Irstea et le Cerema accompagnent les collectivités dans la GEMAPI

Précurseur sur les moyens de concilier la gestion des milieux aquatiques et la prévention des inondations, Irstea s’est associé au Cerema dès 2016 pour accompagner des collectivités, dans le cadre d’un appel à partenariat, dans la mise en œuvre de la nouvelle compétence GEMAPI. Bilan d’étape avec l’une des neuf collectivités qui ont souhaité être aidées dans la démarche.

Depuis le 1er janvier 2018, la compétence GEMAPI appartient aux communes et groupements de communes. Cette attribution qui réunit la gestion des milieux aquatiques et la prévention des inondations, auparavant gérées séparément, doit désormais être exercée de manière conjointe, à l’échelle d’un bassin versant1. En 2016, le Cerema et Irstea ont lancé un appel à partenaires en direction des collectivités afin de les accompagner dans cette prise de compétence. Neuf collectivités, représentatives des différents contextes du territoire, sont aujourd’hui impliquées. In fine, ces partenariats doivent permettre de faire émerger des solutions et des outils pertinents et reproductibles à l’échelle nationale. Retour avec Antoine Gourhand, chargé de mission rivière, sur l'expérience en cours avec le syndicat mixte de gestion intercommunautaire du Buëch et de ses affluents (SMIGIBA), l’un des partenariats dans lequel Irstea est tout particulièrement investi.

Pourquoi le SMIGIBA a-t-il répondu à cet appel à partenariat ?

Antoine Gourhand  : Notre motivation première a été de trouver des réponses à nos questions sur l’évaluation coûts/bénéfices des projets relevant de la GEMAPI, et précisément sur les analyses multicritères (AMC)2qui doivent être produites pour qu’un projet soit éligible au financement des programmes d’actions de prévention des inondations (PAPI)3. Pour un territoire rural, peu peuplé et, de surcroît, de montagne, comme le nôtre, ces évaluations s’avèrent très compliquées à mettre en œuvre. Nous étions donc particulièrement intéressés de pouvoir travailler avec les chercheurs d’Irstea pour qu’ils nous aident à adapter les outils d’évaluation, et notamment les AMC, aux spécificités de notre territoire.

Pouvez-vous expliquer comment Irstea vous a concrètement accompagné ?

Antoine Gourhand : Les analyses multicritères consistent à étudier le coût d’un projet et les dégâts qu’il permet d’éviter. Dans les secteurs ruraux, les projets sont souvent peu rentables si on s’en tient aux indicateurs classiques, essentiellement monétaires. À partir d’un projet concret (restauration d’un grand endiguement très dégradé pour lequel plusieurs scénarios de travaux sont à l’étude), notre travail avec Irstea a consisté à définir de nouveaux indicateurs - hydromorphologiques et socio-environnementaux - permettant d’évaluer d’autres impacts du projet (sur le fonctionnement du cours d’eau, la faune et la flore…). Les chercheurs d’Irstea ont ensuite développé une méthode pour agréger et comparer l’ensemble des indicateurs - nouveaux et classiques -, et ainsi intégrer les différents impacts. Bien que testé à titre expérimental pour le moment, l’outil auquel nous avons abouti nous sera très utile. Il va nous permettre d’alimenter les décisions de nos élus sur la base d’informations scientifiquement validées et plus complètes, mais aussi d’argumenter objectivement les projets vis-à-vis des riverains et du grand-public d’une part et des partenaires financiers d’autre part.

Le partenariat visait-il à vous aider sur d’autres problématiques ?

Antoine Gourhand : Oui, notre collaboration se poursuit sur deux autres volets : le premier vise à nous aider à développer un système de surveillance et d’alerte aux inondations à l’échelle du bassin versant. Après la phase de diagnostic et d’inventaire en cours, Irstea nous aidera à définir un programme d’équipement adapté aux spécificités de notre territoire (définition des seuils d’alerte aux populations, des outils de suivi en rivière…) et cohérent avec la réorganisation imposée par la GEMAPI. Le second repose sur une analyse technique de l’ensemble des ouvrages de protection de génie végétal que nous avons mis en place. L’enjeu est de mieux connaître les limites de résistance de ces ouvrages lorsqu’ils sont soumis à des contraintes fortes, comme c’est le cas dans nos rivières de montagne. Les résultats doivent contribuer à l’élaboration d’un guide spécifique à la gestion de ces ouvrages en rivières de montagne.

Pour vous, quels sont les atouts de ce partenariat avec Irstea ?

Antoine Gourhand : Concernant nos interrogations sur les méthodes d’évaluation des projets, notre exigence en tant que gestionnaires de terrain était d’aboutir à un outil opérationnel, que nous puissions exploiter nous-mêmes, sans avoir à recourir à des experts ou des études couteuses. En cela, l’outil développé avec Irstea a parfaitement répondu à notre attente.

D’une manière plus globale, ce partenariat nous permet de bénéficier d’une rigueur scientifique, d’une prise de recul (variétés des situations étudiées par Irstea) et d’une vision pluridisciplinaire sur nos problématiques de terrain. À la différence d’un travail externalisé auprès d’un bureau d’étude comme nous le faisons régulièrement, ce partenariat s’est révélé être un vrai travail collaboratif, particulièrement pertinent pour tirer profit de nos exigences mutuelles : pragmatisme et rapidité inhérents à la gestion de terrain, et rigueur scientifique de la recherche.

En savoir plus

 


1 - Un bassin versant est un espace géographique délimité par les lignes de relief les plus hautes et qui draine chaque goutte d’eau qu’il reçoit vers un exutoire, un cours d'eau ou la mer.

2 - L’analyse « multicritères » désigne généralement un ensemble de méthodes permettant d’agréger plusieurs critères avec l’objectif de sélectionner une ou plusieurs actions, d'aider au diagnostic et, plus généralement, de faciliter la prise de décision stratégique ou opérationnelle. Source : Ministère de l'Économie et des Finances.

3 - Outil opérationnel de la stratégie nationale de gestion du risque inondation.