Digues de protection contre les inondations : l’expertise Irstea au cœur de la communauté internationale

Xynthia en France, Katrina et tout récemment Harvey aux Etats-Unis, les exemples d’évènements climatiques ayant causé de dramatiques inondations ne manquent pas ces dernières années. Point commun de ces évènements : ils ont rappelé l’importance des dispositifs de protection que sont les digues. En réponse à cette prise de conscience partagée par de nombreux pays du monde, une instance spécifiquement dédiée aux digues vient d’être créée au sein de la Commission internationale des grands barrages (CIGB). A sa tête : Rémy Tourment, ingénieur-chercheur spécialiste des digues et des barrages à Irstea. Interview en 3 questions.

La commission internationale des grands barrages (CIGB) ou International commission on large dams (ICOLD) a été fondée en 1928, quel est aujourd’hui son rôle ?

Rémy Tourment : La CIGB est une organisation internationale qui regroupe une centaine de pays membres, chacun étant représenté par un comité national lui-même composé de personnes compétentes sur les problématiques liées aux barrages (ingénieurs, techniciens, chercheurs appartenant à des bureaux d’études, des universités ou des entreprises de construction, propriétaires et gestionnaires d'ouvrages, représentants des ministères ou des organismes en charge de la réglementation et du contrôle). La CIGB vise à garantir la sécurité, l’efficacité, l’optimisation des coûts, la protection de l’environnement et l’équité sociale dans la construction et la gestion des barrages. Concrètement, elle établit et publie régulièrement des recommandations de bonnes pratiques lesquelles, si elles n’ont pas valeur réglementaire, font figure de règles de l’art pour les professionnels du domaine. Elle organise aussi des manifestations (congrès, colloques…) pour favoriser la diffusion et l’échange des connaissances.

En juillet, la CIGB a créé un comité technique consacré aux digues. Pourquoi est-il apparu important aux yeux de la communauté internationale que ces ouvrages devaient faire l’objet de la même attention que les barrages ?

R.T. : En France, comme dans de nombreux pays dans le monde, des milliers de kilomètres de digues ont été construits au fil des siècles, mais ces ouvrages, dont certains datent du Moyen-Age, ont été tout simplement oubliés. Il a fallu que des inondations d’intensité exceptionnelle aux conséquences catastrophiques viennent rappeler leur rôle et la nécessité de les entretenir. De tels évènements, aggravés par des ruptures de digues, se sont succédés ces vingt à trente dernières années, comme aux Etats-Unis lors de l’ouragan Katrina de 2005 ou en France lors des crues récurrentes du Rhône survenues entre 1993 et 2003 ou lors de la tempête Xynthia de 2010.

De nombreux pays ont simultanément pris conscience de l’importance de ces ouvrages de protection et du risque associé. Les communautés scientifiques et professionnelles se sont dès lors mobilisées. Cette mobilisation s’est traduite par la prise en charge de la problématique des digues par de nombreux comités nationaux dont celui de la France, le Comité français des barrages et réservoirs (CFBR). Mais aussi par une forte coopération internationale que ce soit au niveau européen, à travers des projets de recherche comme FloodSite et FloodProbe ou la constitution du groupe de travail européen sur les digues ou, à l’échelle internationale, par l’élaboration du premier guide de référence sur la gestion et la conception des digues (International Levee Handbook - ILH) publié en 2013. Suite logique de ces actions, la création du comité technique sur les digues au sein de la CIGB vient structurer et pérenniser le travail initié par cette communauté.

En tant que président de ce nouveau comité technique, quels seront les premiers grands chantiers que vous animerez ? Et les prochains rendez-vous importants ?

R.T. : Deux grands chantiers seront prochainement mis en route : réaliser un état des lieux de la situation des digues (inventaire, risque, règlementation…) dans les différents pays membres afin de disposer d’une vision d’ensemble et, par ailleurs, effectuer un travail comparatif des données sur les barrages et les digues (identification des similitudes et différences) ; l’objectif est de répertorier les connaissances et recommandations établies pour les barrages qui sont transférables aux digues et, si besoin, de définir les axes spécifiques à étudier sur les digues. Les premiers résultats de ces travaux seront présentés dès 2018 lors du congrès triennal de la CIGB à Vienne, en Autriche. Et pour la suite ? Rendez-vous est pris pour le congrès de 2021 qui se tiendra en France, à Marseille, et sera organisé par le CFBR, avec le concours d’Irstea.

Consulter le site internet de la CIGB

Consulter le site du groupe de travail du club européen de la CIGB

Consulter le site du Comité français des barrages et réservoirs (CFBR)

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