Risque inondation : les habitants passent à l’action

1 français sur 4 est exposé au risque inondation. Pour y faire face, les particuliers peuvent prendre des mesures préventives en modifiant leur logement notamment. Connaitre leurs motivations est alors crucial pour encourager ces actions. Une enquête Irstea menée auprès de ménages du Var et de l’Aude, respectivement touchés par des inondations en 1999 et en 2010, identifie leviers et freins à l’adaptation, pour accompagner élus et gestionnaires dans la mise en place de stratégies de prévention.

Les inondations exceptionnelles dans les départements de l’Aude en novembre 1999 et du Var en juin 2010, responsables de 47 morts et environ 1,5 milliards d’euros de dégâts, ont induit de nombreuses actions publiques (construction d’ouvrages de protection, reconstruction d’infrastructures, etc) pour éviter de futurs dommages. Au-delà de ces mesures, comment les habitants se sont adaptés et quels en ont été les moteurs ? Une question au cœur d’une enquête[1] menée par Claire Richert et Katrin Erdlenbruch du centre Irstea de Montpellier, auprès de 331 ménages de 12 communes concernées par ces inondations. 2 types d’actions préventives sont privilégiées :

  • Adapter l’habitat   

Plus de ¾ des personnes interrogées disposent d’au moins une mesure de protection pour réduire la vulnérabilité de leur maison aux inondations. C’est par exemple surélever les installations électriques ou chaudières (pour 45% des répondants), surélever la maison ou le plancher (44%) ou encore installer les pièces principales à un étage supérieur (33%).

  • Adopter des comportements appropriés

En cas d’alerte météorologique, 3 principaux types de comportements préventifs sont adoptés: consulter la météo plusieurs fois par jour (pour 64%), éviter de prendre sa voiture (60%), et mettre ses biens de valeur, tels que ses papiers, en sécurité (55%). Comment expliquer alors le passage à l’action ?

L’expérience du risque, 1er facteur de l’adaptation individuelle aux inondations

Les habitants sont majoritairement conscients de l’exposition de leur commune au risque et s’en inquiètent (55%). Certains estiment de plus, qu’une inondation majeure aura probablement lieu d’ici 20 ans (30%).  Cette perception du risque a un effet positif sur l’intention d’adopter une mesure préventive. Des facteurs socio démographiques, comme le niveau d’éducation ou le fait d’être propriétaire, semblent aussi favoriser l’intention de s’adapter.  Parmi les raisons qui ont incité à l’action, on note :   

  • L’expérience du risque : près de la moitié des personnes ayant vécu l’une des 2 inondations exceptionnelles a installé au moins une mesure de protection dans son logement et 1/3 a adapté ses comportements suite à cet événement.
  • Les interactions avec l’entourage ont également encouragé 16% des ménages à modifier leur habitat et 9% leurs comportements.
  • Enfin, si les conseils des pouvoirs publics ont favorisé des comportements préventifs (pour 14% des ménages), seuls 6% des répondants ont adopté des mesures de protection pour cette raison.

D’autres facteurs ont, au contraire, freiné l’adaptation. Des mesures jugées inefficaces, comme les batardeaux[2], ont ainsi été délaissées par certains ménages. La perception de la gestion du risque inondation par les pouvoirs publics joue aussi un rôle essentiel. Des entretiens menés auprès de particuliers dans l’Aude[3] ont montré qu’une insatisfaction de l’accompagnement post-catastrophe par les pouvoirs publics, a ralenti l’adaptation chez certaines personnes. C’est le cas d’un habitant inscrit dans la procédure Résorption de l’habitat Insalubre (RHI) proposée après l’inondation de 1999, et dont l’emménagement en zone non inondable fut repoussé en raison de la lenteur de la procédure.

En appui aux politiques publiques, ces résultats préconisent d’accompagner, notamment lors de la phase de réajustement (période qui suit une inondation), les habitants souhaitant se protéger. En effet, la perception de la menace est bien plus élevée à cette période. Autre piste: informer et conseiller davantage les ménages sur les mesures visant à adapter l’habitat, puisque peu d’actions de ce type ont été adoptées dans la région, suite aux conseils des pouvoirs publics. La prochaine étape pour Claire Richert et ses collègues consiste à analyser et comparer l’efficacité des différentes mesures privées, pour des stratégies optimales de prévention du risque.

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Consultez les pages de l'unité de recherche Gestion de l'eau, acteurs, usages (G-EAU) et du centre de Montpellier


[1] Enquête menée entre le 16 juin et le 25 juillet 2015, dans le cadre du projet RETINA, Résilience des territoires face à l’inondation : pour une approche préventive par l’adaptation post évènement, 2014-2016, coordonné par Frédéric Grelot, chercheur à Irstea.

[2] Cloisons amovibles équipés de joints étanches

[3] Entretiens individuels conduits entre mai et novembre 2014 dans l’Aude, auprès d’une majorité de personnes ayant vécu l’inondation de 1999