Témoignages. Nos scientifiques « MOOC », et vous ?

C’est une première ! Un cours en ligne gratuit et ouvert à tous entièrement dédié à l’étude de la biodiversité. 5 chercheurs Irstea participent au MOOC Biodiversité, piloté par l’Université Virtuelle Environnement et Développement durable. Ils reviennent sur cette nouvelle expérience d’enseignement : impressions, anecdotes, difficultés, … Début des cours le 4 mai.

Le MOOC. Vous en avez entendu parlé dans les médias, en discutant avec des amis, … C’est un peu la dernière tendance en matière d’enseignement et de formation continue. Cours sous forme de vidéos en ligne gratuits et ouverts à tous (et parfois même certifiants) accompagnés d’activités pédagogiques, les MOOCs proposent une approche innovante dans la diffusion des connaissances. Depuis 2011, de nombreuses universités à travers le monde s’y sont mises [1], à commencer par les grandes écoles américaines, permettant à tous d’accéder aux meilleurs enseignements.

Les MOOCs se développent à grande vitesse… Dernier en date : le MOOC Biodiversité [2], réalisé et coordonné par l’Université Virtuelle Environnement et Développement durable (UVED). La première session commence le 4 mai 2015 et réunit un large panel d’experts et d’intervenants scientifiques [3] pour une introduction à la biodiversité. Pas moins de 5 chercheurs Irstea [4] participent à une semaine consacrée à la biodiversité continentale (forêts et rivières).

Comment sont pensés et conçus ces cours nouvelle génération ? Pour ces experts/ chercheurs, c’est aussi l’apprentissage d’une nouvelle forme de pédagogie. Accompagnés de Vincent Sennes, chargé de mission MOOC à l’UVED, 2 chercheurs nous ont confié leurs impressions et difficultés.

© Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Marion Gosselin

© Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Jérémy Lobry

© Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Vincent Sennes

Ingénieur de recherche au centre Irstea de Nogent-sur-Vernisson. Spécialité : écologie forestière.

Récemment nommée présidente du conseil scientifique commun à la Réserve de Biosphère de Fontainebleau et du Gâtinais.

Ingénieur de recherche au centre Irstea de Bordeaux.

Spécialité : fonctionnement des écosystèmes estuariens.

Chargé de mission "MOOC & Animation de communautés thématiques" à l’UVED.

A accompagné les chercheurs durant le MOOC Biodiversité.

Lever les craintes

Ils connaissaient peu, voire pas du tout les MOOCs. Alors participer à un MOOC en tant que scientifiques… Et pourtant, ils l’ont fait ! "Quitte à essuyer les plâtres", admet amusée Marion Gosselin. Vincent Sennes l’observe à chaque nouveau projet, "le MOOC est encore un exercice nouveau pour la majorité des chercheurs sollicités". L’accompagnement personnel est donc essentiel afin de lever ces craintes. Principal frein : l’aspect chronophage du processus. "Chaque vidéo fait en moyenne 6 à 8 minutes, c’est un cours condensé, souligne Jérémy Lobry. Même si la trame est plus ou moins éprouvée, il a fallu épurer et retravailler les enchaînements. Cela prend plus de temps qu’on ne le pense." Sans oublier la mise à jour des données, "ce qui est loin d’être du temps perdu", reconnaît sa collègue Marion Gosselin. Pour l’UVED, ces formats courts nécessitent un vrai travail, car "les universitaires sont habitués à des présentations et diaporamas beaucoup plus longs, avec une introduction, beaucoup de texte, peu de visuels, … Ici, c’est tout l’inverse."

A qui parle-t-on ?

L’une des principales interrogations concerne le public du MOOC : un public hétérogène (étudiants, professionnels, curieux, …) et surtout inconnu lors de la phase de préparation des contenus. Il faut alors trouver un niveau médian. Pour ce MOOC introductif à la biodiversité, Vincent Sennes leur a ainsi conseillé de viser l’équivalent d’un niveau Licence 3 : peu de vocabulaire technique, 2-3 concepts définis, des visuels, … Mieux vaut avoir déjà participé à des événements grand public comme la Fête de la science. Savoir vulgariser s’apprend. Sur ce point, nos chercheurs étaient à l’aise, mais l’exercice était encore un cran au-dessus. Il faut alors répéter : seul voire devant sa famille ! 

Au final, un exercice stimulant et des contraintes qui n’empiètent en rien sur la motivation. "Selon les statistiques, 10 % des inscrits vont au bout du MOOC. C’est intéressant et une bonne opportunité, surtout si on compte plus de 1 000 inscrits comme c'est d'ores et déjà le cas pour le MOOC Biodiversité", souligne Marion Gosselin.

