Les odeurs des sites de traitement des déchets : une nuisance à combattre

Avec la généralisation du tri à la source des biodéchets d’ici 2025, les solutions de valorisation des déchets organiques, telles que le compostage et la méthanisation, sont vouées à un fort développement. Á condition d’en maîtriser les impacts… Á Irstea, des scientifiques étudient tout particulièrement les odeurs émises par ces procédés. Enjeu : lever le frein sociétal que représentent ces nuisances et permettre le plein déploiement de ces filières d’avenir.

Si les pouvoirs publics encouragent le développement des filières de traitement biologique des déchets comme le compostage et la méthanisation, reste que ces procédés posent un problème majeur : ils émettent des gaz dont certains sont odorants (ammoniac, sulfure d’hydrogène, composés organiques volatils…). Des mauvaises odeurs qui suscitent souvent des plaintes de la part des riverains, à tel point que plusieurs sites de traitement ont dû être fermés ces dernières années et qu’il est parfois compliqué d’en ouvrir de nouveaux. Le déploiement de ces filières impose donc aujourd’hui de mieux maîtriser ces nuisances.
 

Décortiquer les mélanges gazeux pour cibler les composés les plus odorants 

C’est dans ce contexte que le projet de recherche Odeval (2015-2019), financé par l'Ademe, a été lancé par Irstea afin de mieux comprendre les nuisances olfactives liées aux traitements biologiques des déchets et, à terme, proposer des solutions pour les réduire. 
 
« Notre objectif est de caractériser qualitativement et quantitativement les émissions gazeuses odorantes, issues notamment du compostage. Un travail complexe du fait de la multitude de substances chimiques qui les composent », explique Amaury de Guardia, chercheur au sein de l’unité OPAALE et responsable du projet.
 
Pour cela, à partir du compostage (en réacteurs) d’un éventail représentatif des déchets habituellement traités par ce procédé (biodéchets, digestats de méthanisation, boues d’épuration, fumiers…), les gaz ont été prélevés, puis étudiés par deux approches complémentaires :
  • une analyse chimique par chromatographie1, afin d’identifier les composés et leur potentiel odorant
  • une analyse sensorielle par olfactométrie (via un panel de volontaires soumis aux gaz prélevés), pour déterminer la concentration d’odeur2 des mélanges gazeux, un indicateur sur lequel s’appuient les textes réglementaires pour fixer la limite des nuisances olfactives.
Ces travaux ont permis de caractériser les odeurs émises lors du compostage des différents déchets étudiés, autrement dit d’identifier, à la source, les composés odorants présents dans ces émissions et ceux qui contribuent le plus fortement à l’odeur. Au-delà, ces données devraient permettre d’identifier les paramètres (conditions d’aération notamment) à l’origine de ces émissions et de quantifier leur impact respectif. In fine, des recommandations techniques pourront être élaborées (prévention, traitement, captage, dilution…) pour prévenir ces émissions.
 

Intégrer les odeurs dans l’évaluation de l’impact environnemental

Parallèlement, le projet Odeval vise à contribuer à une évaluation plus complète de l’impact environnemental des procédés de traitement des déchets, en y intégrant les nuisances olfactives. En utilisant les seuils olfactifs (seuils de détection par le nez humain) des composés odorants les plus fréquents, les scientifiques ont créé une méthode de calcul de l’impact des odeurs pour l’inclure dans les analyses du cycle de vie3 des procédés, au même titre que les émissions de gaz à effet de serre par exemple.
 
« L’odeur est une problématique très localisée, nous avons donc intégré, dans notre formule de calcul, les paramètres de densité de population et de dispersion atmosphérique (vitesse du vent, stabilité atmosphérique…), à partir d’informations spatiales », explique Lynda Aissani, chercheuse de l’unité OPAALE et spécialiste de l’évaluation environnementale des procédés de traitement des déchets. Résultat : il devient possible de prédire, de manière précise et spatialisée, l’impact des odeurs émises par une filière donnée, à l’échelle d’un territoire donné. Un outil du plus grand intérêt qui pourrait, d’ici deux ans, accompagner les acteurs publics dans la définition des meilleurs sites d’implantation d’une filière, mais aussi dans le choix des procédés de traitement les mieux adaptés aux spécificités locales.
 
 
[1] Technique de séparation des substances chimiques qui permet d'identifier et de doser les différents composés d'un mélange.
[2Mesure fondée sur la détection de l’odeur ; l’échantillon gazeux est dilué sous son seuil de détection puis on réduit progressivement la dilution. La concentration d’odeur est le facteur de dilution pour lequel plus de 50 % des individus du panel détectent une odeur.
[3Moyen d'évaluation des impacts environnementaux globaux d'un produit, d'un service, d'une entreprise ou d'un procédé tout au long de son cycle de vie.
 
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