Changement climatique et sécheresse : quelle gouvernance de l’eau ?

Sécheresse, manque d’eau et changement climatique dans le Nord-Ouest de l’Europe : comment s’y préparer ? Une problématique à laquelle le projet européen DROP s’est intéressé en combinant habilement stratégies de gouvernance et solutions techniques au service des opérateurs locaux de l’eau.

Dans le contexte du changement climatique, les simulations des modèles indiquent une tendance à l’accentuation des  phénomènes extrêmes (inondations et sécheresses). Il est donc urgent de se préparer à plus d’eau en période pluvieuse, mais aussi à moins en période sèche, avec des étiages plus sévères et plus fréquents. Les phénomènes de manque d’eau et de sécheresses préoccupent de plus en plus les pouvoirs publics ainsi que la société.

En Europe, ils ne concernent plus uniquement les régions méditerranéennes, mais aussi les autres régions où les pressions sur les usages de l’eau se font déjà sentir. Ainsi en 2007, 11 % de la population européenne et 17 % du territoire de l’Union Européenne ont été touchés par les sécheresses. Un risque qui reste pourtant caché, invisible, dans certaines régions : les pays de l’Europe du Nord-Ouest, par exemple, disposent souvent de stratégies de prévision des inondations, mais pas d’équivalent pour l’adaptation à la sécheresse ! Et au contraire des crues, il est encore difficile de quantifier le coût des étiages et l’impact du changement climatique sur celles-ci.

Le projet européen DROP montre que la problématique de la sécheresse et du manque d’eau exige des solutions techniques (infrastructures, aménagements des barrages, outils de surveillance et de modélisation, etc.), mais aussi, et surtout, un dispositif de gouvernance efficace. Une question se pose alors : les gouvernances de l’eau existantes sont-elles suffisantes pour faire face aux  problématiques de sécheresse à venir ?

FICHE D’IDENTITÉ DU PROJET

  • DROP – benefit of governance in DROught adaPtation
  • Projet Interreg IVB NWE 2013-2015
  • 11 partenaires : 6 agences régionales de l’eau & 5 institutions scientifiques (Pays-Bas, Angleterre, Belgique, Allemagne et France)
  • Objectif : mieux préparer les régions du Nord-Ouest de l’Europe à faire face aux périodes de sécheresse et de manque d’eau en développant des stratégies de long terme.
  • 2 volets : mesures d’adaptation techniques (6 sites pilotes) & évaluation des modèles de gouvernance
  • Irstea dans le projet DROP : membre de l’équipe internationale et pluridisciplinaire d’analyse de la gouvernance / volet technique avec une thèse menée sur le site pilote en Bretagne (barrage d’Arzal)
  • Chercheurs impliqués : Maria-Helena Ramos, Carina Furusho, Louise Crochemore et Charles Perrin (centre Irstea d’Antony)
  • Site officiel : http://www.dropproject.eu/
  • Publication : télécharger gratuitement l'ouvrage issu du projet concernant la gouvernance.

Zoom sur la région Bretagne

Même en Bretagne, la problématique du manque d’eau doit être discutée et envisagée ! "La bruine et les hivers persistants ne nous préservent pas des sécheresses", peut-on d’ailleurs lire dans l’un des manuels pratiques du projet. Les situations d’étiage existent et risquent d’être plus fréquentes. Il est nécessaire de limiter les prélèvements d’eau et d’optimiser l’usage de la ressource.

Port sur la Vilaine © DROP GTParmi les 6 sites pilotes du projet figure le barrage d’Arzal, situé sur l’estuaire du bassin de la Vilaine [1] – l’un des rares barrages estuariens du monde. L’ouvrage a été construit pour prévenir les risques d’inondation en amont et réguler la réserve d’eau douce (qui alimente la région en eau potable), contrôlée plus particulièrement pendant les périodes d’étiage. Mais l’IAV (l’Institution d’Aménagement de la Vilaine, en charge de la gestion du barrage) est confrontée à plusieurs problèmes, dont la pénétration de l’eau de mer et la gestion du réservoir pendant la saison d’étiage.

Evacuer l’eau salée grâce à un siphon engendre des pertes d’eau douce, ce qui peut être problématique en période de sécheresse durable. Solution : limiter l’utilisation de l’écluse pendant l’été - période où la circulation des bateaux est la plus intense et les niveaux les plus bas : "Des conflits et hiérarchies d’usage sont amenés à évoluer et à s’intensifier", précise Aldo Penasso, de l'IAV (institution également partenaire du projet DROP). Comment faire alors pour garantir un niveau d’eau adéquat dans le réservoir et répondre à tous ces défis ?

Une évaluation de la gouvernance de l’eau (centrée ici sur l’approvisionnement en eau potable) a ainsi été menée auprès des acteurs locaux du site d’étude, gestionnaires comme usagers, avec des visites de terrain et entretiens. Des scientifiques d’Irstea ont participé à ces échanges, apportant leur regard d’hydrologues. Mais qu’appelle-t-on gouvernance ?

Une faible conscience des risques de sécheresse, par rapport aux risques d’inondation, est très vite apparue. "Cela se comprend : la Bretagne est une région humide, dont la dernière grosse sécheresse remonte à 1976 alors que d’importantes crues se sont produites début 2014, explique Maria-Helena Ramos, chargée de recherche à Irstea. Mais le sujet du changement climatique et de ses impacts commence à être discuté, et devrait notamment intégrer les discussions de la Commission locale de l’eau", bien que pour Aldo Penasso, ce ne soit pas encore perçu comme "une priorité"à l’échelle du bassin de la Vilaine.

Point positif : la gouvernance de l’eau existante se révèle suffisamment efficace pour mettre en œuvre des mesures d’adaptation à la sécheresse qui pourront s’appuyer sur une perception du risque augmentée. La mise en place d’un groupe de discussion est recommandée pour aborder ces problématiques ; "il existe déjà un bon réseau d’acteurs de gestion de l’eau, il ne reste qu’à le faire évoluer vers les problématiques spécifiques des sécheresses", souligne Maria-Helena Ramos.

La problématique de la sécheresse et du manque d’eau ne doit ainsi plus se limiter à la simple gestion de crise, mais bien s’inscrire dans une gestion intégrée de l’eau et des risques afin de renforcer la préparation et la résilience des territoires.

Volet technique

Parallèlement, Irstea développe un modèle de gestion du barrage d’Arzal en collaboration avec l’IAV. Dans le cadre de sa thèse à Irstea, Louise Crochemore travaille à intégrer un modèle de prévision d’étiages à un modèle de gestion de l’eau dans le but d’optimiser l’usage de la ressource disponible dans le réservoir.

L’outil transforme les scénarios météorologiques futurs concernant le bassin de la Vilaine en afflux hydrologiques en amont du barrage. Ensuite, il traduit les informations du modèle de prévision hydrologique en une représentation graphique du risque de sécheresse. A l’horizon, un précieux outil d’anticipation aux situations de sécheresse et d’aide à la décision pour les gestionnaires du barrage. > Vidéo

 

Télécharger gratuitement l'ouvrage issu du projet concernant la gouvernance.

En savoir plus

[1] Le bassin couvre une zone d’environ 10 000 km2. Son réservoir représente une réserve d’eau douce de 50 millions de m3 et approvisionne environ 1 000 000 de personnes (population locale et touristes) pendant l’été.