Restitution d’une étude sur le compostage en habitat collectif et individuel

Le compostage des déchets en habitat collectif ou individuel est-il possible ? Et quelle est la qualité des composts obtenus ? À l’occasion de la conférence finale du projet européen Miniwaste, un projet de développement des méthodologies de gestion des déchets organiques, les équipes Irstea de Rennes ont présenté les résultats de leur étude menée de juin 2010 à juillet 2011 auprès de foyers de la métropole rennaise. 

Les 20 et 21 novembre 2012, pendant la semaine européenne de la réduction des déchets, s’est tenue à Rennes la conférence finale du projet Miniwaste. L’occasion de mettre en avant les résultats de ce projet européen pour développer les méthodologies de gestion des déchets organiques, et de présenter des outils et stratégies de prévention et de réduction des déchets utilisables par les villes et régions d’Europe. Irstea, partenaire scientifique du projet, a mené des études pour mesurer la quantité de déchets détournés par la pratique du compostage qu’il soit pratiqué en habitat individuel ou collectif et évaluer la qualité du compost ainsi obtenu. Voici, quelques résultats obtenus :

Habitat individuel :

Une enquête auprès de 1000 foyers a mis en lumière quatre types de pratique :

  • Compostage des biodéchets en tas
  • Compostage des déchets de cuisine et déchets de jardin dans un composteur
  • Compostage des seules épluchures de fruits et légumes  dans un composteur
  • Aucun compostage. Tous les déchets de cuisine vont dans la poubelle.

Grâce à l’enquête, 38 foyers se sont désignés volontaires pour peser leurs biodéchets mis en compostage. Après une année de pesées, les quantités moyennes de déchets de cuisine compostées sont de :

  • 60 kg/hab.an pour le tas
  • 45 à 70 kg/hab.an pour le composteur suivant la nature des déchets compostés.

Parallèlement, le relevé hebdomadaire des quantités d’ordures ménagères résiduelles indique que la production par habitant est significativement plus élevée dans les foyers qui ne compostent pas. Quel que soit le type de gestion des biodéchets  les poubelles contiennent environ 30 % de biodéchets, ce qui ne nécessite plus de faire des caractérisations régulières.

Les résultats obtenus permettent de proposer une méthodologie simplifiée qui repose sur une enquête et sur la détermination des quantités d’ordures ménagères pour les foyers « composteurs » et des « non composteurs » complétées par des valeurs moyennes qui remplacent l’expérimentation. Cette approche permet d’évaluer au moindre coût l’impact positif du compostage.

Habitat collectif

L’enquête s’est faite sur la base d’un échantillon d’immeubles (habitats verticaux) sélectionnés sur Rennes métropole : 610 appartements et leurs 1100 habitants ont été suivis quatre semaines par an (une par saison) pour peser la quantité de déchets. Résultat : l’échantillon produit en moyenne 145 kg de déchets par an et par habitant dont 29 % est organique soit environ 42kg/hab/an.

Pour évaluer la quantité de déchets organiques détournés de la collecte par le compostage, 3 sites de compostage de proximité ont été pesés et 30 foyers se sont portés volontaires pour peser leurs biodéchets pendant 6 mois. Quel que soit le mode de pesée, collective ou individuelle, cette quantité est de l’ordre de 8 kg/hab/an sur une population équipée de composteurs !

Des recommandations sont également fournies pour utiliser les bacs de compostage dans des conditions optimales. Mieux vaut préférer la configuration avec la phase de fermentation en deux étages pour distinguer physiquement l’étape de fermentation de celle de la maturation, brasser la couche supérieure de l’étage de fermentation deux fois par semaine et réaliser au moins un retournement pendant la phase totale de compostage. Si un taux de structurant de 30 % est un gage de bon démarrage, sa minimisation est recherchée. Aussi un outil de conception et de dimensionnement des aires de compostage de proximité est proposé. Il s’agit de déterminer le nombre et le volume des composteurs nécessaires sur un site en fonction de la quantité de déchets estimés détournables, selon la configuration choisie.

Qualité du compost

Évaluer la qualité du compost est tout aussi essentiel pour prouver l’efficacité des actions mises en œuvre pour la promotion du compostage. Deux campagnes de prélèvements ont permis d’étudier 60 composts de plus de 5 mois (issus de 20 composteurs collectifs et de 40 composteurs individuels). Deux méthodes d’évaluation des composts ont ensuite été utilisées : une étude physico-chimique et une étude sensorielle selon le ressenti des usagers. Les odeurs et la présence d’insectes sont les éléments les plus démobilisateurs pour les usagers. Or, la présence et la diversité des insectes et l’odeur prédominante de terre, pas des plus désagréables, sont les preuves d’un bon processus de dégradation. D’un point de vue physico-chimique, tous les composts étudiés sont conformes, d’un point de vue sanitaire, à la norme NFU 44051 relative aux amendements organiques. Ils peuvent donc être utilisés comme amendement ou support de culture d’une manière sûre. Seule différence entre le compost collectif et individuel, le taux de germination des composts. Il est plus faible pour le collectif car le compost est généralement plus jeune.

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