BIOMAE, une start-up sortie du labo

BIOMAE est la 5e start-up développée à Irstea. Un projet sorti tout droit du laboratoire d’écotoxicologie du centre de Lyon-Villeurbanne et qui propose, ni plus ni moins, qu’un nouvel outil de mesure pour évaluer la qualité des cours d’eau en répondant aux exigences de la DCE. Un projet ambitieux…

Tout commence en 2003. Quand Olivier Geffard rejoint l’équipe écotoxicologie du centre Irstea de Lyon-Villeurbanne, il a l’idée d’adapter les travaux de bio-surveillance en milieu marin, sur les milieux aquatiques. Concrètement, il s’agit d’utiliser un organisme vivant pour surveiller l’évolution de la qualité d’un milieu : il identifie ainsi le gammare, petite crevette invertébrée d’eau douce présente dans nos rivières, comme espèce sentinelle. En effet, sensible aux contaminants, le gammare les bioaccumule fortement et se révèle un bon indicateur de la présence et des effets des substances toxiques dans nos milieux aquatiques.

L'info en plus : BIOMAE, lauréat du prix coup de coeur Biocleantech au concours Tremplin Entreprises 2015

1, 2, 3 : Start-up

De l’idée de génie à la création d’une start-up, le chemin est long, mais balisé d’étapes :

Etape 1 (essentielle) : construire un socle de connaissances

Bien avant le projet de création d’une société, des années de recherches sont nécessaires pour améliorer les connaissances sur les gammares. Prélèvements et expérimentations ont permis d’établir des marqueurs de toxicité sur l’alimentation, la reproduction, la neurotoxicité et la bioaccumulation. A l’issue de ces travaux, une batterie d’indicateurs a pu être déterminée pour évaluer la qualité de l’eau.

Etape 2 : modéliser afin d’exploiter les données recueillies

Olivier Geffard est alors rejoint par Arnaud Chaumot, chercheur spécialisé en modélisation mathématiques. A eux deux, ils mettent en place un système de bio-essais in situ (appliqué directement en milieu naturel). Une vraie avancée scientifique. Jusqu’à alors en écotoxicologie, les bio-essais étaient principalement réalisés en laboratoire, soit dans des conditions contrôlées d’exposition (températures constantes, organismes calibrés, …). Cela permettait, certes, d’avoir une réponse répétable et de définir de façon fiable l’impact des contaminants, mais restait éloigné des conditions du terrain, où les variations de températures, entre autre, peuvent modifier le diagnostic. Le système de modélisation, basé sur les indicateurs retenus, a permis de mieux envisager la variabilité biologique des milieux et de déterminer des seuils de toxicité fiable à partir d’une analyse in situ.

Etape 3 : tests et développement de la méthode

En encageant des gammares calibrés (sexe, taille, …), de 7 à 21 jours sur plus de 180 sites pollués ou préservés à différentes saisons, l’équipe a obtenu une base unique de valeurs de références et a pu déterminer des seuils de contaminations et de toxicité pour chaque marqueur défini. Ils ont ainsi établi une méthode de diagnostic fiable en cas d’expérimentation dans le milieu. 

BIOMAE

Rapidement sollicitée pour des demandes d’analyses, l’équipe s’oriente en 2012 vers un projet de transfert de technologie avec l’incubateur lyonnais Créalys. Guillaume Jubeaux, jeune chercheur de l’équipe soutenant sa thèse la même année, s’investit pleinement dans la création de  BIOMAE. A partir de février 2013, il est engagé à plein temps par Irstea comme porteur de projet. L’institut fournit également, bureaux, équipements et soutien logistique.

Très vite, les choses s’annoncent bien : via Créalys, la jeune société trouve un business developper, Laurent Viviani. Son expérience dans l’entreprenariat vient compléter et renforcer l’équipe des co-fondateurs. Par ailleurs, aidée par les services de valorisation d’Irstea et par Créalys, la société peut accomplir les démarches essentielles à son bon développement :

  • Dépôts de brevets et protection du savoir-faire
  • Etude des besoins des clients potentiels
  • Construction des offres commerciales : un pack "Chimie" pour suivre les substances polluantes

En parallèle, la participation à des concours et prix comme société innovante permet à BIOMAE de se faire connaître. En juin 2013, le projet gagne le prix OSEO Emergence, soit une dotation de 30 000 euros. Un vrai tremplin et une somme bienvenue pour accomplir les dernières étapes de la création de la société (conseil en stratégie, prototypage, …).

La société est officiellement créée le 27 mai 2014. En 2015, elle devra voler de ses propres ailes...

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