Un prix pour une thèse sur l'efficacité d'une zone humide artificielle dans la dissipation des pesticides

Élodie Passeport, jeune docteure de l'AgroParisTech/Inra a mené ses recherches à HBAN. Le Groupe Français des Pesticides lui a remis le prix Phytopharma le mercredi 30 mai pour ses travaux lors de son congrès annuel tenu cette année à Poitiers. Il s'agit d'un prix qui récompense les meilleures thèses sur une thématique concernant les produits phytosanitaires.

Désormais, post-doctorante à l'université de Californie à Berkeley (États-Unis), Élodie y conduit des recherches sur l'élimination du Sélénium à travers une zone humide artificielle et un bassin d'algues. Ce prix était l'occasion de revenir sur ces travaux en France mais aussi de recueillir ses impressions sur son nouvel environnement de travail.

Vous venez de recevoir le prix Phytopharma pour votre thèse sur "l'Efficacité d'une zone humide artificielle et d'une zone tampon forestière pour dissiper la pollution par les pesticides dans un bassin agricole drainé." Quelle est selon vous la portée de ce prix en général et pour vos recherches en particulier ?

Il s'agit d'un prix décerné par le Groupe Français des Pesticides, qui réunit des scientifiques et des industriels. Le prix est remis lors du congrès annuel regroupant la communauté de chercheurs francophones travaillant sur les pesticides. Pour moi, c'est bien sûr une reconnaissance du travail effectué et cela ne peut être que bénéfique pour mes candidatures sur des postes de chercheurs ou maître de conférence, en Europe, et en particulier en Amérique du Nord où les "Awards" comptent beaucoup.

À mon sens, c'est une reconnaissance du travail fait, certes, par le doctorant (moi), mais aussi, par les encadrants, au sens large. Je n'aurai jamais fait une "bonne" thèse sans Julien Tournebize (Irstea, mon encadrant principal), Yves Coquet (AgroParisTech/INRA, mon directeur de thèse), et ceux qui m'on aidé énormément à mettre en place les expérimentations (en particulier Cédric Chaumont et Angéline Guenne (Irstea)).

Un prix est également le reflet d'un environnement de travail propice aux recherches, et en ça, HBAN était clairement un lieu de travail idéal !

Votre thèse porte sur un sujet qui traite d'une question scientifique d'importance pour la société actuelle. D'ailleurs, les visites de la mare de Rampillon, lors des journées de l'ingénierie écologique du 3 et 4 juin, ont montré tout l'intérêt que le public y porte. Quelles suites peuvent-être données aux résultats de vos recherches ?

Je pense qu'on a pu mettre en avant un "potentiel" de ces "systèmes d'ingénierie écologique", ou "zones tampons", pour dissiper la pollution par les pesticides. Ma thèse faisait partie d'un projet européen LIFE[1], nommé ArtWET, à la suite duquel les participants du projet ont rédigé un guide technique (indiquant où et comment mettre en place ces systèmes) et un guide économique. Mais on a aussi ouvert de nombreuses questions de recherche qui restent à élucider :

  • mis à part l'adsorption (partiellement réversible) des pesticides, quels sont les mécanismes de dégradation préférentiels gouvernant la dissipation des pesticides ?
  • Quel est le devenir des métabolites ?
  • Comment choisir le temps de rétention hydraulique idéal pour garantir une bonne efficacité ?
  • Quelle maintenance faire ? etc.

On a répondu à certaines de ces questions pour quelques molécules, or, les pesticides comptent un très grand nombre de molécules qui se comportent différemment. Les travaux futurs devront se focaliser sur ces questions et sur les molécules d'intérêt pour assurer la qualité des eaux. J'espère que je ne donne pas trop l'impression qu'il reste tout à faire!

Non, pas du tout. De toute manière les chercheurs d'HBAN continuent à travailler sur le sujet, n'est-ce pas ?

Oui ! Et j'en suis bien contente ! Ils ont ce grand site à Rampillon, puis il y a eu une thèse en ingénierie écologique dans l'équipe Tapahs de Jérémy Pulou, sur le suivi d’une zone humide (cressonnière), pour limiter le transfert des nitrates.

Ce qui m'amène à un autre sujet, vous poursuivez vos recherches à l'université de Berkeley aux États-Unis, dans le cadre d'un post-doctorat. Quel regard portez-vous sur vos études en France et aux États-Unis?

Ici, il y a une très forte compétition entre étudiants pour aller dans les meilleures universités, mais aussi au niveau des enseignants. Les jeunes professeurs, avant leur titularisation éventuelle au bout de 5 ans, sont en permanence sous pression.

Personnellement, je préfère le système de recherche français, qui fonctionne autour d'un grand laboratoire ou d'une grande "équipe" ou "unité" comme "Tapahs" ou "HBAN". Plusieurs chercheurs, et surtout des ingénieurs et des techniciens y travaillent ensemble et ont des compétences complémentaires.

Ici, chaque nouvel enseignant (Assistant Professor) monte son laboratoire tout seul. Il recrute ainsi qui il peut, avec les financements dont il dispose. Il est donc rare qu'il y ait des techniciens ou des ingénieurs dans les équipes. De même, l'équipement analytique dépend du financement dont le laboratoire dispose.

À mon sens, on est aussi bien formé en France qu'aux États-Unis en terme d'études, mais la compétition est plus rude ici. Par exemple, pour entrer dans une bonne université, des bonnes lettres de recommandation sont nécessaires. Tout comme les awards, l'avis des autres (à travers les lettres de recommandation) et le nombre de publications, comptent beaucoup ici.

L'entretien se termine par un petit mot de remerciement chaleureux pour toutes les personnes avec qui elle a travaillé en France et qu'elle n'a pas eu l'occasion de citer : ses étudiants, l'équipe de Lyon (Christelle Margoum, Jean-Joël Gril), Laurent Mazéas, Joëlle Sauce et Nagwa Safey…

Nous la remercions chaleureusement, la journée de travail se termine ici, elle commence en Californie.

En savoir plus sur Irstea.fr :

Plus d'information sur les recherches d'Élodie Passeport sur son site web



[1] LIFE est un programme de la Commission européenne cofinançant des actions concrètes en faveur de l'environnement dans l'Union européenne et dans certains pays tiers.