Le compostage : le mode de gestion des biodéchets qui gagne du terrain

Très utilisé en milieu agricole, le compostage est un procédé de traitement des déchets en plein développement, tant par les quantités de déchets traités que par son expansion au milieu urbain. Doté d’une longue expertise du procédé et en écho au contexte règlementaire qui favorise son déploiement, Irstea vise à rendre la filière plus durable et à en faire une composante à part entière d’une gestion des biodéchets basée sur les principes d’une économie circulaire.

Processus de dégradation de la matière organique par les microorganismes (en présence d’oxygène), le compostage aboutit à la production du compost, cette matière riche en  composés fertiles (humus) valorisable par un retour au sol, sans danger pour l’environnement. D’abord appliqué aux déchets agricoles, le procédé est aussi utilisé pour traiter les déchets ménagers et assimilés (fraction organique des ordures ménagères, boues d’épuration, déchets verts) et les déchets agroalimentaires. Parmi ses atouts : sa facilité de mise en œuvre, son coût moins élevé que les autres procédés et la qualité des produits obtenus (stabilité, absence de pathogènes, homogénéité…).

Depuis quelques années, le contexte réglementaire favorise le traitement séparé des déchets organiques, notamment via le compostage. C’est le cas de la loi Grenelle 2 (juillet 2012) qui oblige les gros producteurs à trier leurs biodéchets et de la loi de transition énergétique pour la croissance verte (août 2015) qui prévoit la généralisation aux ménages et entreprises du tri à la source des biodéchets d’ici 2025.

Deux filières de compostage existent en France

  • le compostage centralisé : le territoire compte aujourd’hui plus de 600 centres de compostage (contre 278 en 2000)
  • le compostage de proximité
    - individuel (composteur de jardin ou lombricomposteur en appartement)
    - collectif ou partagé (quartier, pied d’immeuble)

Désormais bien connus, les processus biologiques et les transferts de chaleur mis en jeu dans le compostage ont été optimisés pour améliorer la qualité des composts. Pérenniser le compostage nécessite aujourd’hui de relever de nouveaux défis. Parmi eux : maîtriser les nuisances liées au compostage centralisé et favoriser le déploiement de la filière de proximité. Deux enjeux dont se sont emparés les chercheurs d’Irstea.

Réduire les nuisances des centres de compostage

En 2014, plus de 8 millions de tonnes de déchets organiques (majoritairement issus des déchets municipaux) ont été pris en charge dans les 626 centres de compostage du territoire (Chiffres Ademe 2016). Un compostage à grande échelle qui n’est pas sans conséquence. Lors du compostage, les microorganismes consomment l’oxygène disponible et rejettent du dioxyde de carbone. Sans une oxygénation suffisante, d’autres gaz peuvent être émis comme du méthane et du protoxyde d’azote (des gaz à effet de serre) ou de l’ammoniac (un facteur d’eutrophisation des milieux et un risque pour la santé des opérateurs). Ces émissions gazeuses s’accompagnent aussi d’odeurs. Des nuisances olfactives telles, qu’elles ont conduit à la fermeture de certains centres ces dernières années, suite aux plaintes de riverains, et qu’elles font parfois obstacle à de nouvelles implantations.

Afin d’améliorer l’acceptation sociale, Irstea contribue à mieux maîtriser ces nuisances. Dans le cadre du projet Odeval (2015-2019), les scientifiques cherchent à caractériser ces odeurs, et plus précisément leurs différents composés, selon les déchets pour, à terme, proposer des pistes efficaces pour les atténuer. Parallèlement, ils mettent au point des indicateurs qui permettront prochainement d’intégrer les nuisances olfactives dans l’évaluation de l’impact environnemental du procédé de compostage. Un travail inédit.

Promouvoir le compostage de proximité

Pour accompagner les pouvoirs publics et en particulier les collectivités dans la gestion des biodéchets, Irstea s’est intéressé à la pratique du compostage de proximité à travers différents projets. Après une enquête auprès de citoyens pour mieux comprendre leurs motivations et réticences vis-à-vis du compostage domestique, le projet Eccoval (2010-2013) a abouti à l’élaboration d’un guide proposant aux collectivités des méthodes pour mieux promouvoir la pratique. Irstea a aussi pris part au projet européen Miniwaste (2010-2012) qui visait à réduire à la source la quantité des biodéchets par un changement de comportement (compostage individuel ou collectif, instauré par les collectivités publiques ou privées, prévention du gaspillage alimentaire…). A l’issue du projet, un outil a été créé pour permettre aux collectivités de mieux planifier la gestion des biodéchets, de privilégier les solutions adaptées à leurs territoires et d’en évaluer l’efficacité (quantité de biodéchets détournés par le compostage, évaluation des composteurs collectifs et de la qualité du compost).

Aujourd’hui, en vue de la généralisation du tri à la source des biodéchets d’ici 2025, les solutions de valorisation de proximité s’avèrent plus que jamais nécessaires. En parallèle du déploiement du compostage domestique et de la mise en place d’une collecte séparée, une nouvelle option est actuellement explorée dans le cadre du projet européen Decisive (2016-2020) : la micro-méthanisation. Porté par Irstea, ce projet qui s’appuie sur les études réalisées sur le compostage, vise à mettre au point des solutions technologiques de micro-méthanisation pour proposer une gestion de proximité des déchets, adaptée au milieu urbain et intégrée dans une logique d’économie circulaire. A la clé : un traitement localisé des déchets limitant les impacts environnementaux et la création de nouvelles ressources (compost, biogaz, digestat de méthanisation) immédiatement valorisables.

Des installations de compostage de proximité made in Irstea

A l’origine du premier prototype de composteur pour habitats collectifs, Irstea a conçu, en collaboration avec l’entreprise Emeraude, un composteur collectif modulable qui s’adapte aux besoins des usagers, en milieu rural et urbain. Ce composteur multi-compartiments qui a reçu en 2012 le prix innovation au concours Durabili-Ty, est aujourd’hui utilisé dans des petites structures de restauration (environ 40 composteurs sont vendus par an).

Autre innovation : le pré-fermenteur rotatif. Destiné aux grands producteurs de déchets organiques (restaurations collectives, grandes surfaces…), cet outil en cours de développement a pour objectif de faciliter le brassage des grandes quantités de déchets et, ainsi, la pratique du compostage à la source, en réduisant son coût et en simplifiant sa gestion.

Une étude sociologique sur le compostage urbain

Dans une approche sociologique, une étude* est actuellement menée à Irstea sur l’évolution du regard porté sur la pratique du compostage et sa revalorisation en milieu urbain (pratique du lombricompostage notamment). A partir d’une enquête auprès de « praticiens » du compostage, l’étude propose d’aborder le rapport aux processus impliqués (fabrication de terre ou d’engrais à partir de la décomposition des déchets par les vers et microorganismes), ainsi que la question de la sociabilité créée par la pratique.

* Thèse d’Antoine Mérot, dirigée par Céline Granjou, Irstea Grenoble

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