Florence Naaim

Florence Naaim, ingénieur chercheur en mécanique des fluides appliquée aux écoulements turbulents de neige, animatrice de l'équipe ALEAS (Géomorphologie, hydrologie et hydrodynamique pour les aléas de montagne) au centre Irstea de Grenoble.

Florence, vous animez une équipe qui travaille sur les risques naturels en montagne, dont les avalanches. Pourriez-vous nous expliquer en quoi cela consiste exactement ?

Les chercheurs de mon équipe s'intéressent à différents types d'écoulements gravitaires, tels que les écoulements torrentiels, les laves torrentielles et les avalanches de neige. Selon la localisation de leur zone d'impact, ces écoulements peuvent induire d'importants dégâts humains et matériels. Nos recherches permettent de comprendre comment sont induits ces écoulements, comment ils s’écoulent puis s’arrêtent et de concevoir ainsi des dispositifs de protection adaptés. Ce sont des études complexes mobilisant de nombreuses disciplines : mécanique des fluides et des solides, rhéologie, hydraulique, hydrologie, statistique, géomorphologie, métrologie, etc. Certains de nos travaux sont menés à l'échelle du grain dans des canaux expérimentaux ou en soufflerie par exemple. D'autres sont conduits à plus grande échelle sur des sites d'altitude, comme l’ORE Draix-Bléone, le torrent du Manival, le canal d'écoulement d'avalanches et le site transport de neige par le vent du col du Lac Blanc ou les sites expérimentaux avalanche du Lautaret et de Taconnaz. Plus concrètement, les résultats de nos études permettent, ou permettront, de concevoir des outils d'aide à la décision pour gérer les risques naturels en montagne. À ces travaux de recherche, s'ajoute un important volet d'expertise au bénéfice des services de l’État et des collectivités territoriales, mais aussi… des industriels et des associations.

Quel a été votre parcours ?

D'un côté, ma formation d'ingénieur à l’École nationale du génie de l'eau et de l'environnement de Strasbourg (ENGEES) complétée par un parcours universitaire à Grenoble m'a apporté de solides connaissances dans le domaine de la mécanique des fluides. De l'autre, comme je suis née en Savoie, j'ai été confrontée dès mon plus jeune âge aux risques naturels en montagne et notamment à celui des avalanches. Tous les ingrédients étaient donc là pour orienter mon parcours professionnel vers ce que je suis aujourd'hui. J'ai intégré le Cemagref (appelé aujourd'hui Irstea) dans les années 90 comme ingénieur dans le domaine de la protection pare congère, puis paravalanche. Dans la foulée, j'ai soutenu une thèse puis une habilitation à diriger la recherche sur les écoulements turbulents de neige (transport éolien et avalanches poudreuses). J'ai très vite été sollicitée pour de l’expertise. Il s’agit d’un travail que nous menons en équipe car les études complexes mobilisent divers spécialistes. Au-delà de notre diagnostic, il y a aussi de gros enjeux.

Dans votre expérience, le statut de femme dans la recherche a-t-il été un atout, une difficulté, ou n’y voyez-vous aucune différence ?

Lors de mon arrivée au Cemagref à la division nivologie, j'étais la seule fille de l'équipe scientifique. Vingt ans après, l'effectif féminin a quadruplé avec quatre femmes parmi la petite trentaine de permanents dans notre unité de recherche grenobloise. Être une femme ne m'a jamais gêné dans mon travail de recherche où j'ai pu sans problème passer du statut d'ingénieur à celui de chercheur puis devenir animateur d'une équipe scientifique. Il faut dire que je suis dotée d’un caractère plutôt trempé et c’est un atout. Parmi les nouvelles recrues, doctorants et contractuels, la parité n'est également pas de mise, puisque là aussi les hommes sont les plus nombreux.   

Dans votre travail y a-t-il un aspect en particulier qui vous motive ? Donne de l’étincelle aux journées ?

Entre l'animation d'une équipe scientifique, les missions d'expertises auprès de divers acteurs, la recherche de financements, l'encadrement de doctorants et la conduite de mes propres recherches, je ne m’ennuie jamais à Irstea. Bien que spécialiste de la neige, mon approche disciplinaire - la mécanique des fluides - me permet d'appréhender d’autres types d’écoulement comme les écoulements hyperconcentrés par exemple. J'ai aussi le sentiment de faire un travail utile à la société. Enfin, j'aime transmettre mon expérience aux autres : diffusion des connaissances vers les bureaux d'étude, écriture de guides techniques et scientifiques, organisation de congrès scientifiques et techniques, accueil de collégiens et de lycéens lors des journées portes ouvertes, animation vers les plus jeunes lors de la fête de la science.