"Avec ce MOOC, j’ai découvert un nouveau moyen de communiquer sur ce que l’on fait. C’est aussi l’occasion de prendre du recul sur ses recherches." Marion Gosselin, Irstea

Le tournage : quelle expérience !

En visionnant les vidéos, ils semblent à l’aise et pourtant l’exercice est loin d’être simple. Un tournage est une réelle expérience et cela se confirme au regard des adjectifs choisis par les chercheurs pour qualifier cette étape du MOOC : stressant et déconcertant.

"Avant tout, ils découvrent un territoire nouveau : un espace réduit, 2 caméras, un fond vert, des spots, un chrono qui défile, un espace de production et 3-4 personnes pour les encadrer et les mettre à l’aise", décrit Vincent Sennes. Première surprise, le prompteur est déconseillé. Pas de quoi rassurer nos chercheurs ! La première prise sert de soupape, on bafouille... Puis, cela devient plus facile. "Au final, je m’en suis sorti en 2 prises, ce qui n’est pas le cas pour l’un de mes collègues", ironise Jérémy Lobry. Mais la question de sa tenue vestimentaire a pris un peu plus de temps, à sa grande surprise : "le frottement de ma veste générait des sons parasites, j’ai ensuite dû remonter le tabouret, … C’était assez drôle à observer !"

Déconcertant aussi car les scientifiques s’expriment sans public devant eux. Lors de conférences ou de cours, l’interaction avec le public, même indirecte, est importante. Ici, ils ont en face d’eux un ordinateur et l’équipe technique. Rien d’autre. "Du coup, dès que l’un d’entre eux fronçait un sourcil, je me disais ‘C’est nul’. J’étais incapable de juger la qualité des prises", se souvient Jérémy.

Quel apport ?

Maintenant que le plus gros du travail est fait, il n’y a plus qu’à attendre le lancement du MOOC. Les chercheurs seront alors mobilisés pour participer aux échanges sur le forum, répondre à d’éventuelles questions à propos de leurs cours.

En attendant, quelques interrogations se font sentir sur le rendu des vidéos ou encore la portée du MOOC. Mais l’expérience est plus que concluante : Jérémy Lobry va ainsi suivre le MOOC et va selon lui "apprendre beaucoup de choses". Marion Gosselin a, quant à elle, été bien épaulée par ses collègues du centre de Nogent-sur-Vernisson pour choisir les sujets à aborder dans les 3 vidéos qu’elle anime. Un soutien nécessaire et prometteur. Peut-être de futurs adeptes des MOOCs…

"Outre les aspects scientifiques et pédagogiques inhérents aux MOOCs, je retiens la démarche citoyenne autour de la sensibilisation à la biodiversité : pouvoir expliquer des concepts, faire réfléchir à des problématiques, … C’est très important pour moi." Jérémy Lobry, Irstea

La participation à un MOOC apporte aussi – et surtout – une belle visibilité aux établissements de recherche et aux travaux menés. Pour Vincent Sennes, "bien plus que d’apporter une information à un large public, ces MOOCs sont clairement une vitrine de la recherche française, de l’effort de recherche et de la qualité".

Et les chercheurs sont convaincus et unanimes : ils conseillent de suivre, voire de participer à un MOOC. Pari réussi !

Retrouver les vidéos de la semaine "Biodiversité continentale : rivières et forêts" en ligne sur notre chaîne YouTube.

Plus d’informations sur le site de la plateforme FUN.

En savoir plus

[1] Depuis 2013, afin de rassembler l’offre des MOOCs organisés par des universités francophones, le Ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche a lancé une plateforme en ligne : France Université Numérique (FUN). Déjà plus d’une centaine de cours en ligne sont recensés. En savoir plus.

[2] MOOC Biodiversité, partenaires : Museum national d’histoires naturelles, Cirad, IRD, IFREMER, CNRS, Université d’Orléans, Université de Montpellier, Université Pierre et Marie Curie, Veolia, Irstea. En savoir plus.

[4] Eric Rochard (poissons migrateurs amphihalins) et Marion Gosselin (biodiversité forestière) en tant qu’experts. Autres intervenants Irstea : Jérémy Lobry (biodiversité estuarienne), Christian Chauvin (végétaux aquatiques : de la biodiversité à la bioindication) et Thibault Datry (biodiversité des rivières intermittentes).