Emmanuelle George-Marcelpoil

Emmanuelle George-Marcelpoil, ingénieur chercheur en économie territoriale, directrice de l'unité de recherche Développement des territoires montagnards au centre Irstea de Grenoble.

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Emmanuelle, vos recherches portent sur l'économie et la gouvernance des territoires touristiques de montagne. Pourriez-vous nous expliquer en quoi cela consiste exactement ?

J'essaie de comprendre comment sont organisées les stations de sport d’hiver aujourd’hui et de cerner leurs évolutions pour demain. Je m’intéresse pour cela aux logiques des acteurs qui sont impliqués dans la gouvernance de ces stations : le maire de la commune bien sûr, le gestionnaire de remontées mécaniques, les hôteliers, les prestataires mais également les collectivités des échelons régionaux, départementaux voire le massif. Les relations entre ces différentes catégories d'acteurs peuvent s’inscrire dans une dynamique  positive pour le territoire et son attractivité mais a contrario être synonymes de dysfonctionnements. Or, les activités touristiques des stations sont synonymes de forts enjeux socio-économiques. Ainsi, par exemple, 50 % du PIB du département de la Savoie provient de l'activité des stations de sport d'hiver. Aussi, comprendre et caractériser le pilotage de ces stations est crucial pour élaborer un diagnostic et in fine des recommandations ; en ce sens, les stations sont un laboratoire d'étude pertinent de la gouvernance.
Mon travail à mi chemin entre l'économie territoriale et les sciences politiques est passionnant. Il repose avant tout sur la réalisation d’entretiens semi directifs auprès de toute une palette d'acteurs. Je mobilise également des données plus factuelles, géographiques et statistiques liées aux territoires étudiés. Nos travaux nous ont permis, outre les réseaux scientifiques, d’être partie prenante de réseaux plus ciblés sur le monde socioprofessionnel, où l’apport de la recherche est certes important mais doit être travaillé dans la formulation.

Quel a été votre parcours ?

Je bénéficie d'une formation d'ingénieur du génie rural, des eaux et des forêts. Très vite dans mon cursus, je me suis intéressée à l'aménagement du territoire. J'étais curieuse de comprendre pourquoi tel territoire se développait selon telle trajectoire par rapport à tel autre territoire. S'en est suivi une thèse en économie territoriale dont l'objectif consistait à  étudier l'organisation des territoires le long du sillon Alpin, l’axe Genève-Grenoble. J’ai travaillé plus spécifiquement sur les stations de sport d'hiver au début des années 2000, dans le cadre d’un programme de recherche financé par l’Institut de la montagne. Nous avons réalisé plusieurs diagnostics de gouvernance de stations dans les Alpes (Arcs, Courchevel, Autrans,…) et nous avons pu sur la base de ce matériau empirique riche, rendre compte et témoigner des questions de gouvernance qui se faisaient jour en stations, lors d’un colloque à Chambéry qui a rassemblé 300 acteurs du monde de la montagne. Cet événement a été une étape importante pour interpeller les acteurs sur la pertinence d’une approche de la gouvernance des stations, à une période où les destinations ne reconnaissaient pas de problème de gouvernance, d’organisation touristique.  En 2006, un bureau d'étude spécialiste des politiques publiques nous a sollicitée. L'objectif ? Contribuer à l’évaluation d’un dispositif d'accompagnement des stations de moyennes montagnes en Rhône Alpes. Aussi, des études empiriques, nous sommes progressivement passées à une. Et c'est en cela que nous sommes consultés aujourd'hui comme experts.

Dans votre expérience, le statut de femme dans la recherche a-t-il été un atout, une difficulté, ou n’y voyez-vous aucune différence ?

Dans le cadre de mes recherches liées à la gouvernance des stations, je n’ai pas vécu le fait d’être une femme comme un handicap. Plus exactement, être une femme peut être un atout pour porter à connaissance nos travaux, dans l’univers très masculin de la montagne. On peut apporter une autre façon de penser, de rendre compte de la recherche, de la traduire. Ma formation d'ingénieur m'aide à structurer mon discours, à rester dans les objectifs, sans mobiliser de jargon. Ce sont autant de points positifs qui m'aident aujourd'hui dans mon travail de recherche finalisée voire d'expertise. Mais c’est également une façon d’être.
Depuis deux ans je suis aussi directrice de l'unité de recherche Développement des territoires montagnards au centre Irstea de Grenoble.  Sur la trentaine de personnes de l'unité, les femmes formées aux sciences humaines et sociales y sont très bien représentées.

Dans votre travail y a-t-il un aspect en particulier qui vous motive ? Donne de l’étincelle aux journées ?

Deux souvenirs sont encore présents aujourd’hui. Le premier concerne la soutenance orale de mon habilitation à diriger la recherche et le second, la restitution de nos analyses sur la gouvernance dans les stations. L’enjeu était important : témoigner de nos recherches, convaincre de leur pertinence et de leur intérêt en termes scientifiques comme opérationnels. Ce fut pour ces deux événements une montée d'adrénaline fructueuse ; nous étions dans des périodes d'aboutissement de travaux où l’on a envie de témoigner, d’illustrer nos conclusions et d’être clair dans le message. Tout l’enjeu est de faire entrer nos interlocuteurs dans notre univers.  Aujourd'hui, je pense avoir acquis une certaine reconnaissance en tant qu'experte sur le sujet de la gouvernance dans les stations de sport d'hiver. Ma préoccupation actuelle est de pérenniser ces compétences, cette expertise en poursuivant le travail de terrain, en maintenant une veille sur le développement de ces territoires et surtout leurs enjeux, qui sont autant de questionnements de recherche possible pour demain. Et ceci, en parallèle de mes responsabilités de direction de l'unité de recherche.