Irstea, acteur de la gestion des réseaux d’eau potable en France

Le 29 août, à l’issue de la 1ère phase des Assises de l'eau, 17 mesures étaient annoncées pour accompagner la rénovation des réseaux d’eau à l’échelle nationale. Contributeur de ces Assises, Irstea poursuit sa mission d’appui aux pouvoirs publics en apportant son expertise pour une gestion durable de ces infrastructures et alimente la réflexion sur les évolutions nécessaires face aux changements globaux. Trois questions à Eddy Renaud, responsable de l'équipe Gestion patrimoniale des infrastructures liées à l’eau, à Bordeaux.

Quelle est la situation des réseaux de distribution d'eau potable en France, situation qui a amené à la tenue des Assises de l'eau ?

 

Eddy Renaud : Les réseaux d’eau potable ont été installés progressivement en France entre la fin du XIXe siècle et la seconde moitié du XXe. Ce maillage d’environ 1 million de kilomètres de tuyaux représente aujourd’hui une valeur importante, estimée à 80 % du patrimoine totale des infrastructures liées à l’eau potable. L’enjeu initial d’accès universel à l’eau a laissé la place à celui de la sécurisation des réseaux et du maintien de leurs performances (qualité sanitaire de l’eau, continuité du service, préservation de l’environnement urbain et naturel). Dès lors, la gestion de ce patrimoine s’avère particulièrement compliquée, d’abord du fait du peu d’informations disponibles sur l’état de vieillissement des réseaux qui sont enterrés et donc difficiles à inspecter. Autre difficulté : une situation hétérogène à l’échelle nationale avec, selon les contextes, des problèmes variés tels que des casses de canalisations et des fuites à l’origine de pertes importantes, des pollutions liées aux matériaux (CVM1, substance cancérigène, libéré par certains vieux tuyaux en PVC), mais aussi des problèmes liés aux contextes territoriaux, comme l’impossibilité pour certaines collectivités rurales de financer les travaux de rénovation.

 

Spécialisé dans les questions de gestion des infrastructures liées à l’eau depuis plus de 30 ans, Irstea met son expertise et ses résultats de recherche au service des acteurs de l’eau. De quelle manière cela se traduit-il ?

Eddy Renaud : Nous menons régulièrement des travaux en partenariat avec des acteurs socioéconomiques publics et privés (entreprises, collectivités, agences de l’eau…) qui nous conduisent à développer des outils opérationnels pour répondre à leurs besoins. C’est ainsi que nous avons conçu, par exemple, le logiciel Casses qui permet de hiérarchiser les tronçons de canalisation selon leur risque de défaillance futur, ou le logiciel Porteau qui modélise le transport de l’eau, de ses composants et des éventuels contaminants. Ces outils qui permettent de prioriser les travaux à court terme sont aujourd’hui largement utilisés par les collectivités, les bureaux d’étude et les gestionnaires, en France comme à l’étranger.

Nous sommes par ailleurs sollicités par l’état et le ministère de l’écologie pour des consultations, comme dans le cas des Assises de l’eau où nous sommes intervenus dans plusieurs groupes de travail, ou encore pour des missions d’expertise, comme celle en cours en Guadeloupe sur le plan d’actions prioritaires pour lutter contre les coupures d’eau. En collaboration avec l’AFB et l’Astee, nous avons aussi produit des guides destinés à aider les collectivités à répondre au dispositif réglementaire de réduction des pertes d’eau2 (loi Grenelle 2 de l’environnement). Un travail qui se poursuit actuellement par l’élaboration d’un troisième guide qui fournira des recommandations pour optimiser la lutte contre les pertes dans le but d’économiser la ressource en eau (à paraître en 2019).

Comme dans bien d’autres secteurs, la gestion des réseaux d'eau devra s’adapter aux changements globaux en cours. Quels seront les futurs enjeux et comment Irstea anticipe ces évolutions ?

Eddy Renaud : Si la gestion des réseaux d’eau a longtemps été abordée dans une logique de court terme, elle s’inscrit de plus en plus dans une vision à long terme. La question est désormais d’évaluer les investissements nécessaires pour maintenir durablement le niveau de performance des réseaux. Dans ce contexte, nous menons un projet qui vise à optimiser nos modèles de prévision des fuites et de la qualité de l’eau (meilleur suivi des CVM notamment) à l’aide de pilotes expérimentaux, et à les associer à des méthodes d’analyses coût-bénéfice. Ce projet3aboutira à la conception d’outils d’aide à la décision, dont une plateforme logicielle, qui aideront les acteurs à élaborer des stratégies de gestion plus pertinentes et durables.

L’approche à long terme impose par ailleurs la prise en compte des changements globaux : climat, démographie, occupation des territoires... De ces évolutions, émergent des enjeux liés à la disponibilité de la ressource en eau (plus elle se raréfiera, plus les réseaux devront être étanches) ou à la conception et à la localisation des réseaux (les déplacements de populations et les risques associés aux évènements climatiques extrêmes impliqueront des adaptations, voire des reconfigurations des infrastructures). À Irstea, nous travaillons déjà à intégrer ces nouvelles donnes ; nous étudions par exemple comment ces changements vont impacter les besoins des usagers et les modes de gouvernance des services des eaux4. Ces travaux contribueront à construire des stratégies pour reconfigurer les réseaux, et leurs modalités de gestion, et les adapter aux besoins futurs.

En savoir plus

1- Chlorure de vinyle monomère
2- Réduction des pertes d’eau des réseaux de distribution d’eau potable - Guide pour l’élaboration du plan d’actions. Volume 1 (2014), Volume 2 (2017).

3- Projet Renouvellement orienté des canalisations - ROC (2018-2022). Financement FEDER, Agences de l’eau Adour-Garonne et Loire-Bretagne, ARS Nouvelle Aquitaine.
4- Projet Chapeau (2017-2020). Financement : Région Nouvelle Aquitaine, Agence de l’eau Adour-Garonne.