3 questions à une jeune pousse : Lisode

Lisode est une société coopérative (SCOP) de service et de conseil spécialisée dans l’ingénierie de la concertation. Elle a fait partie des jeunes pousses qui ont grandi avec Irstea, et qui aujourd’hui, ont pris leur envol. Du développement organisationnel à la démocratie locale en passant par la gestion de l’eau et l’environnement, la société propose une ingénierie sociale, capable de prendre en compte les divergences d’intérêts, ainsi que les asymétries de pouvoir entre les acteurs. Rencontre avec Mathieu Dionnet, co-fondateur de Lisode.

Que fait Lisode ?

Mathieu Dionnet : Nous nous différencions de la plupart des projets de start-up car, depuis notre création en 2008, et jusqu’à maintenant, nous ne visons pas à valoriser commercialement un produit de la recherche, mais plutôt une forme d’expertise. Nous sommes le premier projet à ne pas vendre un logiciel, un procédé ou une technologie : nous proposons une offre de service, une alternative en termes de conseil. En effet, nous accompagnons les acteurs publics dans leurs démarches de concertation. Nous les aidons à impliquer les acteurs concernés comme les citoyens, les riverains, les usagers d’une ressource… dans l’élaboration de leurs projets. Nos outils et méthodes permettent aux participants de partager leurs points de vue, débattre, converger vers une idée commune et apprendre à réfléchir ensemble. Nous avons rencontré beaucoup de difficultés au début, justement parce que nous vendions un service et pas autre chose… Mais nous voulions montrer que la recherche en science sociale peut aussi produire des applications dans le monde réel.

Quel est votre lien avec Irstea ?

Mathieu Dionnet : Après avoir été incubés au Languedoc Roussillon incubateur à Montpellier, Irstea nous a hébergé sur leur plateforme d’incubateur Minea, à Montpellier, pendant cinq ans. Depuis, nous travaillons ponctuellement sur des projets communs. Eau, agriculture, urbanisme, aménagement du territoire, pêche, risques naturels et changement climatique, espaces naturels… Autant de sujets qui nous passionnent, et qui rejoignent les thématiques d’Irstea. Nous avons d’ailleurs commencé dans le secteur de la gestion de l’eau, puis nous nous sommes diversifiés sur des questions sociales et sociétales en tous genres. Comment rendre l’usage des algorithmes plus éthique a par exemple été une question sur laquelle nous avons été amenés à réfléchir récemment.

A l’origine, nous avions rédigé une convention de partenariat avec le Cirad et Irstea, à propos de notre intérêt conjoint à collaborer. Nos collaborations ont été ponctuées de beaux projets, et d’envies même si nous ne collaborions pas en permanence. Les interactions entre le monde de la recherche et celui du privé sont nécessaires ! Chez Lisode, nous travaillons dans des contextes très opérationnels que les chercheurs ne connaissent pas forcément très bien, ils ont besoin d’avoir accès à ces contextes, et nous, nous avons besoin des environnements de recherche propices à la réflexion et à l’innovation. Nous sommes une courroie de transmission entre les recherches et l’opérationnel.

Quel avenir pour Lisode ?

Mathieu Dionnet : Au fur et à mesure, en plus de notre activité, nous nous sommes rendus compte qu’il y avait des besoins en termes de formation, nous nous sommes donc lancés. Et nous collaborons avec des centres de recherche pour contribuer à faire avancer la recherche dans le secteur des démarches de concertations, pour comprendre quelles sont les conditions favorables et pour réussir à créer des processus qui marchent. Lisode est une SCOP[1]. Notre organisation est horizontale : le bien-être est au cœur de nos préoccupations, les décisions sont prises par les salariés, qui ont toujours en ligne de mire la qualité de vie au travail. Notre croissance est donc plus lente qu’une autre entreprise mais notre ancrage est plus durable, ce qui nous permet de nous projeter facilement dans l’avenir. Même si, aujourd’hui, nous avons beaucoup de concurrence, nous sommes une référence dans le domaine de la concertation territoriale. Les difficultés que nous pouvons rencontrer viennent du fait qu’il n’y ait pas de normes régissant les processus de concertation. Nous voulons être reconnus par les pouvoirs publics, qu’ils arrivent à discerner la vraie de la fausse concertation. Mais tant qu’il n’y aura pas de normes, il sera difficile de la faire évoluer.

Lisode en chiffres

 

Zoom sur un projet avec le Maroc

Actuellement, Lisode accompagne l’État du Maroc dans la production d’une loi sur la gestion participative de l’eau. Nous travaillons directement sur le décret d’application. « C’est un projet au niveau national, réglementaire. C’est passionnant car nous voyons de très près les mécaniques de l’État, et ses contraintes aussi ». Pour le moment, le décret est encore en cours de validation en interne, mais s’il passe « ce serait une réussite ! C’est très innovant, cela permettra de cadrer un peu plus la définition de la concertation ». À la fois expert et militant, Lisode espère plus de qualitatif dans le métier, pour que tout le monde y trouve son compte, tout en restant éthique et sincère.

[1] Société Coopérative

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