répondre à la fois à la GEMA et la PI, les Syndicats mixtes ou les EPCI-FP en charge de cette compétence doivent définir et financer des projets pluridisciplinaires, qui relèvent de l’ingénierie.

Le génie végétal et écologique en soutien à la prévention des inondations

Pour concilier sécurité et écologie, en appui, complément ou parfois substitution aux ouvrages de génie civil, on peut faire appel au génie écologique, et plus particulièrement au génie végétal. S’il existe une littérature abondante sur le génie végétal, force est de reconnaître que celle-ci met souvent en avant l’apport des techniques végétales dans la gestion écologique des milieux aquatiques (GEMA), ainsi que dans le contrôle de l’érosion et la stabilisation des milieux érodés (versants, berges de rivières…). On manque toutefois aujourd’hui de visibilité sur la manière dont ces ouvrages – et la végétation qu’ils permettent d’installer – contribuent, souvent indirectement, à la prévention des inondations (PI). Or, de nombreuses expérimentations et expériences récentes de génie végétal ont été menées dans les bassins versants torrentiels et apportent leur lot d’informations sur la contribution effective ou potentielle de tels ouvrages à la PI. Le milieu méditerranéen est particulièrement concerné, en raison de l’agressivité des pluies.

Le projet « Génie végétal dans le bassin versant de la Durance »

Dans le bassin versant de la Durance, des recherches récentes, menées dans le cadre du Plan Durance multi-usages par l’équipe PIER d’Irstea (Centre de Grenoble) pendant plus de 15 ans, financées par le Ministère de l’environnement, la région PACA, l’Agence de l’eau RMC et EDF, et supervisées par le Syndicat mixte d’aménagement de la vallée de la Durance (SMAVD), ont eu pour but d’étudier l’opportunité de recourir à des techniques innovantes de génie végétal pour permettre de réduire la sédimentation fine dans la rivière Durance et ses affluents. Cette sédimentation est en effet responsable d’un accroissement des risques d’inondations, en même temps qu’elle dégrade les milieux aquatiques (colmatage de frayères, problèmes d’équilibre sédimentaire). La stratégie développée vise à laisser l’érosion se produire sur les versants et à stopper les matériaux érodés avant qu’ils n’atteignent la rivière Durance, avec le moins possible d’interventions. Cela est envisageable grâce à l’utilisation d’ouvrages de génie végétal dans les lits des ravines érodées, avec le développement d’obstacles végétaux efficaces pour piéger et retenir les sédiments. Les recherches ont ainsi porté sur la performance d’ouvrages de génie végétal pour le développement d’une couverture végétale dans les lits de ravines, ainsi que sur l’efficacité de cette végétation pour le piégeage et la fixation durable des sédiments. Elles ont prouvé l’efficacité de cette solution de génie végétal pour diminuer la sédimentation fine, contribuant ainsi à diminuer les risques d’inondation associés, avec une bonne estimation de son coût et de son efficacité. Les résultats des recherches ont alors été traduits sous forme de règles, de simulations et d’un plan préliminaire d’intervention par génie végétal à l’échelle du territoire de la Durance.

Le projet GEVéMAPI

L’objectif du projet GEVéMAPI est de réaliser un état de l’art sur l’utilisation possible du génie végétal et écologique en soutien à la prévention des inondations, en particulier en contexte torrentiel et en mettant en évidence la plus-value de ce type d’ouvrages dans le cadre de la GEMAPI.

Il s’agit d’effectuer une réflexion sur la contribution effective ou potentielle des différents types d’ouvrages de génie végétal pour la PI, en plus de leur apport dans la GEMA. Ce travail est basé sur un bilan des expérimentations grandeur nature présentées précédemment, avec une mise en évidence des conséquences en termes d’ingénierie végétale. Il s’appuie également sur une expertise menée sur des chantiers récents de génie végétal en contexte torrentiel, dont le but est de stabiliser des berges situées à proximité immédiate de digues de protection. Appliqué dans un tel contexte, le génie végétal doit défendre le pied et la fondation de la digue contre l’érosion externe (qui est le facteur de risque le plus important pour les digues de cours d’eau de montagne), mais sans porter atteinte à l’intégrité du remblai ou des maçonneries de la digue du fait du développement racinaire.

Les valorisations du projet sont les suivantes :

  • publication d’un ouvrage de synthèse des recherches menées par l’équipe PIER d’Irstea et de leurs conséquences pour l’ingénierie, à l’attention des chercheurs, ingénieurs, entrepreneurs, donneurs d’ordres et élus
  • publication d'un article en français dans The Conversation permettant de porter à connaissance les principaux résultats du projet, surtout auprès des élus et des collectivités
  • publication d'un numéro spécial de la revue Sciences, Eaux & Territoires sur la GEMAPI
  • réalisation d’une vidéo conçue afin d'illustrer, sous un format animé et pédagogique (vidéo en "motion-design"), les techniques et les stratégies de génie végétal utilisables pour soutenir la prévention des inondations, l'accent étant mis sur la plus-value de ce type d'ouvrages dans le cadre de la GEMAPI. Il existe une version française et une version anglaise
  • réalisation de deux vidéos (8 minutes chacune), tournées et diffusées dans le cadre d'un MOOC sur l'ingénierie écologique. La première porte sur l'ingénierie écologique avec un focus de génie végétal, la seconde sur la GEMAPI

 

Contact : Freddy Rey (Directeur de recherche en écologie ingénieriale)

UR impliquées : LESSEM (Grenoble), RECOVER (Aix-en-Provence) et RIVERLY (Lyon)

Financeur : MTES-SRNH

 

Logo ecologie