Débusquer, limiter, traiter les micropolluants !

Produits industriels, pesticides, détergents, hydrocarbures, de nombreux micropolluants issus des activités humaines sont présents à l'état de trace dans les rivières. Même en faible concentration, ils n’en ont pas moins d’effets sur le fonctionnement des écosystèmes. Comment détecter ces substances, comment les traiter dans les stations d'épuration ? 

Les stations d’épuration domestiques n'ont pas été conçues pour traiter les substances micropolluantes. Leurs conditions d'élimination sont mal connues et elles sont difficiles à mesurer dans les boues. De 2006 à 2009, Irstea et SUEZ ENVIRONNEMENT ont mené le programme de recherche AMPERES pour mesurer les concentrations des micropolluants dans les eaux usées traitées en entrée et en sortie de stations d’épuration et évaluer les capacités d’élimination des différentes technologies de traitement.

27 substances ont été recherchées dont 41 substances dites "prioritaires" fixées par la Directive cadre européenne sur l'eau (DCE). Les résultats de cette étude ont notamment montré que dix des 41 substances prioritaires, 17 substances pharmaceutiques parmi 38, et huit autres substances organiques parmi 24, se retrouvent dans les eaux traitées à plus de 0,1 μg/L. Les stations d’épuration éliminent jusqu’à 85 % des substances prioritaires fixées par la  DCE. Les stations arrêteraient entre 35 % et 50 % des autres substances étudiées, selon le traitement appliqué.

Pour analyser ces substances, les chercheurs ont mis au point une méthode d'échantillonnage qui consiste à prélever des échantillons moyens journaliers en proportion du débit en les conservant au froid, dans du matériel en verre et en Téflon. Leur acheminement vers les laboratoires se fait dans un délai inférieur à 24 h. Les prélèvements ont été réalisés par temps sec, pendant 2 à 3 jours consécutifs en semaine. Au total, 21 stations d’épuration en France, plus de 3 ans de travaux de recherche, plus de 2000 échantillons et 5000 analyses !

 

 

 

 

En 2011, le projet AMPERES, porté par Suez Environnement et coordonné par Irstea a été médaillé du prix Pottier dédié à l'innovation en chimie en faveur du développement durable.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les résultats du programme AMPERES en vidéo sur You tube ici

En savoir encore plus sur https://projetamperes.cemagref.fr/

 

Zoom sur les micropolluants

Les micropolluants proviennent essentiellement d'activités liées à l'industrie, l'agriculture ou au trafic routier. Présents à l’état de traces dans les eaux usées, on en qualifie entre 100 et 1000, selon les études sur les 100000 substances couramment utilisées par les activités humaines.

Il est établi que certains de ces composés peuvent avoir un impact avéré sur les organismes aquatiques même à des doses très faibles (de l'ordre du nanogramme, soit un milliardième de gramme). C'est le cas par exemple de certains médicaments à usage humain et vétérinaire – antibiotiques, analgésiques, pilules contraceptives. Diverses études scientifiques ont montré que ces dernières entraînent des cas de « féminisation » des individus mâles de crevettes ou de poissons d’eau douce.