Changement climatique. Quel avenir pour l’axe Garonne-Gironde ?

Les fleuves et estuaires sont impactés par le changement climatique. Il est encore temps d’agir : les chercheurs ont ainsi imaginé 4 stratégies d’adaptation de la zone Garonne-Gironde, dans le cadre du projet de recherche ANR Adapt’eau. Des scénarios et futurs possibles proposés aux acteurs régionaux.

C’est à l’échelle des territoires et des écosystèmes que les effets du changement climatique sont les plus sensibles et qu’il faut dès aujourd’hui imaginer les programmes d’adaptation.

En France, la zone Garonne-Gironde, principal axe fluvial du Sud-Ouest, est exposée à des épisodes de crues, de submersions et d’étiages de plus en plus fréquents et sévères. Ces territoires, appelés Environnements fluvio-estuariens (EFE), sont particulièrement vulnérables aux impacts du changement climatique du fait de leurs multiples fonctionnalités socio-économiques et environnementales (agriculture, industrie, tourisme, pêche…) et de leur attractivité. Quelles options s’offrent alors aux acteurs du territoire ?

FICHE D’IDENTITÉ DU PROJET

  • Adapt’eau - Adaptation aux variations des régimes hydrologiques (crues-étiages) dans l’environnement fluvio-estuarien de la Garonne-Gironde
  • Projet ANR 2011-2015 (ANR-11-CEPL-008)
  • 9 partenaires : Université de Bordeaux, Université de Toulouse, Inria, CNRS : EPOC, GREThA, GEODE, CERTOP, EcoLab-ENSAT-INPT.
  • Objectif : faire émerger des stratégies adaptatives capables d’anticiper les défis des changements globaux posés aux territoires fluvio-estuariens.
  • Terrain d’étude : le continuum fluvio-estuarien de la Garonne-Gironde.
  • Irstea dans le projet Adapt'eau : coordination.
  • Site officiel : http://www.adapteau.fr/

4 avenirs possibles pour l’axe Garonne-Gironne

Construire des scénarios d’évolution du territoire fluvio-estuarien à l’horizon 2050 ne s’improvise pas : le projet Adapt’eau a fait appel à des disciplines aussi diverses que la modélisation hydrologique et climatique, l’écologie (biodiversité), la géochimie (contaminants métalliques), l’économie, la géographie ou encore la sociologie (gouvernance et représentations du continuum Garonne-Gironde). Scientifiques et acteurs locaux ont travaillé de concert. Pour Denis Salles, sociologue au centre Irstea de Bordeaux et coordinateur du projet, "outre l’aspect local et l’adaptation, le projet repose bien sur ces 2 principes : faire ‘tenir’ ensemble des savoirs relevant de disciplines diverses et traduire ces savoirs en pratique".

4 scénarios ont été construits dans lesquels les options d’adaptation au changement climatique, les modes de gouvernance et de gestion de l’eau, le fonctionnement de l’écosystème et les dynamiques sociales varient de façon contrastée. "Il s’agit d’une palette de futurs possibles où l’on voit bien qu’il n’y a pas UNE réponse à l’adaptation, tout comme il y a plusieurs enjeux à prendre en compte", souligne Benoît Labbouz, post-doctorant Adapt’eau à Irstea.

Scénario n°1 / "Tout bouge, mais rien ne change" : consiste à prolonger la politique actuelle (étalement urbain, agriculture intensive) et conduit à une baisse du débit et un milieu fortement dégradé. Le changement climatique n’est toujours pas considéré comme un enjeu central sur le territoire.

Réactions d’acteurs du territoire au scénario : "Aujourd’hui, le changement climatique est un non-sujet pour certains décideurs locaux." / "C’est le scénario avertissement, le scénario ‘carton jaune’ vers lequel nous allons aujourd’hui."

Enjeux soulevés : la meilleure prise en compte des populations qui vivent en zones rurales ou encore la mise en œuvre d’une politique climatique (internationale, nationale, locale)…

Scénario n°2 / "Puisqu’il faut de l’eau" : considéré uniquement sous l’angle de la ressource en eau, le milieu est totalement anthropisé et sa qualité écologique très faible.

Réactions d’acteurs du territoire au scénario : "Ce scénario est assez inquiétant." / "Ce scénario s’appuie sur la réalité actuelle de la filière agro-industrielle."

Enjeux soulevés : la meilleure prise en compte des conflits d’espace et d’usages de la ressource, l’urbanisation et l’imperméabilité des sols ou encore le devenir de l’estuaire dans sa globalité et la solidarité et cohérence amont/aval.

Scénario n°3 / "L’Environnement fluvio-estuarien apprivoisé par et pour ses métropoles" : envisage une adaptation concertée au changement climatique… par et pour les métropoles. Aménagé pour le tourisme et les loisirs, le milieu voit sa qualité écologique maintenue artificiellement.

Réactions d’acteurs au scénario : Un scénario "soft sur le changement climatique." / "Les mentalités aujourd’hui ne sont pas prêtes pour la solidarité territoriale de ce scénario."

Enjeux soulevés : la question des inégalités et des solidarités territoriales, les moyens pour articuler urbanisation/poids des métropoles/diminution des pollutions…

Scénario n°4 / "Une voix pour l’écosystème" : envisage une prise de conscience des enjeux du changement climatique et un pilotage local et collectif des adaptations. Face à de fortes variations hydrologiques, l’écosystème délibérément peu aménagé, connaît de nouvelles dynamiques écologiques.

Réactions d’acteurs au scénario : "C’est le scénario du local, des logiques de proximité." / "Il nécessite une révolution culturelle, un changement des modes de vie et de consommation."

Enjeux soulevés : soutenir les activités alternatives dans les petites communes, articulation "eau-énergie-climat" dans les politiques publiques, entretien et maintien de la connectivité des zones humides…

Habitants et acteurs de l’estuaire et de la Garonne (agriculteurs, élus, associations, représentants des services déconcentrés de l’Etat, etc.) ont été réunis lors d’ateliers afin de leur présenter ces scénarios et de lancer une discussion sur cette question d’adaptation. "L’idée n’était pas de présenter un scénario idéal ou encore d’obtenir un consensus, mais bien d’identifier et de mettre en débat les différents enjeux", souligne Benoît Labbouz.

Le dialogue est engagé. Aux acteurs des territoires de s’approprier ces futurs et d’en discuter collectivement afin de construire une vision partagée du continuum Gironde-Garonne.

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