Adapter la gestion du pin sylvestre au changement climatique

Alors que les effets du changement climatique sont de plus en plus perceptibles, il est important d’en mesurer les conséquences sur la végétation et de définir des conseils de gestion adaptés. Ce sont les buts du projet SYLFORCLIM coordonné par le Centre Régional de la Propriété Forestière (CRPF) PACA, dont Irstea est partenaire, qui s’est intéressé à la vulnérabilité du pin sylvestre aux changements climatiques en région PACA.

La région PACA écrasée par la chaleur

D’après une étude de l’évolution du climat sur les 50 dernières années par Météo-France, la région Provence-Alpes Côte d’Azur est la plus touchée en France par le changement climatique. Elle a connu de fortes augmentations de températures et par endroits des diminutions de précipitations. Elle est victime de sécheresses à répétition depuis les années 2000 et les attaques de parasites comme le gui, la chenille processionnaire et des champignons pathogènes sur la végétation s’y sont intensifiées. Le pin sylvestre, essence la plus répandue des forêts de la région PACA, est une des victimes de ces bouleversements. Il a été notamment très impacté par les successions de sécheresses depuis 20 ans. Afin de préserver les forêts, il est crucial d’adapter la gestion de cette essence face aux perturbations qu’elle subit ; des enjeux importants en dépendent, qui concernent non seulement la filière bois, mais aussi la biodiversité et le risque incendie.

Des pins sylvestres qui dépérissent

Afin d’évaluer l’état sanitaire des peuplements de pins sylvestres et leur sensibilité aux changements climatiques, des relevés de terrain ont été organisés sur des peuplements choisis de manière aléatoire et représentatif de l'espèce au niveau régional. Des données sur l’état des arbres ont été relevées : la défoliation, les mortalités, la proportion de gui, le nombre de nids de chenilles, la taille des aiguilles… Différents paramètres environnementaux comme l'altitude, l’orientation, la pente, la topographie, la texture du sol et sa composition, ont également été mesurés afin d’obtenir une synthèse du bilan hydrique, c’est-à-dire de la disponibilité en eau, de chaque site. Ces mesures ont été mises en parallèle avec les données climatiques existantes. En outre, l’évolution de la croissance et de la productivité des peuplements a été déterminée en mesurant la largeur des cernes annuels sur 900 carottes prélevées sur les arbres.

Selon ces valeurs, il apparaît qu’après une augmentation de la productivité initiée au 19ème siècle, et atteignant un pic ans les années 70, une baisse s’est amorcée entre le début des années 80 et le milieu des années 90. Ensuite, les sécheresses marquées ont entrainé une chute de la productivité. Actuellement, le pin sylvestre est fortement impacté, avec une défoliation moyenne de 48% : « Sur l’ensemble de la région, les arbres ont environ la moitié de la surface foliaire qu’ils devraient avoir », explique Michel Vennetier, chercheur à Irstea qui a travaillé sur le projet. Les pins situés sur les hauts de versants et sur les versants chauds sont les plus impactés.

L’analyse de tous les facteurs a permis de dégager les critères responsables de la défoliation et du dépérissement des arbres. La présence de gui en est l’une des causes principales : plus la colonisation de gui est importante, plus la défoliation est sévère. Les arbres vieux sont plus sensibles que les jeunes à ce parasite, mais aussi au climat. Le nombre de nids de chenilles processionnaires, bien que secondaire, joue aussi un rôle important. « Normalement, les chenilles ralentissent la croissance des arbres mais elles n’avaient jusqu’à présent pas contribué à leur mortalité, précise Michel Vennetier. Maintenant, les arbres sont tellement fatigués par le climat qu’ils n’ont plus assez de réserve pour reconstituer leur feuillage. Et inversement, lorsque les arbres ont été attaqués par les chenilles, ils résistent moins aux stress climatiques. Les deux phénomènes se conjuguent ». D’autant plus que comme le gui et les chenilles sont friands des climats chauds et secs, les attaques s’intensifient et s’allongent dans le temps. Outre les facteurs biotiques, des paramètres topographiques et de sol rentrent aussi en compte. Enfin, plus la densité du peuplement est forte, plus la défoliation est élevée en raison d'une compétition accrue pour l'eau.

Rajeunir et éclaircir les peuplements pour préparer les forêts du futur

Cette analyse en profondeur des différents facteurs affectant l’état des populations de pin sylvestre et les résultats obtenus ont permis aux responsables de l'étude et aux chercheurs d’Irstea d’émettre un certain nombre de recommandations pour mieux gérer cette essence. Il est tout d’abord important d’établir un diagnostic précis de l’état des peuplements et des conditions dans lesquelles ils se trouvent. En cas de fort dépérissement dans les situations défavorables, le pin sylvestre n’a pas d’avenir : il est préconisé de changer d’espèce, par régénération naturelle ou par reboisement. Dans les situations intermédiaires, il est suggéré de renouveler les arbres de plus de 80-100 ans, d’éclaircir les peuplements, en particulier les arbres infestés par le gui, et de procéder à des coupes pour régénérer rapidement les pins et les autres espèces. Dans les cas les plus favorables, une gestion classique peut être menée mais une vigilance accrue est tout de même de mise : des éclaircies et un rajeunissement seront nécessaires dans le futur.

« Il est quasi certain que le pin sylvestre sera en grande difficulté ou disparaîtra dans une grande partie de son aire de la région PACA, parce que le climat futur ne lui conviendra pas. C’est pour cela qu’il faut d’ores et déjà commencer à rajeunir et éclaircir les peuplements et en profiter pour introduire ou favoriser d’autres essences qui résisteront mieux à un climat plus chaud et plus sec. Les forêts qui seront là dans 80 ans, c’est maintenant qu’elles se préparent. », conclut Michel Vennetier.

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