Risque inondation : Irstea relève le débit de São Paulo

Un nouveau radar météorologique nouvelle génération s’installe à São Paulo, au Brésil. Coordonné par l’entreprise NOVIMET en partenariat avec Irstea, le projet vise une meilleure gestion du risque inondation ; une problématique majeure pour les brésiliens. Objectif pour Irstea ? Adapter ses modèles et outils de prévision au contexte urbain et climatique de São Paulo. Le projet, lancé le 3 décembre, annonce le début d’une collaboration internationale inédite.

São Paulo est la ville la plus peuplée du Brésil (12 millions d’habitants et 20 millions pour sa région métropolitaine). Mais l’urbanisme débridé et le climat subtropical humide en font un terrain propice aux crues torrentielles, inondations urbaines et glissements de terrain. Depuis quelques années s’est engagée au Brésil une démarche d’amélioration des systèmes d’anticipation des risques naturels, et notamment du risque d’inondations. Et dans le pays, São Paulo fait figure de pionnier avec l’installation dès 1988 du 1er radar météorologique [1] (bande S), relié au Système d’alerte aux inondations de São Paulo [2] (SAISP). Objectifs : obtenir une imagerie spatiotemporelle des précipitations et mettre en place des cartes de prévisions.

Dossier spécial

Risque inondation : la recherche relève le niveau

Un nouveau radar pour anticiper le risque d’inondations

Imperméabilité croissante des sols, urbanisation sauvage sur des zones reconnues inondables : le risque inondation s’accroît dans la région. Pour mieux anticiper le risque, un nouveau radar "high tech" va être installé dans la capitale : le radar HYDRIX. Les chercheurs d’Irstea participent à l’opération, aux côtés de la société NOVIMET. Carina Furusho, ingénieur de recherche en hydrologie à l’unité de recherche HBAN à Irstea, explique les enjeux : "Les conditions urbaines sont difficiles, très escarpées avec un relief accidenté, ce qui empêche les radars d’avoir accès à toutes les données, sur tout le bassin. Il est aujourd’hui nécessaire de recueillir des données plus précises et localisées."

Le projet FASEP [3] a été officiellement lancé le 3 décembre à la Fondation du centre de la technologie hydraulique [4], en présence des partenaires, suivi de plusieurs visites. À cette occasion, Pierrick Givone, directeur général délégué à la recherche et à l’innovation, Denis Despréaux, directeur des relations internationales et Névine Kocher, chargée de mission affaires internationales à Irstea, ont fait le déplacement.

Réunion au Centre de gestion d’urgences de la municipalité de São Paulo. Ci-dessus, Denis Despréaux, Pierrick Givone et Pierre Javelle (ingénieur de recherche en hydrologie) d’Irstea. Également présentes, Maria-Helena Ramos (chargée de recherche en hydrologie) et Carina Furusho (ingénieur de recherche) © Carina Furusho / Irstea

L’expérience française, adaptée à la réalité locale

Particulièrement adapté pour la prévision des crues urbaines, le radar HYDRIX [5] peut être installé au cœur des zones les plus urbanisées (toits d’immeubles, château d’eau, etc.) et donc vulnérables aux inondations. Les chercheurs d’Irstea (centre d’Aix-en-Provence) ont particulièrement travaillé, en partenariat avec NOVIMET, au développement de la plateforme web RAINPOL, dans le cadre de travaux antérieurs. Cet outil permet de fournir des prévisions de débit en temps réel à partir des données de pluie acquises par le radar. Pour ce projet, les chercheurs vont devoir adapter et paramétrer les modèles hydrologiques existants (GR) au contexte urbain de São Paulo afin d’optimiser son fonctionnement.

C’est une première au Brésil, mais ces modèles de prévisions sont déjà utilisés en France, notamment en région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Irstea a également développé le modèle (GRP) utilisé au sein du réseau des Services de prévention des crues en France pour l’alerte aux crues dans des bassins versants cibles. L’adaptation de ce modèle au contexte brésilien sera aussi étudiée dans le cadre du projet FASEP.

Irstea à l’heure brésilienne

Pour autant, ce projet est particulier pour Irstea : "Il s’agit de travailler dans de nouvelles conditions, climatiques et morphologiques, dans un milieu très urbanisé également, souligne Carina Furusho. Nos modèles sont en place, mais n’ont pas été initialement conçu pour un milieu urbain tel que São Paulo. C’est une étude exploratoire." Quelle différence y a-t-il alors entre l’hydrologie urbaine étudiée à Irstea et celle appliquée - et si particulière - au projet au Brésil ? "Travailler sur des modèles hydrologiques de recherche et des modèles de recherche opérationnels, ce sont 2 choses bien différentes !"

Deux équipes de recherche sont impliquées, à Antony (HBAN) et Aix-en-Provence (OHAX) et les hydrologues seront amenés à travailler sur le terrain. Irstea sera donc à l’heure brésilienne ! Enfin, parmi les étapes clés du projet figurent l’installation du radar, mais aussi un monitoring de près de 6 mois. L’occasion de faire le point sur les modèles adaptés, les retours d’expérience et peut-être envisager un développement à une autre ville… À quand un projet similaire à Rio ?

Contacts

En savoir plus


[1] Construit par l’Observatoire McGill de Montréal (Canada), déployé près du Barrage de Ponte Nova et associé au Système d’alerte aux inondations de São Paulo (SAISP). Un projet en cours vise à le remplacer.

[2] Créé en 1977 et géré par la FCTH (Fundação Centro Tecnológico de Hidráulica - Fondation du centre de la technologie hydraulique). Le SAISP génère toutes les 5 minutes des bulletins sur les précipitations et ses conséquences sur la capitale.

[3] Projet FASEP (Fonds d’étude et d’aide au secteur privé) financé majoritairement par le Ministère de l’économie et des finances de France – Direction générale Trésor. Le projet bénéficie également du soutien du Consulat général de France à São Paulo.

[4] Créé en 1986. Objectif : renforcer le travail collaboratif entre l’École polytechnique et le Ministère de l’eau et de l’énergie du gouvernement de l’État de São Paulo. Le FCTH est en charge de la gestion de tout le système d’observations et d’alerte aux inondations de São Paulo.

[5] Caractéristiques du radar HYDRIX : bande X (portée plus limitée (environ 50 km) avec une meilleure résolution et un radar plus compact), Doppler (permet de mesurer la vitesse du vent dans la direction que le radar pointe) et polarimétrique.